Le marché français : les pistes de la relance

 

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Notre principal marché émetteur de touristes, la France, qui comptait 1,2 million de visiteurs par an à la belle époque, a régressé de 40%.

Alors que les autres marchés qui ont baissé de 20 à 30% en 2011 semblent repartir en 2012 et en 2013, le marché français stagne. Comment faire revenir en masse les Français qui semblent avoir perdu confiance ?

Responsables français et tunisiens, secteur public et professionnel confondus se sont penchés sur la situation.

 

Les objectifs du ministère du Tourisme pour 2013 sont de 7 millions de visiteurs. Ils sont jugés trop optimistes. Jusqu’au 20 juin 2013, on a enregistré 2,4 M d’entrées et 1,2 milliard de dinars de recettes en devises.

 

Un diagnostic morose

La situation sécuritaire reste fragile, le mois de Ramadan étant en pleine saison, les ambitions relatives au tourisme intérieur et aux entrées des Algériens sont plutôt modestes.

S’exprimant au nom de la FTH, Afif Kchouk, hôtelier et homme de médias, pense que la situation du tourisme tunisien est critique et la baisse par rapport à 2010 est évaluée à 30%, pour le marché français elle est de 40%.

Selon M. Kchouk, 2013 est en baisse par rapport à 2012. Il y a un grand problème d’image de la Tunisie qui pèse lourdement sur le touriste français et la communication développée par la Tunisie n’a pas résolu le problème.

Parmi les causes de cette désaffection, on cite la situation sécuritaire, l’effet désastreux de l’émission “Envoyé spécial” ainsi que les difficultés économiques en France.

Les tours opérateurs français sont très affectés, ils ont perdu entre 25 et 80% de leur chiffre d’affaires et certains sont en faillite.

Il y a également un désengagement de certains tours opérateurs et de certains transporteurs aériens vis-à-vis de la destination Tunisie.

Plusieurs dizaines d’hôtels ont des difficultés financières et souffrent d’un endettement lourd : M. Kchouk a dénoncé la méthode négative selon laquelle les autorités s’apprêtent à le traiter. Cela ne manquera pas de se répercuter sur la qualité du produit touristique à offrir à la clientèle.

Le problème de la qualité de l’environnement a été également soulevé : la propreté de nos villes laisse beaucoup à désirer, le harcèlement des touristes dans les souks par les commerçants… Les Français ont besoin d’être rassurés.

 

Des témoignages pertinents

Le représentant du Groupe Accor est intervenu dans le débat pour affirmer que son groupe a ouvert deux hôtels à Tunis : un Novotel et un Ibis qui fonctionnent bien actuellement. Il préconise la diversification des produits touristiques, car le balnéaire a montré ses limites, notamment la saisonnalité.

Le groupe Accor pense que la Tunisie devrait développer le tourisme de congrès, car elle dispose de plusieurs atouts dans ce sens, il s’agit en fait d’une source de revenus intéressante.

Un partenariat entre l’État et le secteur privé devrait être actionné dans ce but.

Le groupe Accor propose le développement de nouveaux circuits de commercialisation, autres que celui des tours opérateurs ainsi que la mise en application de l’Open-sky afin de faciliter aux touristes l’accès à la destination grâce à la baisse des tarifs du transport aérien.

De son côté, M. Chikli, président du syndicat des tours opérateurs français, affirme que les TO conjuguent les deux risques, celui du transport aérien et de l’hôtellerie.

Il pense que le tourisme tunisien doit monter en gamme en révisant le système de la formation professionnelle. Le challenge pour la Tunisie consiste à dépasser le balnéaire.

M. Chikli a confirmé que la promotion de chaque destination implique l’engagement des “producteurs”, c’est-à-dire des tours opérateurs qui mettent les moyens nécessaires pour cela. Le Printemps arabe a fait perdre aux TO français 120 millions d’euros. Pour le marché tunisien, le 6 février 2013 a fait perdre confiance aux touristes français.

Le marché touristique français est très fragile : les réservations ont baissé de 7% par rapport à 2012, toutes destinations confondues, selon le président du syndicat des TO français. Pour relancer la destination, il faut reconstruire la confiance et multiplier les facteurs attractifs tels que “l’enfant-roi”, pour attirer les familles, capter le client de province, etc. C’est à ce prix que l’on peut sauver une partie de la saison.

 

Établir des contrats de destination

Selon la ministre française du Tourisme, Mme Sylvia Pinel, il faudrait structurer la filière touristique afin d’établir un véritable contrat de destination.

