Blagues insurrectionnelles

lotfi 2ah ca ira chariaDans les confrontations sanglantes du 30 juin, les manifestants de Al-Tamarroud ont projeté ce genre de blagues au laser dans le ciel égyptien, renouant avec une pratique exercée sur tous les présidents. Les Égyptiens, condamnés le plus souvent à la résignation, ont toujours pris leur légitime revanche par la noukta qui voit aujourd’hui son impact s’élargir indéfiniment grâce à Internet, au portable et au laser, devenu par la grâce des nouvelles technologies un puissant moyen de communication. Fini l’époque ou l’on comptait sur des techniques élémentaires, pour diffuser la blague. À côté de la révolte du corps, cette révolte de l’esprit offre une contrepartie ludique à l’insipide discours officiel et a certainement joué un rôle dans le renversement de Mohamed Morsi.

La noukta contre la répression a d’autres avantages : le rire défoule, désinhibe, prolonge la vie, crée des liens et empêche le développement de rancunes irréversibles.

Nasser, Sadat et Moubarak n’ont pas échappé à la déconsidération du peuple qui les fustigeait sournoisement comme dans les blagues qui suivent.

Quelles sont les plus grandes réalisations de Morsi :

Il a rétabli la confiance en l’armée ;

il a restauré la popularité de Moubarak et veillé à un buzz du tonnerre sur la page : « Pardon, Ya Raïs! » ;

il a contribué largement à la baisse de la livre égyptienne… et à requinquer le dollar américain ;

il a aidé beaucoup d’investisseurs étrangers à quitter l’Égypte

il a accepté d’être le premier président sous tutelle dans l’histoire de l’Égypte ;

il a redonné confiance à ceux qui sont incapables d’apprendre deux mots d’anglais et qui, en se comparant à sa pratique de l’anglais, se sont trouvés une grande maîtrise de la langue de Shakespeare.

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Les frères musulmans accordent leur foi aux décisions futures que Morsi n’a pas prises et estiment qu’elles sont sages et dans l’intérêt de la patrie.

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Un animateur Radio dit à une danseuse de cabaret : les frères musulmans ont pris le pouvoir ; elle répond : et, alors ! On peut toujours jouer dans leurs films ; il s’étonne : et comment comptes-tu t’y prendre ? Ben, oui ! Dans leurs séries religieuses, il y aura bien des mécréants !

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Après la découverte d'une momie pharaonienne en Égypte, Abdennaser, suite à l'échec des archéologues à déterminer son origine, demande aux services secrets de s'en occuper. Quelques heures plus tard, les agents des renseignements donnent leur verdict, il s'agit de Ramsès II. Comment l'avez-vous su? S'enquiert Abdenasser. C'est lui-même qui a avoué!

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Que chante Oum Kalthoum ce soir à la Radio? demande Anouar Sadat à Hosni Moubarak, faisant allusion au concert hebdomadaire que donne la diva en direct sur Radio Le Caire. Hosni Moubarak n'ose pas dire à son président le titre du dernier grand succès de la grande chanteuse Inta Omri "Tu es ma vie" ; poliment, il préfère énoncer : "votre excellence êtes ma vie".

 

À côté des Égyptiens, les Tunisiens restent très timides et ce n’est pas avec le rire qu’ils sont arrivés à vilipender Ben Ali et son clan ni ses successeurs transitoires au pouvoir. On a vite fait le tour des blagues inventées pour la dame plus que pour le président. Nombreuses autres noukta, égyptiennes d’origine, ont été simplement adaptées et acclimatées à la réalité tunisienne.

Les Algériens, qui n’aiment pas les demi-mesures, sont beaucoup plus forts que nous en la matière. Les blagues qu’ils ont inventées à l’attention du président Chedli Ben Jedid, célèbre pour son inculture peuvent faire l’objet d’une petite encyclopédie. Apprécions deux de ces noukta :

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On demande au coq, qui a passé des examens avec le président Chedli, pourquoi il est complètement déplumé. Il répond que le président, assis derrière lui lors de l'examen, lui a enlevé plume après plume, le priant de lui souffler les réponses.

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Un jour on surprend le président Chedli dans son bureau en train de monter sur des chaises qu'il avait empilées sur d'autres chaises et placées sur une grande table. "Que faites-vous"? Lui demande un de ses ministres". "Des études supérieures", répond-il.

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