Quelles solutions pour une paix durable ?

Une guerre, des élections et un nouveau président au Mali. Et après ? C’est là que commence le vrai travail pour résoudre une situation critique qui dure depuis de longues années. Il est temps d’élaborer des stratégies fiables et durables. Deux journées de colloque, organisées à Tunis par le Centre 4S, le Centre pour le dialogue humanitaire et l’Institut international de la Paix, ont été une occasion pour apporter des éléments de réponse à cette problématique. D’ailleurs, l’intitulé du colloque le confirme «Les Crises au Mali et dans la région du Sahel-Sahara : un examen critique des réalités et des réponses.» Faut-il être optimiste ou pessimiste pour ce qui se passe au Mali ? Oui et non. Oui, parce que le pays a retrouvé plus au moins sa stabilité, après l’opération Serval contre les terroristes du Nord et l’organisation des élections en juillet dernier. Non, parce que le plus dur reste à faire. Comment s’attaquer en profondeur aux problèmes chroniques qui déstabilisent le Mali, mais aussi toute la région du Sahel, avec des répercussions graves touchant même le Maghreb ? Est-il possible d’extraire le terrorisme par le seul langage des armes ? Est-il pensable de rétablir la paix sociale dans un pays qui se déchire depuis longtemps, à travers la simple organisation d’élections ? Sortir le Mali de la crise nécessite tout un plan d’action et surtout du courage et de la bonne volonté de la part des Maliens eux-mêmes tout d’abord, mais aussi de la part de leurs voisins et de leurs alliés occidentaux. Une situation sécuritaire qui reste délicate Il est clair que l’opération Serval, avec l’appui de la MISMA (Mission internationale de soutien au Mali) et de l’armée malienne a permis de réduire considérablement le danger terroriste au Nord, mais elle ne l’a pas éradiqué. Pis, elle l’a dispersé vers le pays voisins dont notamment le Niger et la Libye. En fait, le sud libyen est devenu le nouveau foyer du terrorisme dans la région, face à l’absence de l’État qui n’a pas les moyens de contrôler son territoire ni de faire face à ces groupes djihadistes qui pullulent, d’après ce qu’affirme le politologue Mehdi Taje. D’autres pays de la région ne sont pas épargnés par ce péril comme le Tchad (ayant pris part à l’opération Serval), l’Algérie et la Tunisie. «Nous sommes désormais un maillon dans les conflits qui agitent la région», affirme Ahmed Ounais, ex-ministre tunisien des Affaires étrangères. La jonction entre terrorisme, trafic de drogue et crime organisé rend difficile, presque impossible, de supprimer le terrorisme. Car il s’agit de mafias bien organisées ayant une très bonne connaissance des routes du Sahara et bénéficiant surtout de l’appui d’hommes politiques corrompus qui n’hésitent pas à utiliser de l’argent sale pour financer leurs campagnes électorales. Actuellement, une grande partie des ressources des djihadistes proviennent de la cocaïne, ayant trouvé un marché prospère dans le continent africain et plus précisément en Afrique de l’Ouest, devenue la plaque tournante du trafic en provenance de l’Amérique Latine. «Sur quatorze saisies de cocaïne en Europe, neuf proviennent d’Afrique», souligne Bouchra Rahmouni, chercheuse à l’Institut de recherche et d’analyse en géopolitique et en géoéconomie au Maroc. Pauvreté et corruption: des maux incurables ? Ce qui aide le terrorisme et le trafic de drogue à prospérer, ce ne sont pas tant les défaillances dans les stratégies sécuritaires dans la région du Sahel, mais c’est surtout la persistance de la pauvreté, de la corruption, de l’absence de développement, de la mauvaise gouvernance et du chômage. Ces maux chroniques dont souffre tout le continent africain et auxquels aucun pays n’est parvenu à apporter de réponses. D’où la prolifération des conflits, les coups d’État et l’implantation des djihadistes, à l’image de ce qui s’est passé au Mali. Mais ce pays risque aujourd’hui sa stabilité durable s’il n’établit pas de stratégie claire pour lutter contre ces problèmes. Les participants au colloque ont cherché à suggérer quelques solutions. Tout d’abord, pas de paix sociale si justice n’est pas faite concernant les crimes du passé dans lesquels se trouvent impliqués un bon nombre de politiciens, mais surtout l’armée. Pendant l’intervention française, les exactions commises par les soldats maliens à l’encontre de la population continuaient sous les yeux de la France et de la communauté internationale. Même la Commission de dialogue et de réconciliation, créée au Mali avec l’appui de l’UE, n’arrive toujours pas à fonctionner, faute de stratégie claire. D’où l’intention d’IBK, le nouveau président, de la réformer. Il est aussi nécessaire d’impliquer la population dans l’élaboration de solutions et notamment les jeunes et les femmes qui peuvent innover et proposer des actions pratiques pour améliorer leurs existences. Il faut aussi revoir les procédés de gouvernance, lutter sérieusement contre la corruption, procéder à des nominations selon des critères transparents et équitables et élargir la base de la participation politique aux décisions de l’État. Enfin, relancer l’économie et motiver l’investissement est plus que nécessaire afin de permettre à la population de préserver sa dignité et de ne pas s’allier aux groupes terroristes. Bien sûr le Mali ne saurait seul mettre en place un aussi vaste programme, d’où la nécessité de l’appui européen et onusien. Hanène Zbiss

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