Encore une semaine perdue

En gros, on peut dire que la semaine écoulée s’est déroulée comme la précédente, c’est-à-dire dans un fatras de rencontres bi ou multilatérales qui n’ont débouché sur rien, ci ce n’est que Ennahdha s’est “renforcé” par la rassemblement autour d’elle d’une dizaine de partis-croupions de même tendance, où l’on a retrouvé ses alliés de toujours, les Ayadi, Badi, Abbou… ainsi qu’un personnage bien connu sous le régime précédent pour son nomadisme d’un parti à l’autre. Les seuls faits notables ont été le nouveau discours de Mustapha Ben Jaafar en début de semaine et pour le week-end le pavé lancé dans la mare par les syndicalistes de la police et l’importante manifestation populaire pour le 40e jour de Mohamed Brahmi.

Le président de l’ANC a, tel un directeur d’école lassé par le désordre, sifflé la fin de la récréation en demandant aux élus “retirés” de “rentrer à la maison”, comme si la situation s’était subitement réglée, alors que les problèmes du pays sont encore sur la table autour de laquelle personne ne veut se réunir.

La réponse ne s’est pas fait attendre, et le soir même, un plateau a réuni  sur Nessma TV des acteurs politiques réunissant d’un côté Ameur Laarayedh et Imad Daïmi, et de l’autre Zouheir Mazghaoui (UGTT), Mohamed Hamdi et Lobna Jeribi. Au discours lénifiant de Ben Jaafar ont répondu la hargne des islamistes et la détermination des démocrates, donc la lutte continuera, tant qu’entre autres choses la Troïka ne se décidera pas à consentir à la dissolution des LPR, ses protecteurs et hommes à tout faire.

Le Front du refus a donc poursuivi ses manifestations dans les régions tandis que le SG de l’UGTT a encore renvoyé à la semaine prochaine la réunion de la CA, seule habilitée à prendre des décisions graves susceptibles de mettre fin à cette interminable crise. De son côté, Ennahdha a appelé à l’aide sa grosse cavalerie, les Ellouze, Chourou, Mekki et Ben Salem pour confirmer leurs trois “non”. C’est-à-dire, non à la démission du gouvernement, non à la dissolution de l’ANC et non à toute discussion avec Nida Tounes, leur “bête noire.”   

Devant les aléas de la situation sécuritaire, les syndicalistes des Forces de la sûreté (UNSFS), dégoûtés sans doute de voir libérés le lendemain les salafistes ou terroristes arrêtés la veille, lassés de risquer leur vie pour rien, ont décidé de commencer à ouvrir la “boite de Pandore” et à déballer en public, sur les chaînes TV, les compromissions entre le pouvoir et Ansar Echaria — rappelons que le chef du gouvernement a déclaré “terroriste” cette soi-disant association de prédication et de bienfaisance ! On attend avec impatience la suite de ces révélations. En attendant, les hommes de la brigade antiterroriste ont fait une descente dans le mosquée Essalem de la cité Ennour et on a arrêté trois hommes en flagrant délit d’une réunion de coordination (selon Business News. Seront-ils libérés demain ?)

La semaine s’est achevée par une imposante manifestation de l’opposition à l’occasion du 40e jour de l’inhumation du martyr Mohamed Brahmi ; un cortège de plusieurs dizaines de milliers de citoyens et citoyennes a défilé de Bab Saadoun au sit-in du Bardo — qui doit bientôt se déplacer à la kasbah — dans une ambiance à la fois joyeuse et revendicative. Béji Caïed Essebsi et Hamma Hammami y ont prononcé des allocutions vivement acclamées. En outre, quatre députés (retirés de l’ANC) commenceront une grève de la faim. Rached Ghannouchi a notamment déclaré lors d’une intervention sur Watania : “Nous craignons que vous ne preniez le pouvoir et que vous ne le quittez plus”. Non Monsieur, ce sont les élections qui décideront de qui gardera le pouvoir, si elles sont honnêtes comme celles qui vous l’ont donné.”

 

Notre jeunesse : on parle très peu de la jeunesse tunisienne et en cette période de grande crise où la société civile bouillonne, on ne la voit pas sur les plateaux TV par exemple. Certes, ils sont toujours partants pour les grandes manifestations patriotiques et populaires du camp démocratique, ils ont pourtant été les principaux artisans de la Révolution, mais paraissent se désintéresser de la situation politique actuelle, où le pays a pourtant besoin de ses fils et de ses filles. On a bien parlé il y a quelques temps, après la deuxième révolution égyptienne, d’une association “Tamarrod”, mais depuis… silence radio. Aussi est-ce avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu la semaine dernière dans La Presse, sous la signature de M. H. Abdellaoui, l’annonce de la constitution appelée “Coalition nationale des jeunes tunisiens” qui a pour but “de participer activement à la vie publique et de faire face à toutes les forces qui tirent vers l’arrière”. Vaste programme ”aurait dit le Général De Gaulle“ ! Mais on espère que ces jeunes sont pleins d’enthousiasme tandis que tant de leurs aînés restent spectateurs lorsque les différentes parties se déchirent. Ces jeunes voudraient créer une Assemblée nationale de la jeunesse qui pourrait jouer un rôle positif pour participer à régler les problèmes du jour. On ne peut que saluer leur enthousiasme mais leur recommander de ne pas se laisser utiliser par les “politiques.”

Dans le même numéro de La Presse, nous apprenons que le chef du gouvernement, selon une tradition bien établie sous les régimes précédents, a rendu visite au 21e Congrès du mouvement scout tunisien. Dans son allocution d’ouverture, Ali Laarayedh a promis de continuer à lui accorder une subvention tout en lui demandant “d’opter pour de nouvelles formes de financement” — ce qui a toujours été le souci des responsables. Il a aussi appelé le scoutisme tunisien “à mettre à jour ses programmes et ses règles de vie pour soutenir la société civile dans la construction de la démocratie”. À titre tout à fait personnel — j’insiste bien — et en tant qu’ancien chef scout, je voudrais rappeler au chef du gouvernement que les scouts tunisiens ont toujours lutté pour la démocratie, aussi bien sous le protectorat, dans la clandestinité où ils ont participé à la lutte de libération nationale (où nombreux sont ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie) qu’après l’Indépendance où de nombreux chefs et routiers ont participé à la “guerre de Bizerte”. Dans ces conditions, si une subvention est accordée à l’Association, elle est la bienvenue, mais il serait erroné de penser que les scouts tunisiens puissent être instrumentalisés par quiconque ou de modifier leur “programme” à la fois ludique et pédagogique, qui repose sur des bases solidement ancrées dans l’Histoire du mouvement scout à travers le monde. Notre association a toujours été très jalouse de son indépendance et je rappellerai que lorsque Bourguiba — que nous respectons en tant que “père de l’Indépendance” — a voulu fondre le scoutisme dans une “Union de la Jeunesse”, vers la fin des années 60, la plupart des chefs scouts ont quitté leur poste, à part quelques-uns restés pour “conserver la flamme” et ne l’ont repris qu’après que cette “Union” disparaisse d’elle-même. Donc, fort de ses 80 ans d’existence, le scoutisme tunisien continuera à fonctionner avec son programme éducatif et civique, toujours “à niveau et avec ce qu’on appelle “l’esprit scout.”

Raouf Bahri    

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