L’harissa, la figue et la figue de barbarie, produits du terroir tunisien

Savez-vous que l’Harissa est commercialisée sur le marché international, mais « made in China » ? Elle pourrait même être commercialisée sur le marché local. Convoité sur le marché international, ce produit demeure sans identité, alors qu’il fait partie du terroir tunisien. Comment peut-on protéger ce produit et d’autres produits du terroir national et profiter pleinement de sa commercialisation à l’international ? Le projet d'accès aux marchés de produits agroalimentaires et de terroir tunisiens (PAMPAT) a été créé dans cette optique.

 

À l’instar des dattes et de l’huile d’olive, l’Harissa, la figue de Djebba et la figue de Barbarie de Kasserine seront officiellement des produits du terroir tunisien protégés, libellés et certifiés. Réalisable sur quatre ans, le projet est financé par la Suisse (environ 8,5 millions de dinars) et exécuté par l’organisation des nations unies pour le développement industriel (ONUDI). Pourquoi la Suisse ? Parce que la plus grande entreprise agricole au monde est suisse. Grâce à un terroir d'une très grande richesse et d’un savoir-faire régional à travers des produits nobles et originaux, la Suisse est devenue le pays du tourisme gastronomique par excellence. Selon l’ambassadeur suisse en Tunisie, M. Pierre Combernous, la Suisse a pris un certain temps pour protéger ses produits de terroir, mais elle a réussi et profite aujourd’hui de la notoriété de ses produits sur les marchés internationaux. Le projet vise à améliorer la productivité, renforcer l’organisation, l'accès aux marchés (national et international) et les conditions socio-économiques des opérateurs de ces trois produits. Près de 5.000 personnes profiteront de ce projet. Selon le directeur du service d'appui au secteur privé et la promotion des investissements et de la technologie à l'ONUDI, Lamine Dhaoui, le projet a été conçu à la demande des ministères de l'Industrie et de l'Agriculture, afin d’améliorer les capacités des producteurs et transformateurs, des groupements professionnels, et renforcer le partenariat entre eux. Une attention particulière sera donnée à l'appui aux jeunes entrepreneurs, aux femmes et aux producteurs des zones défavorisées de l'intérieur du pays. M. Mehdi Jomaa, ministre de l’Industrie, soutient fortement ce projet, car selon lui, c’est le plus concret et le plus significatif des projets qu’il a vu. Selon le ministre de l’Agriculture, le secteur de l'agroalimentaire recèle des opportunités pas encore ou peu exploitées notamment en termes de valeur ajoutée. En effet, ces marchés de niche recèlent une grande valeur ajoutée pour nos produits.

 

Première filière : L’harissa

Il s’agit d’un des produits typiques tunisiens par excellence. La filière comprendra des agriculteurs, des centres de collecte, des entreprises de transformation et des producteurs artisanaux, soit 25.000 personnes. L’harissa industrielle (piment frais) constitue près de 70% de l’ensemble de l’activité et est le deuxième produit exporté, de la branche conserve alimentaire en quantité et en valeur. Un label qualité (authenticité et qualité) a été déjà élaboré. Il y a aussi l’harissa traditionnelle qui sera aussi labellisée. Le projet lancera un appel à candidature « label qualité » pilote pour les entreprises. Le potentiel selon l’étude de ce projet, c’est qu’il y a un intérêt croissant au niveau mondial pour les sauces épicées. L’intérêt sur l’harissa ne portera pas uniquement sur la labellisation, mais aussi sur toute la chaîne de production, sur l’organisation des filières, sur le marketing, la communication et la promotion. Ainsi la conformité, la traçabilité et la mise à niveau concernera 2000 agriculteurs, 10 centres de collecte, six entreprises et 100 femmes transformatrices.

 

Deuxième filière : la figue de Djebba 

La figue est la culture ancestrale et la première source de revenus des 6.000 habitants du village de Djebba, du gouvernorat de Béja. La figue de Djebba, c’est 800 agriculteurs cultivant 25.000 figuiers de 17 variétés dont 20% bio. En 2012, la figue de Djebba a eu son appellation d’origine contrôlée (AOC). Les axes d’intervention pour ce fruit typique, seront la création d’une commission locale pour sa valorisation, promotion de sa transformation locale et la promotion de son positionnement sur les marchés (marketing collectif et communication). Outre les 800 agriculteurs, 60 femmes transformatrices seront incluses dans ce projet.

 

Troisième filière : la figue de barbarie

La Tunisie est un des pays au monde avec le plus de surface plantée en figues de barbarie, 600.000 ha, mais la majorité des plantations n’est pas utilisée à des fins commerciales. 16% de la superficie nationale se trouve à Kasserine où la culture de la figue de barbarie est la mieux structurée. On compte actuellement de quatre à cinq entreprises tunisiennes opérant dans la transformation industrielle de la figue de barbarie. A Zelfen, 25.000 ha (dont 1.300 ha bio) produisent des figues de barbarie à goût unique. On compte 870 agriculteurs producteurs de figue de barbarie à Zelfen. Un label «  Zelfen » avec un cahier des charges ont été élaborés. Le projet lancera un appel à candidature « label qualité » pilote pour les entreprises. Les axes d’intervention par rapport à ce fruit, seront notamment la création d’une commission locale pour la valorisation du figuier de barbarie, l’appui à un entrepôt frigorifique pilote, la promotion de sa transformation, le marketing et l’identification des clients. Au total 870 agriculteurs, un entrepôt frigorifique, une entreprise et 50 petits producteurs seront concernés par ce projet. 

Najeh Jaouadi

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