Plaisirs d’été

Par Alix Martin

Amateurs de belles plages de sable, de pêche à la canne du bord ou à la traîne en barque, d’un pique-nique à l’ombre ou d’un déjeuner simple, copieux, délicieux et peu onéreux, rendez-vous à Cap Serrat. Vous pourriez même ajouter une randonnée vers le phare au sommet de la colline voisine ou une marche sur la plage vers les baies de Kef Abbed. On a l’embarras du choix.

Pourquoi ce cap s’appelle-t-il « Serrat » ? Ce mot ne semble pas avoir de racine arabe ni berbère. Les pêcheurs locaux nous ont dit que les lieux étaient nommés « Ziatine » comme le petit cours d’eau qui, paresseusement, rejoint la mer au pied du Cap « Serrat » serait une « tunisification ». La mer très poissonneuse ici permettait la prise de très nombreux « serres » : des poissons carnassiers délicieux. Quand ils arrivaient sur les marchés, les pêcheurs, principalement italiens, à qui l’on demandait où ils les avaient pêchés, répondaient : « Au Cap ». Et ce Cap des « Serra » en italien, serait devenu le Cap Serrat. « Anche si non e vero, e ben trovato ! » : même si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé !

 

La région

Nous avons décrit, à plusieurs reprises, les attraits de la région des Mogods. Les alentours de Cap Serrat sont agréables et ont des atouts en toutes saisons. Nous avons entendu dire qu’un consortium italien venait de signer un accord avec les autorités tunisiennes pour y développer un important tourisme écologique. Tant mieux !

Même en cette fin de printemps cela vaut la peine d’aller à Cap Serrat. Les propriétaires de voiture objecteront que les premiers kilomètres de la route, à partir du carrefour avec la C.51 reliant Bizerte à Sedjenane, ont été abîmés par les camions. Les amoureux de la nature déploreront la présence des chantiers de construction du barrage sur l’Oued Guemgoum et de la conduite d’eau proche de la route.

Mais dès qu’on les a dépassés, le spectacle des dunes de sable doré tranchant sur le bleu de la Méditerranée qui se confond, à l’horizon, avec celui du ciel, des bouquets roses des lauriers, en début de floraison, le long des oueds, et du camaïeu vert des collines environnantes, est un enchantement.

La campagne retrouve son calme et son silence. Dans les bois d’eucalyptus, les vestiges historiques, des haouanet surtout, invitent à la promenade. La mer est encore trop fraîche pour se baigner ? Soit ! Une marche au bord de l’eau, les pieds dans le sable, les chevilles baignées, massées par les vaguelettes, est éminemment bénéfique pour des citadins qui ont porté des chaussures fermées sur des sols durs depuis l’été précédent. Elle permet de découvrir, à quelques centaines de mètres de la plage de Cap Serrat, des outils de pierre des civilisations « atérienne » ou « ibéromaurusienne », typiques du paléolithique nord-africain. 

N’emportez rien : pour vous ce ne sera qu’un caillou que vous jetterez dans quelque temps, pour les historiens, vous aurez déchiré définitivement une page du livre de l’Histoire.

 

Les plaisirs

En cette saison, la fraîcheur des matinées invite à la randonnée. La plus traditionnelle consiste à « grimper » jusqu’au phare construit sur la colline. La montée est régulière mais lente : 200 mètres de dénivelé sur 4 à 5 kilomètres, ce n’est pas difficile. D’autant qu’après un kilomètre de montée, on découvre un panorama superbe qui va grandir au fil de la randonnée. Au printemps, le ciel est plus bleu, la mer, vue d’en haut, est brodée d’argent, les « dents » des îles Fratelli et même les lointains contours bleutés de La Galite et du Galiton sont nets. Le maquis environnant est « parsemé » de fleurettes : dorées sur les « guendouls », blanches ou mauves sur les cistes, entièrement jaune ou jaune au cœur bordé de pétales blancs sur les marguerites ou les camomilles. Récemment, nous avons assisté, aux manœuvres d’intimidation d’un couple d’aigles de Bonelli qui chassait de leur territoire un autre couple d’aigles. Ils sont facilement reconnaissables avec leur mètre et demi d’envergure, leur « dessous » clair, presque blanc et la large bande noire rayant toute la longueur du milieu de leurs ailes blanches.

