Charmes d’une nuit d’été

Par Alix Martin

Savez-vous que la nuit du jeudi 5 septembre sera celle de la nouvelle lune ? On pourrait donc décider de réaliser une « nuit des Étoiles » soit le vendredi 6 soit le samedi 7. Mais où ?

 

Un lieu propice

Il vaut mieux, à notre avis, choisir un lieu particulier, « chargé d’Histoire », pour aller regarder le ciel avec plaisir pendant un grand moment.

D’abord, comme tout ermitage, il devra être loin du « monde » pour que nous ne soyons pas incommodés par les lumières qui sont l’apanage de la « civilisation ». Ensuite, il devra être en hauteur, puisque depuis l’aube de l’Histoire, c’est là qu’on entre le plus facilement en communication avec le « ciel », enfin il devra être isolé pour qu’aucun obstacle ne gène l’observation sur les 360° de l’horizon.

Voilà trois facteurs qu’il est de plus en plus difficile de réunir. Les années précédentes, nous avions réussi de très belles nuits d’été sur la Kalaat Esnan ou sur le Jebel Sidi Abiadh au bout du Cap Bon. Des amis sont allés, au moment de l’Aïd dernier, sur le Jebel Sidi Abderrahmen au Cap Bon. Ils nous ont demandé de trouver un autre endroit. Aujourd’hui, nous allons leur proposer deux « éminences » du massif du Zaghouan : le sommet du Jebel Stah et le Kef El Blida, surmonté d’une tour de surveillance des forestiers. Elles sont facilement accessibles. On peut laisser les véhicules au bord de la route menant à Sidi Bou Gabrine, au col, dégagé, où a été aménagé un point d’eau temporaire pour les troupeaux. Un double virage en épingle à cheveux le rend remarquable. Les bas-côtés ont été débroussaillés, en particulier celui qui est à gauche de la route, en montant, à proximité du point d’eau. Les véhicules pourront être garés facilement entre les buissons de lentisques.

 

Les promenades

Comme nous ne sommes pas tous perpétuellement en vacances – quel dommage ! – on peut choisir de monter au Zaghouan, le samedi après-midi.

A la tombée de la nuit, un très mince croissant de lune paraîtra au ras de l’horizon et disparaîtra quelques minutes après. Le ciel sera « observable » tout le reste de la nuit.

Les amateurs disposent de différentes options. Les randonneurs acharnés se font déposer à l’écomusée ou au départ du sentier, à l’Oued Dalia, le long de la route menant à Sidi Bou Gabrine. Pendant que les conducteurs moins aguerris amènent les véhicules, jusqu’au col, les marcheurs « grimpent » à travers la forêt et les sous-bois très parfumés : une heure de marche. En fin d’été, la chaleur et la sècheresse « renforcent » les senteurs : balsamiques des pins et des thuyas de berbèrie, aux superbes petits fruits « polyédriques » gris-bleu, « aromatique » des touffes de thym, de romarin et de lentisque dont les rameaux bruns portent de très nombreuses petites baies rouge vif, âcres et presque « médicinales » des eucalyptus. Même sur les pentes nord du Zaghouan, les plus arrosées, la végétation a souffert de la canicule. Le feuillage, habituellement vert foncé et brillant des oliviers sauvages est constellé de petites feuilles brunes. Une « moquette » de feuilles sèches tapisse le sol à leur pied. Les cistes et les calycotomes « soyeux » : les « guendoul » affreusement piquants, ont perdu toutes leurs feuilles pour éviter de transpirer. Elles ne repousseront qu’après les grosses pluies d’automne. Même les branchettes du thym et du romarin se sont desséchées et sclérosées, elles sont devenues « piquantes ».

Les passereaux sont silencieux : ils n’ont pas de territoire à défendre ni de femelle à séduire. Seuls quelques grands corbeaux croassent vers les pentes nues, très escarpées du Kef Orma dominant le « refuge » de Sidi Bou Gabrine et de très rares tourterelles des bois, migratrices, s’envolent bruyamment. Des chevrettes, épargnées cet été par les bouchers, appellent de temps en temps leur mère : elles sont « grandettes » et savent se débrouiller. La forêt et les maquis sont donc sévères à cette époque de l’année. Arrivées à Sidi Bou Gabrine, les marcheurs rejoindront le col en suivant la route sur environ 2 kilomètres.

