BLOC-NOTES

Par Sami Mahbouli

Il faut appeler un chat un chat et un terroriste un terroriste ; ceux qui, aujourd’hui, mettent à feu et à sang l’Égypte sont des terroristes et doivent être traités comme tels. Rien, pas même l’interruption d’un processus démocratique par l’armée, ne peut justifier de prendre les armes contre les forces de l’ordre, de saccager des bâtiments publics et privés, et de brûler des églises coptes. A travers le monde, des manifestations sont tous les jours dispersées sans que les manifestants ne se transforment en bêtes enragées prêtes à toutes les extrémités. Il y avait sûrement à Rabaa Adouia des Égyptiens sincères ulcérés par l’éviction assez peu démocratique du président Morsi et dont l’entêtement à poursuivre le sit-in était compréhensible ; mais, pour leur plus grand malheur, à leur côtés se trouvaient des terroristes armés jusqu’aux dents déterminés à en découdre avec les forces de l’ordre. Les véritables responsables du carnage et du désordre qui s’installe en Égypte sont les Frères musulmans et personne d’autre ; perdre son mandataire à la Présidence égyptienne  a de quoi dépiter mais pas au point de sombrer dans une folie destructrice. Il n’est pas simple de saisir  comment une organisation qui fut si habile à sortir de la clandestinité et à gagner en respectabilité se ravale au rang d’un groupe terroriste condamné, à brève échéance, à une marginalisation politique . Dans l’épreuve que traverse l’Égypte, les Tunisiens ne peuvent qu’exprimer leur rejet du terrorisme  et soutenir le gouvernement de ce pays frère dans sa lutte contre ce fléau ; et tant pis si nos gouvernants n’ont pas fait ce choix et refusent de voir la diabolique machination ourdie contre la plus grande nation arabe. 

 

La palme d’Or dans le festival des lamentations qu’a suscité le drame égyptien revient sans conteste au ministre des Affaires religieuses ; Cheikh Khademi nous a, tout d’abord, gratifié d’un  communiqué officiel dans lequel il accuse l’État égyptien de crime contre l’humanité et appelle à soutenir la sédition dans ce pays. Que la personne en charge du culte se mette à jouer au ministre des Affaires étrangères et se substitue même au Chef de l’État dans l’expression de la position de la Tunisie en dit long sur la qualité de la gouvernance actuelle. Sous d’autres cieux, cette incursion en territoire inconnu aurait valu à son auteur un licenciement sec pour faute lourde ; chez nous, nenni, pas même un blâme ou un léger reproche. Il faut dire que, depuis sa nomination, Monsieur Khademi, qui continue « à chauffer » le croyant à la mosquée  El Fath, jouit d’une immunité à toute épreuve : on ferme les yeux quand un de ses collaborateurs appelle à l’assassinat de Me Béji Caïd Essebsi, idem quand les mosquées dont il a la charge se transforment en bastions de l’intolérance religieuse. Ce n’est pas pour une peccadille comme un communiqué officiel qui engage notre pays  et compromet ses relations avec la plus grande nation arabe qu’on va gourmander cet enfant gâté un peu bavard. Après tout, quand par maladresse on se met à dos la Syrie, l’Algérie, on peut se payer le luxe d’indisposer l’Égypte ; notre diplomatie de Gribouille n’a pas visiblement fini de nous estomaquer. Outre ce communiqué saugrenu, Monsieur Khademi nous a offert sur le plateau de Télé  Zitouna un numéro de transe individuelle au cours duquel il a hurlé son indignation devant la répression de ses frères d’Égypte et appelé à l’excommunication des putschistes. La décomposition de son  visage et le flot de postillons ne laissent pas de doute sur la sincérité du préposé au culte mais j’aurais tant aimé le voir manifester la même colère et autant de  véhémence quand le sang de Belaïd et de Brahmi était répandu sous les yeux de leurs familles et qu’on crevait les yeux de nos soldats à Chaambi ; je n’ai pas le souvenir que Khademi se soit fendu, dans ces pénibles circonstances, d’un communiqué indigné ou vengeur. On appelle cela la larme sélective ou encore l’indignation à géométrie variable. On ne saurait que trop recommander à nos responsables politiques de laisser les Égyptiens régler leurs problèmes sécuritaires à leur manière et de se préoccuper exclusivement  du terrorisme qui se propage lentement mais sûrement dans notre pays.

avocatmahbouli@gmail.com         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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