Au pied du mont du diable

Par Alix Martin

Comme la « saison » avance et que la chaleur et le jeûne du mois de Ramadan retiennent beaucoup de gens chez eux, les routes dominicales ont retrouvé leur circulation normale. On peut de nouveau, réaliser de « grandes sorties ». Nous avons rejoint un site intéressant : Sidi Mechrig, à l’orée de la forêt toute verte et au bord de la « Grande Bleue ». Plus personne ne se souvient du nom antique du bourg. Seul, Sidi Mechrig, dans son marabout immaculé, demeure !

 

La région

Que l’on arrive de Sedjenane, à l’Est ou de Nefza à l’Ouest, au sortir de ces deux bourgs, les paysages traversés sont magnifiques.

L’extrémité des grands lacs de retenue du barrage de Sidi El Barrak sur l’Oued Zouara arrive à quelques kilomètres de Nefza et lui donne un cachet particulier.

Puis, on passe sous un ancien viaduc de chemin de fer, au pied duquel est creusé un groupe de haouanet. Ensuite, la route sinue entre des collines boisées et tout le paysage environnant est « nappé » de vert. On est désolé de signaler que de très nombreuses, « coupes sauvages » ont été pratiquées dans les forêts.

Encore quelques kilomètres et on arrive dans la région de Tamera où le sol est vraiment rouge en raison du minerai de fer qu’il contient.

Si l’on vient de l’Est, à la sortie de Sedjenane, on longe la Garaat du même nom tandis qu’à gauche, vers le Sud, s’élèvent des pentes couvertes de belles forêts bien connues des cueilleurs de champignons et des chasseurs.

Puis, une plaque indique la petite route qui mène à Sidi Mechrig. Les « Béjaois » la connaissent bien. Tous les étés, ils se rendent à la plage qui n’est qu’à 70 kilomètres environ de chez eux. On sinue entre de belles forêts de chênes-lièges. Dans cette région aussi, « on » a coupé beaucoup d’arbres. C’est d’autant plus regrettable que le bois, vendu à bas prix puisqu’il est illégal, sert à faire du charbon de « chicha ». Il faudra entre 20 et 30 ans pour reconstituer ces forêts et ces reboisements seront payés par tous les citoyens.

On franchit un petit col entre les jebels Choucha (272 mètres) au Sud-Est et Chitane (464 mètres) au Nord-Ouest, puis on gravit une dernière chaîne de collines, enfin on dévale vers la mer, à travers un maquis de plus en plus « ras » parce que la forêt recule devant les coupes illégales et les dents des chèvres.

De grandes pistes ont été percées à travers les bois environnants. Elles permettent aux visiteurs aventureux, propriétaires de 4×4, de se rendre non seulement à Cap Serrat et à Cap Negro mais aussi de circuler en forêt ou à travers les maquis. Cette région est relativement peu peuplée. D’ailleurs, des étrangers surtout, arrivant en bateau, dans les plus belles criques, achètent à prix d’or les « cabanes de pêcheurs » que le Gouvernement tolère sur le « domaine maritime public ». Ils les transforment en bâtiments et ils espèrent, sans doute, y rester suffisamment longtemps pour « amortir » leurs dépenses ou … pouvoir bénéficier un jour du privilège du premier occupant, en toute illégalité !

 

La plage

Sidi Mechrig a certainement été un bourg antique dont le nom a été effacé par celui du marabout inhumé à proximité. Un promontoire rocheux, au bord de l’eau, porte encore les vestiges d’un monument d’époque romaine.

Un peu plus à l’Ouest, des « restes » de bâtiments, très ensablés, des « quais », peut-être, auxquels sont encore fixés de très vieux anneaux, suggèrent qu’un port et un bourg ont existé là dans l’Antiquité. Ont-ils été occupés, comme le site de Cap Negro, par les pêcheurs de corail italiens ou français qui se concurrençaient avec acharnement ? Sidi Mechrig, comme sa voisine, a-t-il servi de port d’exportation des produits agricoles de la région de Béja, l’antique « grenier de Rome » ? Ce commerce a permis aux négociants « français », « provençaux » plutôt, d’édifier des fortunes colossales jusqu’à ce que les troupes beylicales d’Ali Pacha prennent d’assaut Cap Negro et l’île de Tabarka en 1741. Le bourg de Sidi Mechrig s’est-il éteint alors ?

