La “semaine noire” des médias et l’initiative du quartet

Errata : une erreur stupide m’a fait écrire dans le n°1447 que “le ministre de l’Intérieur continue à faire la chasse aux “journalistes”, il fallait lire “aux terroristes”, d’ailleurs, la suite du paragraphe était bien claire. Je présente mes excuses à M. le ministre de l’Intérieur et à nos lecteurs.

 

Les premiers jours de la semaine écoulée ont été riches en évènements dans les domaines de la justice, de la sécurité et des médias. Quant à la seconde moitié et au week-end, c’est la diffusion tant attendue par l’UGTT de la feuille de route concoctée par le quartet (UGTT, UTICA, LTDH et Ordre des avocats) et ses suites qui ont occupé le terrain.

 

* Dès le lundi 16 septembre, une agitation inhabituelle s’est manifestée devant le Palais de justice de Tunis pour soutenir le journaliste Zied El Héni, libéré le vendredi précédent contre une caution de 2.000 dinars et tenu de se représenter à nouveau devant le juge d’instruction. Une marche a été organisée entre le Palais de justice et la Kasbah, regroupant journalistes, avocats et députés “dissidents” pour soutenir la liberté d’expression et la liberté de la presse.

Mardi 17 s’est déroulée la grève générale d’un jour des médias (presse, radios et stations TV) qui a été suivie toute la journée, pour protester contre les nombreuses comparutions de journalistes devant la justice.Une foule nombreuse a porté en triomphe Zied El Heni et Tahar Ben Hassine, en attente de leur procès. Étaient aussi présents les trois membres du syndicat USFCA de la police (ils ont tenu une conférence de presse le 6 septembre pour protester contre des complicités avec les terroristes). Il s’agit de Salah Jouini, Montassar Matri et Imed Haj Khlifa, qui seront entendus en qualité de “témoins” par le juge d’instruction. En attendant, ils sont sereins et confirment leurs révélations sur les réseaux terroristes et les complicités dont ils jouissent.

Toujours au sujet des journalistes, Tahar Ben Hassine est sorti libre de sa convocation ave le juge d’instruction, samedi 21 (pour une affaire de “complot et atteinte à la sûreté de l’État et incitation des citoyens à la désobéissance civile”, soit, deux crimes gravissimes), Soufiane Ben Farhat a été réintégré à Shems FM après sa grève de la faim, Lotfi Laamari a réapparu sur les plateaux d’Hannibal TV et on attend toujours avec impatience le retour de Hamza… et de Soufiane Ben Farhat sur les plateaux de Nesma TV.

Quant aux activistes d’Ansar Echaria arrêtés grâce à l’efficacité de la BAT et de la Garde nationale, ils sont en train de faire des erreurs qui doivent permettre d’arrêter des complices en liberté. Les réseaux sociaux doivent être en alerte et signaler toute tentative de libération de ces terroristes qui vous prépareraient l’apocalypse.   

 

La feuille de route du “quartet” n’a malheureusement pas fait éviter l’impasse dans laquelle se trouve le paysage politique tunisien. Le “dialogue de sourds” s’est poursuivi malgré les avertissements de Houcine Abassi et exprimant que la situation ne pouvait perdurer plus longtemps. La “feuille de route” établie par le quartet a été remise aux partis au début de la semaine et une réponse était attendue pour jeudi, dernier délai (repoussé au vendredi).Le quartet a étudié les réponses et la conférence de presse du samedi 19 a marqué la fin de cette initiative devant le refus d’Ennahdha de la démission immédiate du gouvernement qui aurait marqué le début du dialogue général. La Choura ne conçoit la démission du gouvernement qu’après le dialogue, c’est la ligne rouge pour les deux parties. Pourquoi faire capoter une initiative pour quelques jours de plus, accordés à une équipe qui n’arrive pas à régler les principales demandes du peuple : la reprise de l’économie, la réduction du chômage et la sécurité (malgré l’évidente volonté du ministre de l’Intérieur) ?

Hier, Houcine Abassi a rappelé les grandes dates de cette initiative : l’initiation en octobre 2012, le premier round le 5 avril 2013, le second le 16 mai, le troisième le 21 juillet, la suspension du dialogue le 25 juillet, date du lâche assassinat du député Mohamed Brahmi. La CA de l’UGTT s’est réunie le 29 juillet, malgré la situation, pour présenter une initiative de sortie de crise en préconisant la démission d’Ali Laarayedh, rappelant la démission d’Hamadi Jebali, le lendemain du meurtre de Chokri Belaïd. Mais cette fois-ci Ennahdha ne veut rien lâcher ! La CA de l’UGTT n’abandonne pas, le Quartet prend forme et prépare une nouvelle “feuille de route” que Rached Ghannouchi lui-même déclare accepter le 22 août. Mais le soir même la Choura le désavoue… Enfin, en septembre, c’est la dernière tentative de Houcine Abassi pour sauver la situation. Une feuille de route est proposée aux divers partis en demandant une réponse sous 48 heures. Vendredi 20, la CA de l’UGTT et ses alliés prennent connaissance des réponses et samedi 21 c’est la conférence de presse du quartet qui fait part de l’échec de l’initiative. Mais les “sauveteurs” du pays ne démissionnent pas et ne “jettent pas le manche après le cognée”. Houcine Abassi déclare attendre une autre réponse “dans les heures à venir”… le dernier sursis !

 

La ministère de la Femme part en guerre…  Contre le “djihad du nikah”. Mieux vaut tard que jamais ! Il a attendu que le ministre de l’Intérieur annonce dans sa déclaration à l’ANC, le 19 courant, que des jeunes filles envoyées à ce djihad d’un nouveau genre sont revenus du “front” enceintes.Pourquoi n’a-t-on pas pensé à bourrer ces filles de contraceptifs avant de les “mettre au boulot” ? Était-ce “haram” de les protéger ? Ces jeunes filles de chez nous reviennent brisées par les “choses atroces” dont a parlé M. Lotfi Ben Jeddou, sans oser s’étendre sur le sujet… et on le comprend quand on pense à quel horrible “abattage” elles ont été soumises des jours et des nuits… Que vont-elles faire ? Certaines vont sans doute se faire avorter, si ce n’est pas décrété “haram”, les autres vont accoucher. Quel sera le statut de ces enfants ? Seront-ils considérés comme des enfants de “chouhada ” ou des parias repoussés par une société tunisienne pudibonde ?

Il y a eu un précédent dans l’Histoire : les enfants de ces “femmes de confort” (c’est leur nom officiel… et rassurant) coréennes, enlevées et parquées dans des camps pendant la Deuxième Guerre mondiale pour “soulager” les soldats nippons. Leurs enfants, devenus adultes, ont raconté dans des livres quel calvaire a été leur vie… Est-ce cela qui attend les enfants de nos jeunes filles conçus au djihad ? Et les honorables hommes de religion qui les y ont envoyées trouvent-ils le sommeil quand ils y pensent ?

Raouf Bahri     

 

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