BCT : où va le refinancement de l’économie ?

Par Ridha Lahmar

Les banques tunisiennes manquent de plus en plus de liquidités pour assurer quotidiennement le financement des entreprises économiques et celui de l’ensemble de l’économie tunisienne.

En effet, en période de fonctionnement normal et sain de l’économie les banques utilisent les dépôts de leurs épargnants pour accorder des crédits et des facilités de caisse à leurs clients. Cela implique des capitaux stables disponibles chez les épargnants qui déposent ainsi à long terme leurs économies dans les banques qui les font fructifier en accordant des crédits à court, à moyen et à long terme aux investisseurs pour le financement de projets. Bien sûr ces derniers ont confiance et foi en l’avenir pour entreprendre, créer de la richesse et de la valeur ajoutée, mais aussi de l’emploi. La rentabilité des projets et le dynamisme de l’économie permettent de dégager des bénéfices et de rembourser les crédits bancaires.

Ce n’est pas du tout le cas en ce moment, mais plutôt le contraire. Le rythme des dépôts bancaires est en baisse durant le premier semestre 2013 (2,4% contre 4,1% en 2012) et celui des crédits bancaires accordés également (3,2% contre 5,1% en 2012). En effet, les entreprises autant que les particuliers n’ont plus confiance en la conjoncture économique et le pouvoir politique et préfèrent, plutôt que d’investir dans des projets producteurs, s’orienter vers la spéculation ou encore des secteurs-refuges, sinon consommer ou garder leur argent chez eux plutôt que d’épargner dans les banques.

Ce comportement est préjudiciable à la croissance économique et au bien-être social, car il introduit des contraintes supplémentaires dans les entreprises et aggrave les risques de grippage de la machine économique.

En effet, les banques sont obligées d’emprunter quotidiennement des fonds à la BCT pour faire face aux besoins de leur clientèle. Ce montant, qui s’élevait au mois de mai à 3922 MD par jour et 4758 MD au mois de juin, a grimpé à 4814 MD le 30 juillet. Un record.

Certes, les banques présentent des garanties à la BCT, à savoir des titres de créances nées sur leur clientèle. Mais ces garanties sont-elles suffisantes, solides et réelles ?

Toujours est-il que l’ensemble de ce refinancement a atteint 5 milliards de dinars, un chiffre élevé.

Les experts en matière bancaire et financière estiment que non seulement l’activité économique tourne au ralenti et que le niveau de l’investissement a beaucoup baissé, mais que les crédits accordés par les banques sont en majorité des crédits à court terme et non à moyen et long termes.

Cela traduit la perte de confiance des acteurs économiques en l’avenir de l’économie tunisienne dans la situation actuelle ; alors qu’il n’y a pas de visibilité sur les futures échéances électorales, l’adoption de la Constitution, la fin du processus transitionnel. De plus le Code d’incitation à l’investissement n’est pas encore achevé et promulgué et la sécurité est battue en brèche par les assassinats politiques et les actes de terrorisme.

La reconstruction de la confiance chez les citoyens et dans les entreprises doit commencer par l’adoption d’un consensus entre les partis politiques sur la poursuite du processus transitionnel, avec un calendrier définitif quant aux prochaines étapes.

L’État doit donner l’exemple en matière de bonne gouvernance et lancer des signaux forts vis-à-vis des acteurs économiques en matière d’investissement et de réalisation de grands projets d’infrastructure de base.

 

                    ***********************

 

Réforme des banques publiques

Selon M. Laurent Gonnet, directeur du secteur financier à la Banque mondiale, l’opération d’audit des trois banques publiques qui vient de démarrer en Tunisie n’est que le début de la réforme du système bancaire.

Elle pourrait engendrer entre 17 et 20 milliards de dinars de crédits supplémentaires à injecter dans l’économie tunisienne sur dix ans et bénéficiera au secteur privé.

Il est sous-entendu que ce secteur en a vraiment besoin. Or c’est lui qui crée la valeur et la richesse, qui génère la croissance, crée de l’emploi et assure la promotion des exportations.

M. Gonnet a ajouté que cette réforme va permettre l’amélioration du taux de pénétration des crédits de 72% actuellement à 90%, ce qui provoque habituellement une croissance supplémentaire.

Il s’agit du taux d’accès aux crédits bancaires.

En effet, le potentiel du secteur financier tunisien est loin d’être atteint. L’opération d’audit va durer huit mois puis débouchera sur un diagnostic portant sur les défaillances des banques publiques. Il appartiendra à l’État, au vu de ce rapport, de prendre les mesures nécessaires pour la restructuration des banques publiques.

