Paludisme, rage, typhoïde… et quoi d’autre ?

Des maladies honteuses, car liées à la saleté, qu’on croyait disparues du paysage épidémiologique de la Tunisie, sont en train de prendre de l’ampleur dans le pays. Encore plus grave que la présence de ces pathologies sur le territoire, c’est la banalisation du phénomène qui inquiète. C’est à croire que si l’on fait un bond en arrière sur le plan des idées, on le fait également sur tous les autres, y compris celui de la santé. Qu’on le veuille ou non, le modernisme est lié à un comportement sanitaire plus responsable, car moins fataliste.

 

Durant ces deux dernières années en Tunisie, on a eu le virus du Nil, la peste des rongeurs, le choléra dans les eaux du port de Radès (sans cas de contamination humaine selon  le ministère de la Santé) le paludisme, on a la rage et la fièvre typhoïde en ce moment ! Et Dieu sait quel autre agent pathogène va trouver en Tunisie un terrain favorable pour une bonne prolifération. 

Normalement, avec ce tableau, il y a de quoi créer une psychose chez les citoyens et les responsables sanitaires. Mais rien de tout cela n’est arrivé. Apparemment moins les responsables en parlent, moins les personnes s’inquiètent. Et dans les faits, on ne voit aucune action, ou alors elles sont très timides, pour remédier à tout cela.  Où sont les grandes actions, menées par le ministère de  la Santé en cas de suspicion de problème de santé ?

Avec toute « neutralité », on annonce en août 2013 32 cas de rage chez les animaux et un décès humain. En  2012 il n’y avait que 4 animaux touchés par cette maladie.

Toujours au mois d’août 2013, un texte publié par l’agence TAP fait état de 3 cas confirmés de fièvre typhoïde. C’est la maladie de la saleté par excellence.

Juin 2013, on a droit au paludisme, une maladie qui avait complètement disparu du paysage épidémiologique tunisien depuis les années 70. Maladie également liée à la saleté des individus et surtout de l’environnement.

En novembre 2012, 62 cas de virus du Nil sont déclarés, alors qu’il y en avait que 2 en 2007, 2 en 2010 et 3 en 2011. Ils ont trouvé le bouillon de culture idéal dans les immondices éparpillés ça et là dans le pays.

Si on est au courant de ces maladies, c’est parce qu’elles sont à déclaration obligatoire et que l’OMS veille à ce qu’elles le soient.

En médecine, il y a toujours deux volets pour soigner une maladie : la prévention et le traitement. Le meilleur moyen de soigner une maladie c’est de ne pas l’avoir. Pour ces maladies de la honte, ces maladies de la saleté, elles étaient facilement prévisibles. Il suffit de voir comment toute la Tunisie s’est  transformée en une décharge publique géante à ciel ouvert pour s’attendre à voir surgir toutes les infections qu’on croyait définitivement éradiquées.

Avec ce recul, on donne un coup de massue au système de santé tunisien et à la médecine tunisienne, qui jusque-là était une référence en Méditerranée.  

Maladies infectieuses, maladies chroniques en expansion, manque chronique de médicaments, programmes de prévention sanitaire en veilleuse, il y a fort à parier que la Tunisie ne sera plus considérée, dans le prochain rapport de l’OMS comme le bon élève qu’elle a toujours été. Maintenant avec tout ça, comment la Tunisie peut-elle encore parler d’exportation de soins ?  C’est tout un secteur, qui a rapporté gros dans les autres années et  qui est sacrifié aujourd’hui.

 

Samira Rekik

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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