La confusion tourisme-hôtellerie persiste !!

Par Ridha Lahmar

Depuis quarante ans, notre pays a fait le choix du tourisme comme secteur stratégique et prioritaire en matière de croissance économique en raison de son effet d’entraînement et de son rôle de “locomotive” vis-à-vis de plusieurs secteurs d’activité. Il faut dire que le fait de consacrer des investissements conséquents pour les infrastructures de base et des encouragements aux promoteurs a permis d’enregistrer des résultats positifs en matière de création d’emplois et de recettes en devises.

Or depuis dix ans environ le tourisme connaît des difficultés structurelles multiples qui ont engendré une perte de compétitivité, une désaffection de la clientèle et un manque d’attractivité de la destination. L’image de monoproduit balnéaire bas de gamme et bon marché colle à notre pays.

La moitié de notre capacité d’hébergement, qui est de l’ordre de 235.000 lits, a dépassé largement vingt ans d’âge, ce qui signifie l’urgence et l’impératif de la rénovation et du rajeunissement selon les nouvelles exigences d’une clientèle en perpétuelle évolution.

La braderie des prix pratiquée par certains hôteliers ne fait que dégrader la qualité des prestations de services.

Certes des efforts ont été prodigués en vue de diversifier les produits touristiques comme l’introduction du tourisme saharien et le développement de la thalassothérapie, mais les obstacles ne manquent pas. En effet les aéroports de Tabarka pour le tourisme du nord-ouest et celui de Tozeur pour le tourisme saharien ne sont pas desservis par des vols réguliers, ce qui constitue un handicap certain pour le développement des deux produits touristiques.

La stratégie de communication et de promotion n’a pas toujours été pertinente et devrait mettre en valeur l’originalité et la spécificité de chaque région touristique et n’a de plus jamais bénéficié d’un budget à la hauteur de nos ambitions et des destinations concurrentes.

Avec la médiatisation négative suscitée par les évènements sécuritaires qui ont suivi le déclenchement de la révolution du 14 janvier 2011, le tourisme tunisien connaît une baisse de fréquence sensible estimée en 2011 à 30% par rapport à 2010. Une bonne reprise a été enregistrée en 2012, mais reste en deçà de 2010 de 10%, alors que 2010 n’est pas considérée comme une bonne année de référence. En 2013 l’assassinat de Chokri Belaïd, le 6 février, associé à un reportage négatif diffusé dans le cadre de l’émission “Envoyé Spécial” sur France2 ont créé un manque de confiance dans la destination.

Il faut dire que dans l’esprit des différents responsables qui se sont succédé à la tête du ministère du Tourisme, le terme tourisme a toujours coïncidé avec celui d’hôtellerie. C’est pourquoi, pour développer le tourisme, on a toujours préféré investir encore plus dans la construction d’hôtels et dans l’aménagement de zones hôtelières en y ajoutant ici un port de plaisance et là un terrain de golf. Même lorsqu’il est question d’un projet d’animation, on proposera un café, un restaurant et deux ou trois boutiques d’artisanat. Pour pallier à la carence de l’animation, les hôteliers ont ouvert chacun dans son établissement un night-club, mais cela ne constitue pas une réussite. Certes il est nécessaire que les touristes soient hébergés et restaurés de façon confortable et correcte au niveau de l’hygiène et de la sécurité, mais ils viennent aussi pour autre chose.

Ils viennent pour découvrir une région, un peuple, une civilisation et une culture et en même temps pour passer de bonnes vacances. Il n’y a pas de réussite touristique sans intégration touristique dans la ville.

C’est pourquoi, au-delà de l’hôtel et du restaurant, survient l’appropriation par les touristes de la vieille ville : découverte de la Médina et de son riche patrimoine historique, visite des musées et des sites archéologiques, fréquentation des souks et des ateliers d’artisanat, initiation aux mœurs et coutumes locales et régionales, dégustation de plats cuisinés et de pâtisseries traditionnelles, participation aux fêtes et aux festivals de musique et de théâtre. Les visiteurs étrangers doivent être amenés à participer aux manifestations culturelles et artistiques au lieu d’être confinés dans leur hôtel par des formules du type “all inclusive.”

C’est l’événement qui crée l’image d’une destination touristique et la réputation d’un pays, car elle attire les mass-médias et crée l’engouement. Je ne comprends pas pourquoi des manifestations prestigieuses comme le festival d’El Djem ou celui de Dougga ne durent pas plusieurs jours et ne font pas l’objet d’une grande médiatisation beaucoup plus efficace que toutes les campagnes de communication, aussi coûteuses soient elles.

Il est essentiel de procéder à la restructuration de l’organisation du tourisme notamment au niveau des associations professionnelles : FT hôteliers, Fédération des agences de voyage, Fédération de l’artisanat, Fédération des restaurateurs et des cafetiers, Fédération des musées et celle des organisateurs d’événements culturels et artistiques.

Toutes ces fédérations doivent être unies au sein d’une confédération générale des professionnels du tourisme afin d’être le partenaire et l’interface de l’Administration en matière de conception et de mise en application d’une stratégie pour le développement du secteur.

À l’exception de la FTH et de la FTAV, toutes ces professions bénéficient des retombées du tourisme, mais ne contribuent pas au financement des campagnes de communication, ce qui est un tort vis-à-vis de la santé et de l’avenir du secteur.

