Enfin tranquilles !

Par Alix Martin

Il est de plus en plus difficile de trouver une plage qui ne soit pas envahie par les baigneurs. Il est tout aussi rare de découvrir un «coin» de campagne où l’on puisse faire quelques pas avec comme seuls «accompagnements» les chants d’oiseaux et le bruissement des feuilles ou le murmure des aiguilles de pin. Pourtant, ça existe encore : suivez-nous jusqu’à Lobna dans le Cap Bon.

 

Comme nous n’avons pas l’intention de passer toute la journée sur une plage, même déserte, en cette saison où le soleil est particulièrement ardent, nous partirons tôt, d’une part, pour bénéficier de la fraîcheur matinale. Si j’osais, je vous dirais que les plus belles heures de la journée sont, à notre avis, celles durant lesquelles le soleil se lève, lavant le ciel de merveilleuses teintes de gris, de rose puis de jaune, heure des premiers roucoulements de tourterelles et des pépiements discrets de passereaux qui s’éveillent et celle, au crépuscule, qui voit l’astre du jour se noyer dans la pourpre et l’or avant que l’étoile du berger, Venus, la première, ne brasille dans un ciel qui parfois se teinte d’un vert exceptionnel.

Nous partirons donc tôt, à l’heure qui vous conviendra et, soit on arrivera du sud, de Hammamet et Nabeul et, à un rond-point, on bifurquera vers Béni Khalled et Somaa, soit on arrivera du nord, précisément de Béni Khalled et on négligera l’embranchement vers Somaa pour que tout le monde s’arrête à la hauteur de la borne indiquant «Nabeul 13 km»

Juste en face, s’ouvre une belle piste qui descend dans un bois de pins où l’on pourra laisser son véhicule soit à la garde des habitants d’une ferme soit sous la surveillance des employés d’un parc animalier, en cours d’aménagement.

Puis, on s’en va, à pied ou à V.T.T., jusqu’au prochain carrefour. On peut tourner à droite puis continuer, tout droit sur deux à trois kilomètres, jusqu’à l’orée du bois. Le sable est souple et ferme. La marche aisée et silencieuse car le dénivelé est nul. On chemine à l’ombre des pins. Les huppes en hiver «se pouillent» dans le sable des pistes au soleil. En automne, les grives se donnent rendez-vous dans le bois à la tombée de la nuit.

Au printemps et en été, les tourterelles des bois, les pinsons des arbres, les verdiers viennent nicher. Parfois retentissent les trilles «précieuses» d’une linotte dite «mélodieuse» qui chante, le bec tendu vers le ciel et les plumes de sa poitrine rouge palpitante ou le récital rarissime d’un rossignol «Philomèle» très discret, à peine plus gros qu’un moineau, au plumage brun clair, qui apprécie les tapis épais de feuilles ou d’aiguilles de pin, mortes et sèches, sous lesquels vivent les insectes. Mais, hélas ! Il préfère chanter la nuit.

Arrivés au bout de la piste, on peut revenir sur ses pas et retrouver sa voiture. Mais on peut aussi prendre une piste sur la droite, longer l’orée du bois, rejoindre la route à la hauteur de la borne «Nabeul 13» et reprendre la première piste.

Parfois les employés du parc animalier, aménagé par un industriel français de Nabeul, M. Chapelle, vous permettent d’y pénétrer. Leur collection de chevaux «miniatures» appelés «Falla bella», peut-être, mérite la promenade. Il aurait bien d’autres projets. Et puis, il est déjà au moins dix heures du matin, si l’on est parti tôt et il est temps d’aller à la plage après une belle promenade en forêt.

 

La plage

On reprend la route vers Béni Khiar, on tourne à gauche vers Menzel Témime et on part à la recherche de Lobna qui fut, autrefois, une station de chemin de fer. Quel dommage que cette ligne n’existe plus ! Imaginez le nombre de Tunisois qui l’emprunteraient, avec plaisir, pour aller se baigner et se promener le long de la côte sud du Cap Bon !