La plage est magnifique, avons-nous écrit. Les fonds marins rocheux sont poissonneux pour la plus grande joie des pêcheurs amateurs et des plongeurs. Depuis quelques années, un petit port abrite quelques bateaux de pêche. Il y a longtemps, seuls quelques « privilégiés » – des « initiés », devrait-on dire ! – avaient fait construire, à côté des maisons des pêcheurs, des « villas » de plage, étagées dans la « combe » face à la mer, comme « assises » sur les gradins d’un immense théâtre. Un hôtel-restaurant, tout à fait agréable, construit au bord de la plage compte 11 chambres et pratique des prix très raisonnables. Il est ouvert toute l’année. On peut prendre contact avec son propriétaire en téléphonant au 72.469.072.

 

Un grand parc national

Dans cette région, le gouvernement précédent voulait créer un grand Parc National, mi-marin, mi-terrestre, sur plus de 22.000 hectares. Il serait entouré d’une zone tampon de 15.000 hectares environ, sur laquelle des réalisations, entrant dans le cadre d’un développement durable, seraient à créer.

Ce Parc National englobera la réserve naturelle actuelle de Mejen Chitane : son véritable nom devrait être « Mejel » : la citerne du diable ! Elle est située à une dizaine de kilomètres de Sidi Mechrig. On y parvient grâce à une piste qui exige un véhicule 4×4. Elle s’étend actuellement sur 17 hectares et comprend un lac permanent peu profond ainsi qu’une des rarissimes tourbières de Tunisie. Lac et tourbière sont alimentés par une source pérenne. Ils favorisent le maintien d’une biodiversité exceptionnelle comprenant des espèces végétales rares telles que les seuls nénuphars de Tunisie et une avifaune particulière telle que les mésanges bleues ou charbonnières typiques d’Afrique du Nord. Le lac et la tourbière sont inscrits sur la liste Ramsar des zones humides d’importance internationale.

Les plages et les forêts voisines engendrent déjà des tourismes, balnéaires, de chasse et de pêche qui devraient se développer. A notre avis, toute la région offre beaucoup d’opportunités. Puisqu’il y a un port et que la mer est vraiment poissonneuse, la pêche sous-marine encadrée par un club de plongée qui pratiquerait aussi la découverte et la photo de fonds sous-marins coralligènes somptueux ainsi que des bateaux de pêche au « tout gros » : thons, liches, serres, limons croisent au large, seraient les bienvenus.

Les randonnées équestres avec les « chevaux des Mogods » parfaitement adaptés, rustiques et dociles pourraient être organisées ainsi que des « raids » à V.T.T. ou à pied, en camping, en compagnie de petits ânes portant les bagages.

Dans cette région, assez peu peuplée, où la nature a été, jusqu’à présent, assez bien protégée et où elle est pittoresque, pensons aux crêtes rocheuses et découpées du Jebel Chitane, l’aménagement et l’entretien de sites où voir et photographier la faune sauvage exigeraient un effort certain mais rémunérateur des paysans locaux. 

La pêche du corail peut attirer des professionnels. Le parc pourrait, en même temps qu’il permet de protéger l’environnement, susciter un écotourisme important et créateur d’emplois.

Des « éco-guides » seront nécessaires aux randonneurs, aux amateurs de chasse-photographique, aux botanistes et aux zoologistes. La construction de petits établissements hôteliers, tels que celui existant déjà, s’insérant mieux dans le paysage que d’énormes « palaces à touristes », est souhaitable.

Mais, à notre avis, la création de « gîtes ruraux » chez l’habitant est la formule d’avenir. La population locale préservera d’autant mieux le « capital écologique » qu’elle en tirera profit. En vivant chez et avec les habitants, les touristes procèderont nécessairement à un « échange de cultures », générateur de paix et de compréhension des peuples.

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