IMPRESSIONS ÉCRITES: MUSULMANS

BN4293koran-gVital, un ami français, m’annonce par SMS qu’il est devenu musulman et qu’il s’appelle désormais Ibrahim. Une jeune femme qu’il voulait épouser lui a demandé de se convertir à l’Islam.

Vital pense sincèrement, à chaque fois qu’il sort avec une fille, qu’elle sera sa femme. En découvrant par la suite les différences qui les séparent, il passe à une autre et recommence à forger son projet de mariage.

Ayant renoncé à sa religion pour l’amour d’une fille, les femmes doivent penser qu’il n’est plus à une concession près.

Vital me dit par mail que Safia, qu’il veut épouser, a exigé qu’il ne boit plus une goutte d’alcool, arguant qu’en bon musulman, il est même tenu de le faire.

Plus sage, Sonya lui a demandé comment elle allait faire des canettes de bière au frigo, lorsque, une fois mariée ses parents leur rendent visite. Et Amel, ce qu’ils feraient de la sculpture art déco de femme nue, lorsqu’ils vivront en ménage et que des proches viennent les voir.

A ma question : pourquoi il s’attache à des dévotes, il me répond que non ! Ce sont des jeunes femmes très libérées, fraîchement sorties des universités et souvent laïques

 

Les Tunisiens démesurément pratiquants ont tort de croire que les Tunisiens quelque peu infidèles sont moins dévoués à la cause de l’Islam. Les deux catégories se ressemblent plus qu’on ne croit. La culture musulmane nous colle vigoureusement à la peau. Il semble que même lorsque nous ne sommes pas croyants par conviction, nous le sommes par constitution. Autour de moi, les Tunisiens de tous bords puisent leur force dans cette croyance en un Dieu bon et juste et en son prophète, prié d’intercéder pour eux auprès du Tout Puissant. Ils font constamment appel à l’Un et à l’autre, pour l’emporter sur les aléas de la vie. La soumission au destin et son corolaire, l’insouciance de l’avenir, atteignent jusqu’aux plus impies. L’un d’entre eux, qui n’a jamais eu la foi, se plaignait l’autre jour : c’est effrayant de ne pouvoir faire pleinement confiance à personne dans la vie… même pas à Dieu.

Les choses ont encore changé depuis que l’islam politique a pris le pas sur la bonne vieille religion et le prosélytisme

sur la sagesse de l’indifférence.

Nous avons été trop habitués à considérer les croyants comme des hommes polis, affables, tolérants, bonasses en somme. Aujourd’hui, ce ne sont plus exclusivement les séniors qui veillent au grain, les plus jeunes sont les plus virulents et ça nous déconcerte de voir ces pieux garçons, athlétiques sous leurs soutanes, agressifs, violents, pratiquant parfois la bastonnade contre de braves citoyens.

Dans chaque famille désormais veille au moins un de ses membres au respect des préceptes de l’Islam. Samir, mon ami, est venu me voir en tremblant encore de peur parce que son filsYassine a détruit à coups de marteau la télévision devant sa mère souffrante et son père, malade du cœur, sous prétexte que c’est blasphématoire de regarder les séries télé, les chansons d’amour et autres divertissements. Ma colère contre Yassine a amené son père à se ranger du côté de son fils et il conclut qu’il y a un âge où l’homme doit se tourner vers Dieu et exclure tout le reste ! Je n’ai plus rien dit. Samir a ses raisons et je vois régulièrement moins fidèles que lui rejoindre le peuple des croyants purs et durs.Ce monsieur, athée, esprit libre, buveur invétéré, a étonné tout son entourage en se ralliant sur le tard aux valeurs religieuses, en retournant à Dieu comme dit le peuple. La cause de ce revirement n’est pas à chercher dans un quelconque repentir intelligemment pensé. L’homme étant souvent déterminé par la petite enfance, ses jugements, à un âge avancé où l’on devient précaire, ne reposent plus sur la raison et le rationnel. Il revient aux références primaires, aux rêves, aux contes et autres images d’Epinal ; l’enfance remonte à la surface avec les souvenirs bienvenus d’une existence doucereuse où parents et grands parents vivaient au rythme des devoirs religieux et des fêtes liturgiques.

Dans le cœur de Vital, converti à l’Islam à l’âge de quarante-ans, il n’y aura probablement pas cette exaltation ni cette nostalgie viscérale et il y a des chances que son Islam sera serein.

Lire aussi
commentaires
Loading...