Diplomatie en temps de crise

«Rien n’est accompli dans le monde sans pression » c’est le grand philosophe allemand Hegel qui l’a écrit il y quelques siècles déjà. Cette pensée peut vous inspirer monsieur le Ministre. Il est vrai qu’il n’est guère facile d’être ministre dans un gouvernement de transition postrévolutionnaire dont on réclame à cor et à cri le départ. Il n’est pas non plus facile de présider aux destinées d’une diplomatie qui n’a plus son lustre d’antan et qui n’arrive plus à trouver ses repères en ces temps de chamboulements tous azimuts. Pas facile également d’avoir reçu en héritage un département sinistré et en proie au doute. Pas toujours facile aussi de vouloir prendre ses marques quand on sait d’emblée que l’on n’a pas les coudées franches même si on a beau être estampillé « indépendant ». 

Je sais que vous êtes habités par la hantise de décevoir des attentes immenses, surtout que les rares ministres de la maison qui ont eu à présider à un moment de leur carrière aux destinées du département n’ont pas voulu ou n’ont pas pu ou su prendre le taureau par les cornes et réhabiliter un ministère régalien victime des convoitises des uns et des perfidies des autres. Bien évidemment et par ricochet, la facture pour le personnel de la maison n’en a été que plus lourde…

Que dire monsieur le Ministre lorsque l’un de vos collègues du gouvernement provisoire pousse l’outrecuidance jusqu’à vous bruler la politesse dans une affaire purement diplomatique (crise égyptienne) qui ne relève pas de son champ de compétence ? N’étant pas à une provocation prés, le très controversé et très contesté ministre des Affaires religieuses vous a mis dans l’embarras. Nourredine Khademi a-t-il monté son coup avec la bénédiction de son mentor Rached Ghannouchi ? En tout cas, prémédité ou pas, vous devez convenir avec moi que cet acte constitue sans équivoque un précédent dangereux pour la crédibilité de l’État tunisien, déjà sérieusement malmenée.    

Cela dit, sortez des sentiers battus monsieur le Ministre et armez-vous de courage pour mettre fin aux égarements, aux manquements et aux incohérences qui ont tellement nui à notre diplomatie et à ceux qui la servent, c’est-à-dire son personnel ! Vous en avez bien besoin pour vous accomplir et accomplir ce qu’on attend de vous. La tâche est aussi exaltante que difficile même si le temps qui vous est imparti est court. Pour cela, il vous appartient à vous et à l’équipe qui vous entoure de lever les injustices et de défricher des dossiers en souffrance qui sont nombreux. N’hésitez pas à donner un coup de pied dans cette fourmilière et cette nébuleuse qu’est devenu le département. Remettez les pendules à l’heure. On vous a donné les clés de la maison, faites en sorte de ne pas décevoir ceux qui y habitent et qui ont misé sur vous. 

 

Lorsque la fibre patriotique devient l’otage d’enjeux malsains 

C’est connu : à trop vouloir s’accaparer tous les pouvoirs, l’on finit toujours par tout perdre et les despotes du monde entier vous le confirmeront. Très souvent, ils l’apprennent à leur dépends. Chez nous, on l’a bien vu avec les Ben Ali, les Trabelsi et autres Chiboub.

C’est pourquoi ceux qui, en ce moment, ont la lourde responsabilité de gouverner ce pays, doivent s’y prendre à deux fois avant de décréter quoi que ce soit. Ces derniers veulent bien nous convaincre et nous faire croire qu’ils veulent du bien à cette nation et à son peuple mais la sauce ne prend pas surtout lorsqu’ils tentent avec suffisance et arrogance de s’approprier à des fins partisanes la patrie en excluant de sa sphère tous ceux qui ont le malheur de ne pas adhérer à leurs théories.

 Dans ce contexte, il est tout de même curieux de voir les dirigeants du parti au pouvoir promettre ouvertement ou à demi-mots le pire aux « révoltés de l’ANC », ces députés qui contre vents et marées ont décidé de s’affranchir d’une Assemblée qui a montré ses limites. Des menaces d’un autre temps qui laissent perplexe. 

Ceux qui veulent s’obstiner à vouloir se voiler la face et faire la sourde oreille réalisent-ils vraiment qu’ils mènent le pays à la dérive ? Sont-ils conscients que le scénario apocalyptique égyptien frappe déjà à nos portes ? Arrêtons l’hémorragie pendant qu’il est encore temps.

Mohamed Fawzi Blout 

 

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