Un historique chargé et un futur commun

C’est le troisième déplacement officiel au Maghreb pour le chef de l'État français, après l'Algérie en décembre 2012 et le Maroc en avril 2013. Que peut attendre la Tunisie de cette visite ?

 

«Une "caravane" présidentielle, faite de patrons et de "people" dont le casting change suivant l’importance du pays visité». Selon le journal Le Monde «Dès qu’un voyage est annoncé, "les demandes pour y participer arrivent de partout… des intellectuels, des directeurs de journaux, des patrons… et des amis du président". De toute façon, crise économique oblige, les vraies stars de la caravane présidentielle sont plus que jamais les patrons. Avant chaque déplacement, le Medef dresse une liste de ceux qui composeront la délégation "business". On y retrouve toujours les locomotives du CAC 40», la liste est le baromètre qui évaluera la place qu’occupe la Tunisie dans la sphère économique de la France. Y a-t-il eu un engouement pour la destination Tunisie de la part des décideurs économiques en France ? Difficile de répondre à la question, mais en voyant la liste des présents au forum tuniso-français on pourrait dire que le marché tunisien demeure une destination de choix. François Hollande était accompagné de ministres et d'une soixantaine de patrons pour renforcer les liens entre les deux pays. La France demeure le premier partenaire commercial de la Tunisie,  elle se place au premier rang sur le plan des entreprises étrangères établies en Tunisie avec 1350 entreprises créant environ 125.000 emplois directs. Mais concrètement et dans l’immédiat que peut offrir la France aux Tunisiens? Le plus important à noter est que la France convertira une partie de ses dettes vers la Tunisie en projets de développement. 60 millions d’euros sur un total de 2.000 millions, soit 3%. Les dettes tunisiennes de la France représentent 12% des dettes extérieures de la Tunisie. La France est le premier bailleur bilatéral et un acteur essentiel de la coopération technique. Le soutien de la France se monte à 500 millions d’euros pour 2013/2014. «La Tunisie peut compter sur le soutien de la France». D’ailleurs les investissements français n’ont pas diminué depuis la Révolution, au contraire. De grands groupes comme Bic et Auchan sont venus récemment renforcer la présence française en Tunisie. D’autres montent en puissance, comme le CIC qui vient d’accroitre sa participation dans la Banque de Tunisie. Sofiprotel vient d’élargir son activité en ouvrant une nouvelle usine à Testeur. Cela montre que le potentiel de partenariat demeure très important pour les entreprises tunisiennes et françaises. Les secteurs innovants, tels que les industries mécaniques et électroniques, les TIC, et même les industries traditionnelles à savoir le textile, l’agroalimentaire et le tourisme présentent d’importantes opportunités d’investissement.  

 

Cinq accords et protocoles signés

Le premier domaine dans lequel une convention de partenariat vient d’être signée entre les ministres français et tunisiens de l'Agriculture est la filière agricole et agroalimentaire. Cette convention permettra de structurer des filières d'avenir comme le lait, l'huile d'olive et les céréales afin de permettre une montée en gamme du secteur agricole en Tunisie. Deuxième domaine concerné, les nouvelles technologies. Les deux pays ont signé une alliance numérique. Un partenariat exceptionnel entre entreprises françaises et tunisiennes avec des prolongements commerciaux permettant la "colocalisation". La "colocalisation", sorte de partenariat gagnant gagnant entre entreprises françaises et tunisiennes, censé éviter les délocalisations et générer des emplois dans les deux pays. 

Troisième domaine, les énergies renouvelables, l'avenir de la Tunisie. Depuis deux ans, la France a dégagé trois millions d'euros pour engager des projets bilatéraux avec la Tunisie dans le solaire et l'éolien. Des villages seront dotés des dernières technologies, dans le domaine notamment photovoltaïque ou des énergies marines. Un autre partenariat gagnant-gagnant pour les deux pays. Un accord signé avec Schneider Electric apportera son soutien au groupe Poulina pour mettre en place un data center. Rappelons que Telnet et Syphax se sont rapprochés d’Airbus, de Safran et Altran grâce à la signature d’un accord de partenariat. Sans oublier que la France contribuera à la réalisation de grands projets, en l’occurrence la mise en place du réseau ferroviaire du Grand-Tunis (un appel d’offres remporté par la société Corail Rail, le port de Radès et les stations d'épuration d'eaux de traitement de déchets de nombreuses villes). À l’échelle internationale, Hollande a estimé que la France est l’alliée de la Tunisie en Europe et que la Tunisie est l’alliée de la France en Afrique. «Pour que les entreprises françaises et tunisiennes, qui sont fortes de leur complémentarité, puissent s’unir pour aller conquérir un certain nombre de marchés dans l'ensemble de la région».  M. François Hollande a appelé le gouvernement à accélérer ses procédures administratives et entame ses projets infrastructurels pour que les entreprises puissent opérer. Par rapport à la question qui fâche le plus, à savoir la mobilité des personnes, M. Hollande a répondu que «l’expertise ne voyage pas dans les valises, mais c’est les hommes qui la transportent», il n’y aura donc pas selon lui de problèmes de visas. On compte plusieurs milliers de visas depuis la signature de la convention de 9.000 emplois par an consacrés par la France à la Tunisie. M. Hollande et la sphère économique française attendent en contrepartie que la Tunisie améliore son milieu des affaires, notamment la sécurité, la feuille de route pour la transition démocratique, le Code d’investissement…

Najeh Jaouadi

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