 

L’usine M’dhilla : retard de 16 mois

L’usine de M’dhilla, promue par le groupe chimique pour la transformation des phosphates en cours de construction, accuse 16 mois de retard à cause de la multiplicité des perturbations sociales qui ont affecté le bassin minier de Gafsa depuis deux ans.

L’implantation de cette usine a été décidée dans le but de mieux intégrer le secteur phosphatier : transformation sur place du phosphate brut, montée en gamme de la valeur ajoutée et création d’emplois dans la région.

La capacité de production de l’usine est de 500.000 tonnes de super triphosphate par an tandis que l’emploi envisagé porte sur 500 emplois permanents.

Le coût total de l’investissement est de 500 MDT dont 125 sous forme de crédit octroyé par le Fonds arabe pour le développement économique et social et un autre accordé par la BEI.

Le taux d’avancement des travaux de réalisation est estimé au 30 juin 2013 à 50%. Il faut dire que l’usine comporte deux unités de production : l’une pour l’acide sulfurique et l’acide phosphorique concentré qui entrera en production dans un an et l’autre pour le supertriphosphate sera prête mi-2015. Il y a lieu de remarquer que cette usine a été conçue selon les technologies les plus récentes en matière de protection de l’environnement afin d’éviter la pollution. Elle ne manquera pas de dynamiser l’économie de la région, encore faut-il que la situation sociale s’apaise.

 

La fermeture de Laino ruine l’élevage dans le nord-ouest

La centrale laitière de Boussalem, Laino, gérée par le Groupe Delice Danone, est fermée depuis deux semaines. C’est une catastrophe à tous les niveaux avec notamment un risque de démantèlement de toute la filière laitière dans le nord-ouest du pays. En effet 15.000 éleveurs, en majorité des petits producteurs, sont contraints de jeter leur production quotidienne faute de pouvoir la livrer à l’usine. Les 50 centres de collecte de lait sont réduits au chômage, car leur capacité de conservation frigorifique est saturée et limitée. 

Il s’agit d’une perte sèche et cette situation risque d’engendrer la braderie du cheptel.

Les 500 salariés de l’usine sont réduits à l’inactivité, car des protestataires bloquent l’accès de l’usine et veulent faire entendre leurs voix quant à la politique à suivre en matière de choix des équipements et des responsables ainsi que le remplacement du directeur général.

Même l’intervention du ministre des Affaires sociales, à titre de médiateur, n’est pas arrivée à faire entendre raison aux sit-inneurs. À remarquer que le salaire annuel moyen des salariés de l’usine est de l’ordre de 20.000D.

La capacité de production de l’usine est de l’ordre de 600.000 litres par jour soit 100 à 150 millions de litres par an.

Elle devrait assumer un rôle vital dans la satisfaction des besoins du marché local.

 

Phosphates : les contraintes à la production

Malgré toutes les décisions prises — appliquées ou non — par les autorités  relatives à la sécurisation des sites de production et des circuits de transport des phosphates, aussi bien les stocks de phosphate brut que les stocks de produits finis restent aux plus bas niveaux.

La situation du secteur déjà peu brillante s’aggrave au fil des semaines. Les chiffres cités par le ministère de l’Industrie sont alarmants. En effet, au niveau de la transformation, les stocks sont passés de 730.000 tonnes au début de 2013 à 420.000 tonnes fin juin. Dans la région de Gabès, les stocks sont passés de 440.000 tonnes début d’année à 90.000 tonnes fin juin 2013.

Ainsi, les usines du Groupe chimique risquent de s’arrêter de tourner dans quelques jours si la situation ne change pas de façon sensible, faute de matières premières.  

Le positionnement de notre pays sur le plan international n’a pas cessé de se dégrader et notre pays est incapable de prendre des engagements de livraison ni à l’export ni sur le plan local.

La régression de la production de phosphate brut est évaluée à 66% soit 1,35 MT pour le premier semestre alors que la capacité de production à l’échelle de l’année est de 8 MT : nous sommes très loin du compte.

Il est urgent de libérer les centres d’extraction des phosphates qui sont encore bloqués et de “lever les piquets de blocage” qui empêchent le transport par voie ferrée si l’on veut éviter le naufrage de la compagnie qui risque de mettre au chômage 13.000 salariés. Il y a là un manque de volonté politique évident et une attitude non responsable vis-à-vis de l’économie du pays.

 

Le projet Gaz du Sud confirmé

Le Ministère de l’Industrie a confirmé que la réalisation du projet “Gaz du Sud” est indispensable afin d’exploiter les ressources en gaz disponibles dans les différents champs gaziers du Sud tunisien afin d’approvisionner les villes de la région. En outre la réalisation de ce projet permettra de dynamiser l’économie régionale de façon durable et de créer des milliers d’emplois dans les trois gouvernorats Gabès, Tataouine et Médenine. Les études techniques et économiques sont en cours de finalisation.

Le Ministère de l’Industrie est déterminé à réaliser ce projet dont les composantes sont la création d’une unité de production de gaz et d’extraction du champ de Nawara à Tatouine.

Ainsi qu’une autre unité spécialisée dans l’extraction et le traitement du gaz liquéfié à Ghenouche (Gabès). Il s’agit de satisfaire les besoins de la population de la région en gaz et en GPL afin de favoriser les besoins de la population mais aussi l’implantation de projets à caractère industriel dans la région.

Ridha Lahmar

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