Les ailes étendues des grands goélands blancs captent les « ascendantes » de la brise marine qui butent contre les pentes à pic des collines du Cap. Ils montent sans un battement d’aile du ras des flots jusqu’aux cieux.

Si l’on est moins « sportif », les pelouses verdoyantes bordant l’Oued Ziatine permettent de découvrir en marchant des orchidées magnifiques et très rares : les spirantes estivales, les spirantes d’été : leurs fleurs en forme de clochettes blanches délicatement parfumées s’enroulent en spirale tout le long de la hampe florale. Au printemps, les plongeurs entraînés peuvent essayer de prendre, à la main, sur les pentes des Fratelli, des cigales de mer. Elles remontent à une quinzaine de mètres de profondeur pour s’accoupler.

En été, outre la baignade, la mer poissonneuse offre aux pêcheurs disposant d’une petite barque des poissons magnifiques : « dentés », « mérous », « liches », « limons » et « serres », évidemment. Actuellement, des enfants vendent parfois une boite de gros escargots de « Bourgogne » et de « petits gris ».

Pour les propriétaires, aventureux, de 4 x 4, une très belle piste, à l’Ouest, mène à Sidi Mechrig. D’autres sentiers, qui « prennent » avant le barrage, s’enfoncent très loin vers l’Est, jusqu’à Kef Abbed et plus loin encore.

Dès l’ouverture automnale, les bois environnants abritent de nombreuses bécasses et des hordes de sangliers, pour la plus grande joie des chasseurs. A cette saison-là, les amateurs cueillent, dans les bois et les près, des champignons délicieux : grandes lépiotes, coprins chevelus, rosés des près et pieds bleus.

Bien sûr, en hiver, les pluies, les bises glacées et puissantes, font fuir les visiteurs et même les agriculteurs locaux. Les plages désertes sont parsemées de petites barques échouées sur le sable. Seuls, quelques « spécialistes » acharnés pêchent, en barque ou du bord, des « loups » magnifiques, qui se rapprochent du rivage pour se nourrir, « agab naou » : à la fin de la tempête !

 

L’accueil

Mais, dès les premiers beaux jours, les agriculteurs-pêcheurs locaux, reviennent flâner sur la « terrasse » de leur guinguette, construite au bord de la plage. Les randonneurs-pêcheurs peuvent être accueillis aimablement pour un thé chaud et parfumé, sur les fauteuils de plage, hâtivement sortis à la terrasse du « Pirate » ou de « l’Escale ». Puis, si on prend rendez-vous pour un jour suivant, au retour d’une marche ou d’une partie de pêche, le parfum d’une grillade flotte très loin à la rencontre d’un visiteur affamé.

L’été, la plage est très fréquentée évidemment ainsi que celles qui sont un peu plus à l’Est mais dont les pistes d’accès au sable pulvérulent et sec, exigent l’emploi d’un véhicule 4 x 4, ce qui raréfient le nombre d’« utilisateurs ».

Les places à l’ombre des grands eucalyptus, plantés par le « Commandant Perrin », qui fut le premier et le seul grand agriculteur du lieu, sont rarissimes. Mais, tous les grands arbres, bordant les près avant la plage, offrent leur ombre à tous les « pique-niqueurs ». L’ambiance familiale, « bon enfant », les rires, les cris et les jeux des jeunes autour des « douches » publiques, les causeries à l’ombre d’un parasol, le parfum des grillades et celui du thé font une symphonie populaire, joyeuse et agréable puisqu’on revient très volontiers prendre son plaisir à Cap Serrat.

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