Faut-il autoriser les dépistages sauvages ?

Sur les réseaux sociaux, une note interne du ministère de la Santé publique, direction des soins de santé de base,  destinée aux directeurs régionaux,  crée  le buzz. Elle concerne l’interdiction du  dépistage de l’hépatite organisé par des laboratoires privés. La presse relaie l’information et s’interroge sur les raisons du ministère.

 

Pour résumer,  disons que l’on soupçonnerait le ministère de la Santé de mettre fin à ces dépistages parce qu’il n’a pas les moyens de traiter tout le monde dans le cas où les tests s’avèrent positifs.  Il y a du vrai dans cela, mais il y a des nuances à préciser.

Un dépistage  ne peut pas se faire de façon sauvage, il y a des règles à suivre.  En Tunisie, le dépistage de l’hépatite se fait systématiquement, mais à certaines périodes de la vie : recrutement, mariage, service militaire, certaines professions, etc.  En cas de test positif le malade est pris en charge par des spécialistes qui détermineront s’il nécessite  un traitement ou pas. C’est une maladie à déclaration obligatoire, c’est-à-dire que les médecins doivent en informer les services de santé publique en cas de diagnostic d’hépatite, pour prendre les mesures nécessaires.

Il y a beaucoup de personnes porteuses du virus de l’hépatite en Tunisie, mais toutes ne vont pas développer la maladie et très peu auront besoin d’un traitement, ausssi cher soit-il (la prévalence est de 7 personnes /100 pour l’hépatite B et de 1,7/100 pour l’hépatite C.)

Il ne faut pas oublier également que la Tunisie a introduit la vaccination obligatoire contre l’hépatite depuis 1995 et cette prévention reste le meilleur traitement. 

L’hépatite est une maladie grave parce qu’elle peut être mortelle, mais c’est une maladie que l’on connaît de mieux en mieux. Les progrès ont touché la thérapeutique et on dispose d’une gamme très large de médicaments très efficaces.

 

Plusieurs hépatites

Il y a plusieurs types d’hépatites virales, la A, la B, la C, la D et maintenant on parle même d’hépatite E, F, G et H.

Dans les hépatites, il y a les formes simples et les formes graves.

Dans les formes simples, on retrouve les hépatites A et E qui n’évoluent pas vers la chronicité, mais elles ont une complication dont on doit se méfier, qui est l’hépatite fulminante et foudroyante qui évolue vers la mort et qui n’a aucune autre alternative que la greffe du foie.

L’hépatite A est une maladie de l’enfant avant l’âge de 20 ans et 95% de la population a été en contact avec le virus de l’hépatite A avant cet âge.

L’hépatite E se rencontre chez la femme enceinte.

Hépatites A et E se transmettent par l’eau et les aliments contaminés par les selles de personnes contaminées. C’est donc une transmission orale, on dit aussi que c’est la maladie des mains sales.

Les hépatites B, C, D

Leur transmission se fait par l’intermédiaire du sang et de ses dérivés contaminés. Les transfusions, les seringues (pour les toxicomanes en particulier), le matériel du coiffeur, les instruments du dentiste, du chirurgien, du radiologue, ou lors d’une dialyse, sont des occasions de contamination, qu’il faut prévenir en particulier par l’utilisation de matériel à usage unique.

L’hépatite B se transmet lors des rapports sexuels, c’est une infection sexuellement transmissible. Elle se transmet aussi de la mère à l’enfant pendant l’accouchement.

L’hépatite C est rarement transmissible par voie sexuelle, mais c’est l’hépatite des toxicomanes.

 

Évolution de la maladie

L’hépatite A va évoluer dans 90% vers la guérison. L’hépatite B va guérir dans 90% des cas, seuls 10% vont évoluer vers la chronicité.

Quant à l’hépatite C, sa gravité est liée à son potentiel d’évolution vers la chronicité dans 70 à 90% des cas. Quand il y a évolution vers la chronicité, 30% des sujets vont rester porteurs inactifs, sans développer les signes de la maladie. 30% vont avoir une hépatite B chronique faiblement activée. Les 30% restant vont développer une hépatite chronique avec signes cliniques, biologiques et cytologiques. C’est cette catégorie qui mérite un traitement. Ces formes chroniques au bout de 15 ans à 20 ans vont évoluer vers la cirrhose, un état précancéreux.

 

Le traitement

Le traitement curatif est réservé aux hépatites chroniques dans leur forme active. L’arsenal thérapeutique est très riche en Tunisie pour l’hépatite B et l’hépatite C et les résultats sont dans l’ensemble satisfaisants dans 50 à 70 % des cas, en fonction du phénotype de l’hépatite.

En conclusion, on dira que l’hépatite est un  problème de santé publique en Tunisie, qu’il est urgent de mettre en place un programme national de dépistage et de prise en charge des hépatites. Vu la généralisation de la vaccination depuis une vingtaine d’années, dans peu de temps  il n’y aura plus de malades porteurs du virus de l’hépatite en Tunisie.

Samira Rekik

 

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