On parle souvent de tourisme «défaillant» en ce moment, quand des responsables auront-ils l’idée de faire appel aux Tunisiens pour remplacer les étrangers absents ? Les «Palaces» et les plages sont-ils trop beaux pour les «autochtones» ? Bref ! Dépassons Korba, son musée ornithologique et ses lagunes, autrefois aménagées. Les installations : passerelles et miradors tombent en ruine, sans parler des barrières délabrées qui indiquent à tous les visiteurs de passer leur chemin : les réalisations du projet international «Med Wet Coast» sont à l’abandon. Tant pis pour l’environnement du pays, tant pis pour l’idée qu’en auront les rares touristes étrangers qui pensaient que le Cap Bon en est (était) une des principales régions touristiques!

Nos responsables n’ont pas encore découvert que les visiteurs ne viennent pas seulement pour boire, manger, se baigner et dormir. Bref !

Un peu avant Menzel Horr, nous arrivons à Lobna qu’on a failli ne pas voir. Le long de la route, sans qu’aucune indication  ne soit fournie, on découvre à l’aide des gens du village la route d’abord, puis la très belle piste carrossable qui mène au mausolée de Sidi Ali Moujahed. C’est à son sujet qu’il faut se renseigner. Tout le monde nous indiquera comment y aller. Ce n’est pas difficile : une seule grande piste conduit jusqu’au mausolée à moins de 100 mètres de la plage dont on n’est plus séparé que par une petite dune couverte d’une végétation rare. Ça existe encore : des kilomètres de plage de sable pratiquement déserts. Vous êtes pressés, allez-y ! Laissez tout dans les voitures près du mausolée : le gardien y veillera. Les rares personnes qui viendront sur la plage s’éloigneront, pour être tranquilles elles aussi, en constatant que vous êtes déjà là. Et même en plein midi, il y aura une dizaine de groupes de baigneurs entre l’embouchure de l’Oued Lobna voisine et là-bas, loin, où la lumière intense du soleil «mange» la visibilité, l’embouchure de l’Oued Chiba.

Après une longue baignade, les plus courageux retournent aux voitures pour chercher les parasols d’abord, car il n’y a pas un arbre dans le voisinage. C’est sans doute ce qui limite l’affluence. Quand on est un petit groupe, on peut décider d’aller déjeuner et se reposer à l’ombre du mausolée. Sinon, avec nos amis, nous tendons un vieux grand drap de lit sur quatre piquets, plus un au centre pour soutenir la toile, dressés et retenus par des ficelles comme une tente. Comme on mange allongé, des manches à balai suffiront. Mettez une pierre plate sous chaque piquet pour qu’il ne s’enfonce pas dans le sable et bon après-midi !

Mais non, vous n’allez pas rester là sur le sable à ne rien faire. Allez questionner le gardien du mausolée sur l’identité du Saint homme inhumé là. Il répond volontiers et pour peu qu’on ait prévu d’emporter un paquet de thé et un peu de sucre, on lui tiendra compagnie, agréablement, un bon moment. Il a tant de choses à raconter sur les zerdas, sur la région, les récoltes, les prix des produits pendant que l’ombre du mausolée s’allonge sur le sable.

Et puis, ces ruines mélancoliques abandonnées à quelques centaines de mètres et envahies par la végétation. C’était parait-il un ribat d’époque hafside. En faisant attention, car le sol est bien pierreux et la végétation dense, on peut essayer de jouer aux archéologues et redécouvrir, en partie, les aménagements intérieurs qu’on devine en suivant les vestiges de murs qui subsistent au ras du sol.

Et puis, s’il y a des sportifs, on peut les envoyer marcher, non pas jusqu’à l’embouchure de l’Oued Chiba où se dressait le mausolée consacré à Sidi Othman qui a été détruit par des barb…bares, la promenade ferait 8 kilomètres aller et retour. Mais ils pourraient aller, en agaçant les sternes et les mouettes qui n’apprécient pas qu’on vienne flâner sur leur territoire et qui protesteront avec force criailleries, jusqu’à l’embouchure de l’Oued Lobna qui est beaucoup plus proche.

Alors, en compagnie d’amis appréciés, un bon bain et un pique-nique sur une plage presque déserte, avec une belle promenade, en forêt, à pied, aux heures fraîches n’est-ce pas suffisant pour remplir un dimanche d’été ?

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