Au cours de son intervention lors du récent Forum économique tuniso-français organisé par l’UTICA et le MEDEF, la ministre française a indiqué que le tourisme est un secteur d’activité prioritaire pour les deux pays. C’est pourquoi afin de promouvoir la destination Tunisie, le site on line du ministère des Affaires étrangères affiche depuis début juillet le feu vert pour la destination Tunisie, cela signifie la garantie de la sécurité pour les départs en vacances des Français.

Elle propose également aux Tunisiens la mise en valeur des atouts de la Tunisie grâce au recours à des thématiques nouvelles, en mettant le cap aussi bien sur l’objectif court terme que celui à long terme.

Le thème du tourisme culturel avec la mise en valeur du patrimoine historique et archéologique semble tout à fait porteur. Elle propose également à la Tunisie de prendre le virage du numérique pour activer la commercialisation : le e-tourisme qui progresse rapidement en Europe.

La ministre française propose de développer le partenariat entre les deux pays sous plusieurs formes. Par exemple, bénéficier de l’expérience française en matière de tourisme rural. À ce propos, l’association «Atouts-France» est en train de faire des études sur le terrain en Tunisie dans ce sens.

Il y a également des actions à entreprendre entre les deux pays pour “capturer” une partie des grands flux touristiques mondiaux.

Elle a reconnu que la France traverse une période de basse conjoncture économique et que les départs des Français en vacances à l’étranger ont baissé.

 

Revoir la stratégie touristique

Selon le ministre tunisien du Tourisme, Jamel Gamra, les entrées touristiques arrêtées au 30 juin représentent une augmentation de 4% par rapport à 2012, il reste encore 10% à rattraper pour atteindre le niveau de 2010.

M. Gamra a appelé à revoir le concept du tourisme dans notre pays, car l’hôtel n’est pas le tourisme. Il s’agit là d’un axe stratégique à réviser.

Il propose de diversifier les produits touristiques. Chaque région doit promouvoir son propre tourisme qui doit être un produit spécifique et original. Et chaque région doit par ailleurs s’approprier ses propres atouts touristiques.

 

Les recommandations de l’atelier tourisme

Responsables officiels, professionnels et acteurs du secteur touristique dans les deux pays, après avoir écouté l’avis de chacun en matière de relance de la destination Tunisie sur le marché français et de promotion du partenariat entre les deux pays, se sont mis d’accord sur un certain nombre de recommandations, dont les principales sont les suivantes :

mettre au point ensemble une stratégie de communication destinée à revaloriser l’image de la destination Tunisie sur le marché français,

améliorer la qualité du produit touristique tunisien et du niveau des prestations de service par le renforcement du programme de mise à niveau de l’hôtellerie ainsi que par la révision des programmes et du système de la formation professionnelle,

coopérer de façon étroite pour le développement et la valorisation du tourisme culturel et écologique ainsi que la promotion du tourisme alternatif : maisons d’hôtes, gites ruraux…

lancer en commun des produits touristiques conjoints sur les destinations lointaines et développer le tourisme d’affaires : congrès, incentives…

poursuivre le soutien accordé aux tours opérateurs et aux autres circuits de distribution dans leurs efforts de commercialisation de la destination Tunisie,

encourager les hommes d’affaires à investir dans le tourisme et l’hôtellerie en Tunisie et favoriser le transfert du savoir-faire des chaînes hôtelières internationales aux Tunisiens en matière de produits à forte valeur ajoutée.

 

Rééquilibrer la commercialisation en faveur d’Internet

Certes, le tourisme de masse continue d’être accaparé par les tours opérateurs qui sont les véritables industriels du tourisme : conception du produit, affrètement des avions et organisation des transferts, contrat d’allotements avec les hôteliers pour l’hébergement, parfois même ils disposent de leurs propres hôtels (en location ou en toute propriété.)

Ils engagent donc de gros moyens financiers et prennent souvent des risques en consentant des tarifs alléchants grâce au package proposé aux clients : ils sont accusés parfois de tirer beaucoup sur les prix aux dépens des hôteliers et des compagnies aériennes.

Or depuis quelques années les réservations de sièges-avions et de chambres d’hôtel prennent de l’ampleur sur Internet et commencent à concurrencer les TO.

Il s’est même développé un réseau d’agences de réservation on-line qui connaît un succès croissant auprès des clients touristiques. C’est pourquoi notre tourisme doit s’engager résolument dans cette voie pour ne pas perdre ce nouveau créneau promu à un bel avenir.

Le produit touristique basique standardisé et classique perd du terrain et de plus en plus de clients recherchent l’originalité, l’émotion, la découverte, l’innovation. Or le prix élevé de ces nouveaux produits a tendance à baisser avec l’Open-sky et Internet.

 

Ridha Lahmar     

 

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