Renouer avec les mégaprojets

On se rappelle la génération des mégaprojets des années 2000 annoncés à grand renfort de communication avec des investissements mirifiques de plusieurs milliards de dinars chacun, annonciateurs de milliers d’emplois et qui sont restés lettre morte. Tel fut le cas de Sama Dubaï, Tunis-Sport-City et d’autres…

 

Après avoir obtenu des avantages financiers et fiscaux sensibles ils ont fait rêver l’opinion publique, mais n’ont pas abouti. Cela a engendré chez les Tunisiens non seulement une profonde déception, mais une certaine frustration et une incrédulité vis-à-vis des grands projets.

Or, seuls ces derniers, sont susceptibles de créer une image brillante du pays d’accueil dans l’opinion publique internationale et d’avoir un effet d’entrainement sur l’ensemble de l’économie, notamment la dynamisation des petites et moyennes entreprises locales et régionales dans des travaux de sous-traitance et de maintenance.

De toute façon, cela implique de la part de l’État des investissements massifs pour la réalisation des infrastructures de base nécessaires, à savoir l’aménagement des voies et moyens de transport, les arrivées d’eau potable, les connexions électriques, les canalisations d’assainissement, les raccordements de télécommunication…

C’est pourquoi la Commission supérieure des grands projets, une Commission ministérielle créée par le décret du 21 janvier 2013 et présidée par le ministre du Développement et de l’Investissement, s’est réunie le 15 août à Tunis pour étudier et donner le feu vert à trois grands nouveaux projets pour lesquels des conventions doivent être élaborées avant accord définitif ultérieur.

 

Une ville thermale  à Gabès

Un groupe d’investisseurs autrichiens en partenariat avec une associée d’origine tunisienne et de nationalité autrichienne se proposent d’investir de façon colossale, soit 750 millions de dinars dans un projet intégré.

Il s’agit d’un projet qui s’étend sur 240 ha et comporte aussi bien des établissements et des équipements de soins médicaux et thermaux que des hôtels et des villas pour l’hébergement des curistes à El Khabayet. On y trouvera également un terrain de golf et un complexe commercial.

Il faut dire que les eaux thermales chaudes disponibles ont des propriétés remarquables pour traiter différentes maladies.

La clientèle en grande partie étrangère sera conquise non seulement par la qualité des soins, mais aussi par l’environnement. La réalisation se fera sur cinq ans et permettra à des dizaines d’entreprises tunisiennes de bâtiment de participer au chantier et de créer des centaines d’emplois.

Il est clair que l’Office du tourisme et celui du thermalisme, tutelles du secteur, ainsi que les ministères de l’Équipement et de l’Environnement auront leur mot à dire pour le respect des normes techniques en la matière.

Ce projet comporte également l’implantation d’équipements commerciaux et socio-collectifs nécessaires à l’approvisionnement et à la vie pratique de tous les jours ainsi que l’aménagement d’espaces verts culturels et de loisirs pour rendre la vie agréable aux curistes ainsi qu’aux cadres médicaux et paramédicaux et habitants de la ville.

Il s’agit d’un projet ambitieux qui nécessite une étude d’impact ainsi que la préparation et la signature d’un mémorandum d’entente entre les promoteurs et l’État tunisien pour préciser les droits et obligations de chaque partie. Il permettra de créer 1000 emplois directs et 3000 emplois indirects 

 

Une ville universitaire et un centre d’affaires à l’Ariana

Un investisseur étranger, DUET Group, semble déterminé à construire une ville entre l’Ariana et Raoued, dédiée à l’acquisition du savoir et au développement des activités financières. Un terrain d’une superficie de 250 hectares est prévu dans ce but. Il y aura une université d’une capacité de 4000 étudiants et des établissements financiers : 200.000 m2 de bureaux seront construits également, des hôtels, des centres commerciaux, des logements de luxe, des établissements de restauration, de loisirs et de sport. L’investissement prévu est de 2 milliards de dinars, dont 150 MD seront consacrés à l’aménagement de Sebkhet Ariana.

 

Un dépôt pour les avions

Un important projet de stockage intermédiaire pour avions est prévu à l’aéroport de Tozeur-Nefta. Il s’agit d’un investissement qui débutera avec 10MD et ira jusqu’à 65MD. Il consistera à construire des dépôts et des parkings pour le stockage des avions en basse saison par les compagnies aériennes. Il sera certainement jumelé avec des ateliers pour la maintenance et la réparation. Cela permettra de créer de l’activité au sein de l’aéroport qui en a bien besoin vu qu’il n’y a presque pas de dessertes régulières par les compagnies aériennes et peu de vols charters, alors que la région du tourisme saharien compte plus de 30 établissements hôteliers. La superficie prévue est de 50 ha au début extensible à 130 ha. L’emploi sera limité à 50 salariés au départ et évoluera en fonction de l’activité.

C’est le ministère du Développement et de l’Investissement extérieur qui est chargé d’élaborer les conventions relatives aux concessions à accorder par l’État tunisien aux promoteurs étrangers afin de servir de base aux négociations tout en prenant en compte les opinions des ministères de tutelle concernés.

Espérons que ces projets seront réalisés et ne resteront pas des dossiers dans les tiroirs.

Ridha Lahmar

 

Quels critères pour définir les grands projets ?

Plusieurs critères ont été retenus pour définir la notion de grands projets, éligibles aux décisions de la Commission supérieure des grands projets.

La taille de l’investissement prévu ainsi que l’importance de l’emploi escompté. Pour le volume, il y a lieu de prévoir 100 à 200 MD au minimum alors que l’emploi devrait dépasser 1000 salariés.

Il y a également le caractère intégré des projets qui porterait sur plusieurs activités différentes, mais complémentaires et relèveraient de domaines et d’autorités de tutelle distinctes.

Les projets en l’objet doivent aussi avoir un impact sur l’économie régionale : dynamiser les activité et créer de l’emploi dans les régions.

Pour les mégaprojets, l’État est souvent sollicité pour accorder soit une concession soit des privilèges fiscaux particuliers.

En outre, les promoteurs demandent toujours à l’État de prendre en charge la réalisation des travaux d’infrastructure jusqu’au périmètre du projet en vue d’assurer le raccordement des réseaux routiers, arrivée d’eau potable, connecxons du réseau d’assainissement, branchement électrique, réseau télécommunication.   

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