Les banques publiques souffrent de plusieurs maux selon l’expert de la Banque mondiale : mauvaise gestion, manque d’innovation au niveau des produits proposés, absence d’une approche prudentielle en matière de crédits, taux élevé de créances classées, taux de provisionnement bas…

Le taux de garantie bancaire pratiqué en Tunisie est de 177%, le plus élevé dans la région.

Devant cette situation, plusieurs scénarii pourraient être envisagés.

Transformation en banques de développement, mais cette solution a été abandonnée il y a une dizaine d’années, car jugée non rentable.

Une fusion permettrait l’émergence d’une grande banque destinée à financer de grands projets de développement et de s’implanter à l’étranger pour accompagner les “champions tunisiens” sur les marchés export.

Mais cela implique un assainissement des portefeuilles au préalable, outre les difficultés issues de mariages de cultures d’entreprises différentes comme ce fut le cas pour la fusion entre la STB la BNDT et la BDET.

Il sera nécessaire de toute façon de recapitaliser ces banques, soit par appel public à l’épargne, soit par le recours à des actionnaires stratégiques soit nationaux privés soit étrangers. Ces derniers ont plutôt tendance à accéder non seulement aux organes de décision, comme le conseil d’administration, mais aussi à la gestion de la banque.

Rappelons que l’appel d’offres a abouti aux résultats suivants : 

Audit de la STB et trois de ses filiales : groupement PWC/MTBF     

Audit de la BH et trois de ses filiales par le groupement Laurent Berger, Stratégie consultant/Ficon et orga-audit.

 

Don de l’UE de 32,9 ME pour la rénovation urbaine 

L’Union européenne a mis récemment à la disposition de la Tunisie 32,9 M d’euros pour le financement de la réhabilitation et de la rénovation de 119 quartiers populaires sur tout le territoire tunisien.

La population qui bénéficiera de ces projets est évaluée à 700.000 habitants qui vivent dans ces quartiers et dont les conditions de vie seront améliorées.

C’est l’Agence française de développement, à travers ses bureaux implantés en Tunisie qui supervisera l’exécution de ce projet : une convention a été signée dans ce sens entre les deux partenaires.

Rappelons qu’il existe en Tunisie 1200 quartiers d’habitation spontanée qui ont poussé autour des grandes villes côtières et qui abritent des populations d’origine rurale attirées au cours des vingt dernières années par les grandes villes et à la recherche d’emplois. Un programme prioritaire d’intégration des quartiers populaires a été établi et permettra à l’ARRU (Agence de réhabilitation et de rénovation urbaine) soumise à l’autorité du ministère de l’Équipement et de l’Habitat d’entreprendre les travaux.

Il s’agit de construction de routes, de mise en place de réseaux d’assainissement et d’éclairage et de créer des espaces socioculturels et sportifs pour les jeunes. Le coût total du projet est de 217,5 M d’euros à financer conjointement par l’AFD et la Banque européenne d’investissement (BEI).

La durée d’exécution du projet est de quatre ans à partir de 2013.

La première tranche d’exécution du projet porte sur 30 quartiers et le premier décaissement a été déjà fait pour lancer les chantiers : 11 M d’euros soit plus de 22 MDT.

 

Petrofac : 400.000 dollars pour la création d’entreprises

Petrofac Tunisie est active en matière de prospection de pétrole sur les iles Kerkennah.

Son département responsabilité sociale de l’entreprise a organisé récemment dans le cadre du programme “entreprise citoyenne” une journée au profit des jeunes entrepreneurs de l’archipel.

L’objectif consiste à instaurer un climat de confiance à travers le financement d’initiatives et de projets concrets au profit des jeunes pour soutenir le développement social, économique et culturel de l’archipel. Il s’agit de créer des emplois durables dans l’île au profit des jeunes.

Petrofac consacre 400.000 dollars dans le cadre du coaching de projets : soutien technique et financier, études faisabilité apport pour assurer l’autofinancement, le business plan et l’accompagnement des promoteurs pendant le démarrage des projets.

Ces rencontres permettent des échanges avec les jeunes pour enrichir leurs expériences.

Les projets concernent l’agriculture, le tourisme, les services, les loisirs et les industries non polluantes.

Une rencontre a été organisée entre 30 jeunes entrepreneurs avec les institutions financières, les structures d’appui et les associations de développement.

Le but de Petrofac-Tunisie consiste à faire créer par les jeunes entrepreneurs dix entreprises d’ici la fin de l’année 2013 afin de promouvoir l’emploi dans la région. Il y a là le signe distinctif d’une entreprise citoyenne.

 Ridha Lahmar

 

Lire aussi
commentaires
Loading...