La politique, une question de goût

Sur le plan de l’élégance, quelle est la personnalité politique du moment qui trouve le plus de grâce à vos yeux ? Voilà, peut-être, une bonne question qui devrait probablement inspirer nos amis sondeurs. Mais comment dénicher l’heureux ou l’heureuse élu(e) du hit-parade de l’élégance quand, en face, les différents acteurs de la scène politique sont davantage soucieux de régler leurs comptes que de soigner l’image chiffonnée qu’ils donnent d’eux-mêmes ?

Pour ma part, j’attribuerai bien volontiers la palme d’or de l’élégance à Hamma Hamami, le charismatique leader du Front populaire. De la classe, ce dernier en a à revendre jouant avec modération et sans trop forcer avec son potentiel, il nous réserve encore bien des surprises. Tellement séduisant ce Hamma, que les prochaines présidentielles c’est dans la poche !. Du pain bénit pour notre ami qui n’aura pas volé sa distinction. Comme un bonheur ne vient jamais seul, il peut se prévaloir du soutien inconditionnel de la gent féminine qui, ne l’oublions, pas constitue la moitié de la population.

Dans ce palmarès de l’élégance, il y a bien sûr les autres et qui ne sont pas des moindres. À tout seigneur tout honneur, on retrouve Beji Caid Essebsi «le sage» toujours égal à lui-même et jamais en retard d’un calembour et autres savoureux pastiches. L’ancien chef du gouvernement provisoire et leader de Nidaa Tounes ne fait pas dans le détail lorsqu’il s’agit de sortir le grand jeu. Ce qui n’est pas du goût de son alter ego nahdhaoui, Cheikh Rached Ghannouchi, «le grand manitou» qui devrait encore beaucoup travailler pour espérer se retrouver dans le top dix. Bien sûr, d’autres personnalités politiques de premier plan comme Hammadi Jebali, Ali Laarayedh ou encore  Néjib Chebbi, Kamel Morjane, pour ne citer que ceux-là, ont leur place dans cette liste … On peut inclure dans cette liste d’autres noms comme ceux du nouveau chef de la diplomatie, Othmane Jerandi, ou encore Samir Dilou qui, lui, est presque inclassable.

Quant à la palme du goût douteux, elle revient sans conteste à nos respectables députés de la Constituante. Quel charivari ! Nonobstant quelques rescapés de la dernière heure comme Mustapha Ben Jaafar ou encore son sobre et discret deuxième vice-président Larbi Abid, c’est presque le Sahara.

Côté femme, on est bien obligé de reconnaitre qu’il n’y a vraiment pas photo et ce n’est pas faire injure à notre ami cinéaste Salma Baccar qui fait de son mieux dans son genre. On ne peut pas en dire autant de beaucoup d’autres. Heureusement qu’il y a aussi cette infatigable Maya Jribi. Une boule d’énergie ce «petit bout de femme»  !

Avoir vingt ans au pays de la Révolution

C’est bien connu : les jeunes ont l’impatience et l’exubérance de leur âge et ne s’embarrassent guère de scrupules pour dire haut et fort ce qu’ils pensent de leurs ainés à propos de tout et de rien. Quant à leur faire prendre des vessies pour des lanternes, cela est une tout autre histoire. Alors, une bénédiction la révolution ? Allons donc ! Il est vrai que deux ans après la fuite d’un dictateur qui les a abusés, les jeunes n’arrivent toujours pas à trouver leur place dans la société et ce n’est pas un hasard si le mouvement «Tamarrod», né en Égypte, a fait des émules parmi notre jeunesse qui a laissé éclater son ras-le-bol de la politique et de ses acteurs. Jusqu’où ira ce mouvement ? On ne le sait guère. Nous verrons bien si notre chère classe politique, si prompte à s’invectiver et à se déchirer, saura se faire comprendre d’une jeunesse qui a la très nette impression qu’elle n’est pas écoutée et que les gouvernants actuels ne prêtent guère d’attention à ses attentes légitimes alors qu’elles sont l’âme même d’une révolution que tout le monde veut s’approprier à tort ou à raison. Cette même classe politique saura-t-elle comprendre enfin qu’il n’est plus possible de faire de la politique comme avant ?

 

 «Tempête sous les tropiques»

            Il est parfois des victoires au goût amer et nos amis d’Ennahdha et leurs affidés vont peut-être l’apprendre à leurs dépens si, bien sûr, d’ici là une opération «sauver ce qui peut l’être» n’est pas amorcée et très vite, car la confrérie doit être consciente qu’il pourrait y avoir péril en la demeure. Décidément, elle est bien loin l’euphorie du 23 octobre 2011. Il est vrai que les vents de sable venus du pays des pharaons ont réveillé bien des craintes. Au vu des allures quelque peu vertigineuses que prennent les évènements chez nous on est tenté de dire à l’adresse des locataires de Montplaisir : et si vous l’avez cherché quelque part ? Ne dit-on pas très souvent que qui sème le vent récolte la tempête ?

            Par ricochet, on se met soudain à imaginer tous les types de scénarios, y compris les plus incertains, voire les plus cauchemardesques. Il est même fort à craindre que la saga de Soliman le magnifique, sur Nessma, qui tient en haleine des spectateurs rivés à leur écran, ne puisse sauver les meubles et chasser l’appréhension d’un pire qui reste peut-être à venir. Le fait que quelqu’un comme Sahbi Atig, chef du bloc parlementaire d’Ennahdha à la Constituante, sorte du rang pour jeter de l’huile sur le feu et promettre le purgatoire aux «ennemis de la légalité» constitue tout un symbole quant aux amalgames douteux que certains veulent bien entretenir. On nous annonce déjà des «Matanzas» en version humaine et des «tickets pour l’enfer» à sens unique. À quai, les trains sont prêts semble-t-il pour l’ultime voyage. Visiblement, ceux qui ont crié trop tôt «le pouvoir est à nous pour l’éternité» en brandissant la hache de guerre à la face des pourfendeurs réels ou virtuels de leur vision des choses, doivent certainement méditer cette profonde réflexion de Chateaubriand: «il faut savoir être économe de mépris, il y a tant de nécessité.»

Par Mohamed Fawzi Blout

 

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