Faut-il proclamer l’État d’urgence économique ?

La crise politique et économique, qui s’aggrave de semaine en semaine a engendré une situation exceptionnelle qui mérite la prise de décisions exceptionnelles. C’est la proposition de l’UTICA présidée par Madame Wided Bouchammaoui  qui demande sa mise en application d’urgence.

 

En effet, l’enlisement du processus de transition politique, auquel est venu s’ajouter le terrorisme, a engendré la dégradation des indicateurs économiques. Les acteurs économiques veulent réagir pour sauver l’économie du pays. En quoi consiste l’État d’urgence économique ? Comment le mettre en application ? Quelles sont les mesures prioritaires ?

 

Un diagnostic morose

Un diagnostic rapide de la situation économique du pays, fait par les responsables de l’UTICA, aboutit à dresser le tableau suivant. La majorité des indicateurs économiques et financiers se sont dégradés depuis le 14 janvier 2011. Le taux de croissance du PIB reste faible, les principaux secteurs d’activité économiques connaissent des défaillances sensibles, notamment le tourisme, le textile-habillement, les exportations et l’investissement, l’inflation sévit depuis trois ans.

Le déficit budgétaire et celui de la balance commerciale s’aggravent, les coûts de production sont en hausse et le budget de la Caisse générale de compensation s’envole.

Les réserves en devises de la balance des paiements fluctuent autour de 100 jours d’importations et ne se maintiennent que grâce à la mobilisation de ressources extérieures.

Le taux de change du dinar n’a pas cessé de se dégrader vis-à-vis de l’euro notamment, ce qui favorise l’inflation importée.

Notre endettement extérieur est en hausse, il est passé de 40% en 2010 à 47% en 2013.

Ce qui est plus grave encore, c’est que le budget de fonctionnement gonfle avec les recrutements de la fonction publique et les augmentations de salaires, alors que le budget consacré aux projets de développement n’arrive pas à être dépensé : les projets régionaux prévus en 2011 et 2012 n’ont été réalisés qu’à concurrence de 50 à 60%, ce qui est nettement insuffisant.

Autrement dit, on emprunte pour consommer et non pour investir.

Des pans entiers de l’économie nationale sont immobilisés comme celui des phosphates, victime de la crise du bassin minier de Gafsa. Plusieurs dizaines d’entreprises étrangères ont quitté le pays ou s’apprêtent à le faire.  Parallèlement à cela le commerce parallèle et l’économie informelle fondés sur la contrebande concurrencent et paralysent l’économie réelle causant un préjudice au Trésor public.

Grèves, sit-in, blocages des routes, revendications diverses, sociales et salariales découragent les investisseurs extérieurs et font baisser la productivité du personnel et réduisent la compétitivité des entreprises et de l’économie tunisienne.

Récemment, la grève sauvage de cinq jours du port de Radès a paralysé l’économie du pays et engendré 3 MD de pertes sèches.

 

Des objectifs justifiés et un mécanisme mixte

L’État d’urgence est donc justifié par la situation actuelle morose dans laquelle se trouve le pays et poursuit la réalisation de deux objectifs essentiels.

Tout d’abord la poursuite du fonctionnement de l’économie du pays, ce qui implique la sauvegarde des recettes et de l’emploi, la continuité des activités d’importation et d’exportation, d’approvisionnement de la population. Ensuite provoquer une véritable relance de l’économie du pays.

Pour cela, un comité de gestion mixte doit être mis sur pied pour prendre des décisions exceptionnelles et provisoires afin de faire face à cette situation alarmante.

Selon M. Nafaa Ennaïfer, président de la commission économique de l’UTICA, ce comité de gestion serait constitué de représentants des ministres de l’Intérieur, du Commerce, de l’Industrie, des Finances, du Transport, des Affaires sociales, l’UTICA, l’UTAP et de l’UGTT.

 

Huit missions fondamentales

La mission prioritaire pour la Centrale patronale est celle de l’éclaircissement de l’agenda politique des prochains mois, à savoir les échéances électorales et créer un consensus autour des questions sécuritaires, économiques et sociales. En effet cela doit permettre de faire approuver des lois urgentes portants sur des aspects économiques et sociaux, par décrets-lois, afin d’alléger la change de l’ANC qui a pour responsabilité de faire aboutir au plus tôt la Constitution.

C’est le cas par exemple des retards constatés pour faire aboutir le Code de l’investissement ou encore le projet de loi sur le partenariat public-privé.

La deuxième mission porte sur le rétablissement de la confiance chez les partenaires extérieurs de la Tunisie, que ce soit les investisseurs ou les donneurs d’ordre qui jouent un rôle vital en matière d’exportation et de maintien ou de création d’emplois.

C’est pourquoi M. Ennaïfer propose de classer comme priorité nationale absolue la continuité des opérations d’import-export et de garantir le bon fonctionnement de ce mécanisme d’application.

Une campagne de sensibilisation nationale devrait être lancée à ce propos.

Le 3e axe de travail sera celui de la qualité des services publics : prestations de l’administration, services postaux, gestions de ports et aéroports, collecte des ordures ménagères, prestations logistiques.

L’UTICA insiste ensuite sur le fait qu’il faut mettre un terme au blocage des usines et aux atteintes à la liberté de travailler et à la sécurité des personnes.

La culture du travail et la liberté de travailler doivent être sacrées, corroborées par le critère de la compétence.

Pour la 5e mission, l’UTICA préconise que le développement passe par le labeur et la contribution de tous à la création de la richesse nationale et non par la distribution de richesses que seule une partie des citoyens a créée.

La production se mesure par le vecteur de performance de l’entreprise qui a pour devoir de verser des salaires conséquents au personnel et de contribuer au Budget de l’État.

La Centrale syndicale affirme qu’il est vital que les pouvoirs publics agissent dans le sens de la rupture de cette spirale infernale, celle de la course-poursuite entre les prix et les salaires.

Il y a enfin la lutte à organiser pour réduire le commerce parallèle qui est en train de détruire l’économie réelle. C’est un phénomène d’une grande gravité qui pèse lourdement sur l’État à cause de la fraude fiscale et qui menace la santé de la population, provoque une concurrence déloyale et menace l’emploi légal.

Ridha Lahmar  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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