Une fois tout le monde réuni au col et les véhicules bien rangés, il faut choisir.

Le Kef El Blida est la solution de facilité : une approche courte : on voit la tour ! En pente douce bien que pierreuse, un site « historique – préhistorique, plutôt – qu’on devine, la plaine de Moghrane au pied de la falaise et les autres sommets suffisamment éloignés pour ne pas gêner l’observation. Là-bas, vers El Fahs le soleil se couche derrière le Jebel Fkirine.

L’option du Jebel Stah est nettement plus sportive. Déjà, il faut choisir le point de départ. On peut partir du col où sont les véhicules et escalader à travers la forêt et les sous-bois : plus de 100 mètres de dénivelé en moins de 500 mètres ! Ce n’est pas facile quand on n’a pas l’habitude. L’autre point de départ est à 1,5 kilomètre plus loin, vers Sidi Bou Gabrine, au Col Sach, là où arrive la grande piste qui vient de Sidi Médien. Au départ, la pente est moins raide, mais l’arrivée sur le Jebel Stah n’est pas très difficile. Ensuite, il faut choisir son « coin » : à proximité du sommet ou un peu plus loin vers le sud, à proximité d’un sommet secondaire.

Enfin, il faut s’installer. A Kef El Blida, comme sur le Jebel Stah, certains vont, très rapidement, aller à la « corvée de bois » et allumer un petit feu de camp. Aucun problème : le bois sec abonde au mois de septembre et les branches de lentisque s’enflamment très facilement. Même humides, feuilles et branches contiennent un produit qui donnent de belles flammes bleues comme la combustion de l’alcool. Naguère, il servait à fabriquer une colle. Certains vont s’inquiéter de la présence de très nombreuses chauves-souris qui « logent » de jour dans les multiples galeries de mine abandonnées, creusées dans le Jebel Stah en particulier. Les demoiselles, même si elles ont, à la mode, de très longs cheveux, ne risquent rien. Jamais, aucune chauve-souris n’a heurté un humain ni ne s’est prise dans la chevelure d’une dame comme le raconte la légende.

Maintenant que l’on a mangé, que la nuit est tombée, et que sur les braises, le « berrèd » chantonne en laissant s’exhaler le parfum du thé qu’on peut « corser » avec un brin de thym ou de romarin, il est temps de regarder le ciel.

Tout le monde, même les néophytes, repère la « Grande Ourse » puis le « Petite Ourse » et l’étoile polaire et on navigue dans le ciel.

Dans la « voie lactée » qui tranche sur le velours sombre du ciel, on repère la croix du Cygne avec Deneb à sa queue. A sa droite, une étoile très brillante : Véga de la Lyre. A sa gauche, plus bas, une autre étoile très brillante entre deux autres. C’est Altaïr de l’Aigle. Là, à l’Est, cette énorme étoile, c’est Arcturus du Bouvier. Juste au-dessus, c’est le demi-cercle de la Couronne Boréale.

Là-bas, entre le Cygne et l’Aigle, c’est la virgule du Dauphin et plus loin, la légende : le carré de Pégasse, la croix d’Andromède et Persée à côté, à l’ouest. Plus haut, le « Double V » de Cassiopée. Et puis en bas, au ras de l’horizon, d’est en ouest, chacun retrouvera son « signe » : la balance, le scorpion avec Antarès, 400 fois plus grosse que le soleil, le sagittaire, le capricorne, un peu plus haut le verseau et le poisson. En remontant un peu, la très grosse Capella du cocher. Puis vers 22 ≈ 22 heures 30, à l’ouest, le taureau, la baleine et orion brilleront. On découvrira que de multiples étoiles ont des noms « arabes ».

La nuit passera relativement vite. Le ciel pâlira, les étoiles s’éteindront et leurs amoureux s’endormiront sans se plaindre de la dureté de la couche.

 

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