Le Syndrome du Nil

Une question quelque peu perdue de vue alors que le pays est empêtré depuis des mois dans des difficultés sans fin et qu’il semble aller à la dérive. Une question d’autant plus importante qu’elle intervient juste au moment où l’ancien président égyptien Hosni Moubarak est libéré sous condition et que son pays se trouve pris dans un tourbillon de violences. Une question qui s’incruste dans un paysage local en proie lui aussi à la violence et à un moment où le pays semble s’engager sur une voie plus salutaire qui laisse présager des lendemains meilleurs. Une actualité qui a vite fait de rappeler l’ancien président au mauvais souvenir de ses compatriotes. Qui évoque encore le président déchu alors que la population est lasse de voir une classe politique s’obstiner à envoyer des signaux navrants d’une immaturité affligeante et lasse de ne pas voir le bout du tunnel ? Tout semble indiquer que l’on veut remettre la partie à plus tard. Ben Ali peut donc dormir tranquille même si les derniers développements du procès Moubarak peuvent imprimer une nouvelle dynamique à celui de l’ancien chef d’État tunisien. Après tout, la situation chaotique que vit l’Égypte, n’a pas empêché la justice de ce pays de suivre son cours avec cette énorme différence que l’ancien raïs a été arrêté dans son pays, alors que l’ex président a préféré échapper à la justice. Pour combien de temps encore ?

La barbe hirsute, le regard hagard et perdu comme s’il ne réalisait pas ce qui lui arrivait, le moral visiblement au plus bas, Mohamed Badii guide suprême, des Frères musulmans égyptiens n’en revient pas. Lui qui, quelques semaines en arrière haranguait une foule de partisans à la limite de l’hystérie en les incitant à investir toutes les places d’Égypte pour dire non à ce que la confrérie considère comme un coup d’État militaire contre la légalité. Impensable, cette photo de Badii pris sous toutes les coutures comme un vulgaire malfrat, inimaginable alors que lui et ses compagnons avaient tous les leviers du pouvoir. Il est clair que la répression de l’appareil militaire a fait son œuvre. En embastillant les principales figures du mouvement, le Général Sissi et ses collègues du Conseil supérieur des forces armées ont voulu envoyer un signal fort et montrer leur détermination à ceux qui doutaient de leurs intentions. Les Frères paient cher aujourd’hui leur entêtement à vouloir s’approprier tous les rouages de l’État pour imposer un modèle sociétal que la grande majorité des Égyptiens a rejeté en bloc.

Même si les ingrédients d’un scénario à l’égyptienne sont bien là, on peut toujours espérer que nos politiciens de quelque bord qu’ils soient sauront éviter au pays les affres d’une confrontation sanglante dont on ignore jusqu’où elle peut mener. Sans faire de procès d’intentions à quiconque et alors que les tentatives de racoler les morceaux d’un dialogue national presque en lambeaux vont bon train, osons croire qu’il n’y aura pas de manœuvres dilatoires pour le saboter. Un dialogue de dupes, plus personne n’en veut. M. Rached Ghannouchi et la direction d’Ennahdha doivent comprendre qu’on ne peut pas s’emparer de tous les leviers du pouvoir et vouloir décider seuls de tout. 

 

Taisez-vous M. Ben Hassine !

Hallucinante la traque policière dont a fait l’objet l’autre jour le militant et homme de médias Tahar Ben Hassine. Il n’y a pas de meilleur qualificatif. Il est vrai que l’homme dérange. Avec son franc parler que tout le monde lui reconnait, le patron de la chaine El Hiwar Ettounoussi et membre du Bureau politique de Nida Tounes, ne mâche pas ses mots. Ses adversaires politiques et particulièrement ceux d’Ennahdha en prennent très souvent pour leur grade. Ses récentes envolées sur sa chaine et sur la place du Bardo lui ont attiré des inimitiés et beaucoup veulent lui faire payer son « insolence ». C’est même chose faite, puisque des poursuites judiciaires ont été engagées à son encontre dans une tentative de le faire taire. 

Le fait d’investir quasiment manu militari les locaux d’une clinique de la capitale et exiger du personnel médical de transgresser la confidentialité du secret médical pour les besoins de la procédure laissent perplexes. Tenter d’arrêter l’intéressé en bouclant les alentours du siège de sa chaine, est on ne peut plus désolant voire affligeant. Un empressement suspect qui intervient dans un climat où l’on aura tout vu, tout entendu et tout lu. 

 

Mohamed Fawzi Blout

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