D’une grève à l’autre

Une année presque sépare les deux grèves générales du secteur de la presse :17 octobre 2012 – 17 septembre 2013. C’est dire les répressions auxquelles font face les journalistes après la Révolution. Et cette situation n’a pas l’air de se terminer bientôt.

 

Les slogans des deux grèves reflètent bien une situation politique, voire médiatique, qui s’annonce de plus en plus floue. En 2012 les journalistes revendiquaient uniquement «la liberté de la presse». En septembre 2013, la donne a changé : à la liberté de la presse s’ajoute «une justice indépendante». Le mot qui fâche.

«L’affaire Zied El Heni était la goutte qui a fait déborder le vase. Nous avons à plusieurs reprises appelé au dialogue, notamment après la première grève générale du 17 octobre 2012, mais en vain. Le gouvernement a procédé à des nominations subjectives et surtout injustifiées et à l’arrestation de journalistes. La répression s’est intensifiée, notamment après les assassinats politiques», affirme Néjiba Hamrouni, présidente du Syndicat  national des journalistes tunisiens (SNJT). Ainsi, la deuxième grève a été décidée suite à l’arrestation du confrère pour dénoncer une série d’attaques contre la liberté de la presse.

 

Retour sur les faits

En effet, la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Tunis a libéré le journaliste Zied El Heni à la veille de la grève, mais en contrepartie du paiement d’une caution de 2000 dinars à déposer au Trésor public, et ce, après avoir été emprisonné, le 13 septembre, pour délit d’opinion et accusé de diffamation et d’injures envers un fonctionnaire public. Le journaliste s’est dirigé directement, le même jour (NDLR : le 16 septembre) vers la place de la Kasbah pour participer à la marche protestataire avant de rejoindre les grévistes, le lendemain, au siège du syndicat.

«Nous revendiquons une presse libre avec toutes les garanties pour se défendre et se protéger contre tout acte de répression ou d’oppression. La liberté de la presse est, aujourd’hui, menacée et de plus en plus étouffée. Le gouvernement veut faire taire toutes les voix qui le dérangent, affirme Zied El Heni,

Rappelons que le journaliste avait accusé  sur le plateau de Nessma TV, le juge d’instruction de « mensonge » dans l’affaire du réalisateur Nasreddine Shili et le cameraman, Mourad Meherzi, inculpés pour le jet d’un œuf sur le ministre de la Culture.

L’affaire Zied El Heni n’est pas un cas isolé. Beaucoup de procés ont été intentés contre des journalistes tels que Tahar Ben Hassine et Zouhaier El Jiss. «Cette série de détentions préventives pèse lourd sur le dossier de la liberté de la presse en Tunisie » nous a fait savoir l’avocat Mokhtar Trifi..

RSF, Reporters sans frontières rappelle que les articles issus du Code pénal doivent être révisés conformément aux standards internationaux et ne doivent pas être appliqués sur les journalistes, puisqu’ils sont en contradiction avec les articles du nouveau Code de la presse (decret-loi 115).. «Notre grève a réussi. Nous prions, aujourd’hui, tous nos collègues de ne pas répondre, au cas où ils seraient arrêtés, aux questions du juge, s’il  se référe  au Code pénal», fait savoir Néjiba Hamrouni

Deux grèves, des divergences

Le soutien aux journalistes de la part de la société civile et de l’opinion  publique ne cesse d’augmenter «l’année dernière, nous étions seuls. Par contre, pour cette année, nous avons eu  la collaboration du Syndicat général de la culture et de l’information», souligne la Présidente du SNJT. En effet, la grève du 17 septembre a été organisée conjointement par le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) et le Syndicat général de la culture et de l’information. Son Secrétaire général Nabil Jmour a, pour sa part, décrit l’agression des journalistes et des libertés comme étant une «ligne rouge». Et d’ajouter, «cette grève n’est qu’une première étape pour mettre fin aux dépassements du politique».

À l’instar de la première grève de 2012, plusieurs acteurs de la société civile se sont rassemblés au siège du syndicat, le 17 septembre 2013, pour soutenir le secteur de la presse. Partis politiques, juristes, activistes et journalistes ont participé aux deux grèves pour revendiquer la liberté d’expression. Sauf que l’hétérogénéité était, cette fois-ci, plus visible. «Nous sommes venus pour appuyer Zied El Heni et tous les journalistes qui protestent contre la persistance du gouvernement de mener des actes contre la liberté. Il est important de souligner le gouffre juridique auquel on doit faire face. Maintenant il faut passer, en urgence, aux élections. Il faut, dans le même temps, des médias forts et libres», nous a fait savoir, Samia Zaouali, membre du bureau politique du Parti de la rencontre destourienne (PRD).

Alors que la grève 2012 avait principalement pour objectif de revendiquer l’application des deux décrets-loi 115 et 116, notamment pour la création de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA); la grève générale, observée mardi 17 septembre 2013, a réclamé la non application du décret-loi 115, pourtant existant, tout en insistant sur une justice indépendante.

Ces différends autour du sujet de la liberté d’expression et le tollé qui en découle interviennent alors que le gouvernement est ancré dans une crise politique inédite et inscrite dans un feuilleton interminable. «La liberté de la presse est une revendication du peuple et non seulement un souhait de notre secteur», a précisé la journaliste Sayda Hammami. Et de conclure «La bataille pour une presse libre et indépendante, s’avère de longue haleine ».

Chaïmae Bouazzaoui

 

France 24 annonce ses nouveautés depuis Tunis

Le drapeau tunisien hissé par une jeune fille brune dont un cri se dessine sur le visage  pour signifier «liberté, égalité, actualité». France 24 se «pare» d’un nouveau slogan aux couleurs de la Tunisie. 

La chaîne devenue mondiale depuis déjà un certain temps a également choisi Tunis pour annoncer ses nouveautés mardi dernier. Quelques programmes viennent enrichir la grille : «Le journal des journaux du monde arabe» qui touche 10 grandes villes du monde arabe et présentera une centaine de reportages, «billet de retour» qui reviendra sur des lieux et villes ayant été marqués dans le passé par des grands événements, «L’Europe dans tous ses états» et «Le tour du Maghreb». Ce dernier sera diffusé a partir du 11 novembre et fera de l’être humain le cœur de ses reportages.

Lors de la conférence, quelques chiffres ont été donnés. Ainsi 200 journalistes radio et télé ont été formés depuis la Révolution au sein de France24, 1 Tunisien sur 5 regarde la chaîne au moins une fois par jour. Elle est classée cinquième en Tunisie et son site enregistre 300000 visites par jour, 4 fois plus qu’avant le 14 janvier 2010. Pour finir 400000 Tunisiens sont adhérents a la page Facebook de France 24 ce qui constitue son plus grand fun club dans le monde.

H.A

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