Souvenirs de victoires

Ribbat-(1)Puisque notre article sera publié au moment de la célébration de l’anniversaire de la proclamation de la République, nous avons pensé proposer à nos lecteurs un petit « voyage commémoratif » dans le Sahel.

 

Le Sahel en lutte

Le 25 Juillet 1957, la République est proclamée au terme d’un long processus qui a duré plus d’un demi siècle. Pendant cinquante ans au moins, la Tunisie a connu des manifestations volontaires et des sacrifices humains avec pour seul objectif : la reconquête de la dignité dans l’Indépendance nationale.

Toute une génération, avec le premier président de la République M. Habib Bourguiba comme figure de proue, a formulé une doctrine qui a mené à la création d’un État, depuis, au minimum, la création du Néo-destour au congrès du 2 Mars 1934 à Ksar Hellal.

Certes, tout le pays, toute la population a participé. Pour ne citer qu’elles, pensons aux grandes manifestations populaires sanglantes du 9 Avril 1938 à Tunis. Aussi avons-nous décidé d’aller en « pèlerinage » dans une région « pétrie d’histoire » comprise entre Sousse et Mahdia.

Si le littoral, magnifiquement mis en valeur, est bien connu et souvent fréquenté, il nous semble important que l’on aille plus souvent dans les bourgs de l’intérieur pour que leur nom : Ksar Hellal, Moknine, Ouardanine, M’saken, Jemmal – il faudrait les citer tous ! – ne deviennent pas, au moins pour les jeunes, les souvenirs livresques des luttes pour l’Indépendance.

Il est souhaitable aussi de s’y rendre pour mesurer les réalisations de la République en constatant que ces villages, souvent petits et, parfois, pauvres à l’aube de l’Indépendance, sont aujourd’hui de gros bourgs dynamiques.

 

L’histoire

Par delà, l’histoire moderne, facile à cerner, celle des populations de la protohistoire est visible dans les nombreux haouanet (tombeaux rupestres préromains) creusés dans les alentours de Monastir ainsi que dans les nécropoles mégalithiques de Ksour Essaf, El Alia et Salakta.

Sousse / Hadrumète a été peuplée avant le débarquement de Phéniciens et l’installation des Carthaginois suivis des Romaines, par des « Libyens cultivateurs qui ont des maisons » écrit Hérodote au IVe siècle avant J.C.. Sous la domination romaine, cette région connaît une prospérité évidente.

Mahdia, capitale des Fatimides, résiste pendant des siècles aux attaques des Normands de Sicile d’abord, puis des Espagnols.

Tout le Sahel lutte contre le despotisme de certains dynastes tunisiens, puis participe héroïquement aux combats contre les troupes coloniales qui imposent la mise en œuvre du protectorat français institué en 1881.

Les artisans de la région sont capables de satisfaire bien des désirs de bijoux et de tissages anciens ou modernes. C’est une riche région agricole. Tous les bourgs du littoral ont une flottille de pêche qui ramène des quantités d’excellents poissons qui régalent les visiteurs et alimentant les conserveries.

 

Thapsus / Bekalta

Nous demanderons à un enfant de cette ville : M. Ameur Younès, professeur d’Université, la permission de puiser dans son ouvrage intitulé : « Recherches sur la ville portuaire de Thapsus et son territoire en Byzacène dans l’Antiquité ».

La ville antique a été construite sur le promontoire de Ras Dimass. Son nom serait formé d’un radical : « Thaps » phénicien et d’un suffixe « Us » latin.

Pour s’être rangée du côté des Romains, contre Carthage, Thapsus reste une ville libre après la destruction de la métropole punique et la conquête de son territoire par les Romains en 146 avant J.C..

Puis, en 46 avant J.C., Jules César débarque en Afrique et bat, dans les environs de Thapsus, les armées romaines et numides de Juba II, ralliées à Pompée.

A l’époque romaine, la ville connaît une période de prospérité engendrée par un très actif commerce maritime des produits agricoles régionaux. Elle est dotée d’un port « primitif » puis d’un nouveau port et d’autres « bassins », ainsi que de trois moles, en partie submergés actuellement. La plupart des autres vestiges sont presque arasés.

Début Septembre 533, le Général byzantin Bélisaire débarque à Thapsus pour vaincre les Vandales installés à Carthage.

Fin Juillet 1123, une bataille y a eu lieu entre l’armée de Roger II de Sicile et celle du jeune prince Ziride Al Hassan Ibn Ali Ibn Yahya. Les européens ont été battus. La ville de Thapsus a été habitée jusqu’au XIIe siècle. C’est à cette époque que « Dimass » a remplacé « Thapsus ». Puis, à une date indéterminée elle a été abandonnée et la nouvelle ville de Bekalta, ainsi que quatre agglomérations rurales, ont été construites sur le site antique.

 

La bataille de Thapsus

Vers 52 avant J.C., l’anarchie voire la guerre civile règne à Rome où deux personnages célèbres et importants se disputent le pouvoir : Pompée et César.

En Janvier 49, le Sénat romain confie la défense de la République à Pompée contre César. Ce dernier s’empare de Rome tandis que Pompée vaincu à la bataille de Pharsale, en Grèce, s’enfuit en Egypte où il est assassiné. Mais ses partisans dont Caton d’Utique et C.M. Scipion, beau-père de Pompée, se regroupent en Afrique pour contre-attaquer César vainqueur au Moyen-Orient à Zela (veni, vidi, vici : je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu). Il débarque à Hadrumète / Sousse le 28/12/47 avec seulement 3.000 hommes et 150 chevaux alors qu’il y avait, contre lui, plus de 10.000 soldats à Sousse et 10 légions appuyées par 10.000 cavaliers, en Tunisie, alliés aux troupes et aux éléphants du roi numide Juba.

La « Campagne » géniale de Décembre 46 à Juin 46, présente trois phases : l’attente dans le camps de Ruspina, les combats autour d’Uzitta et ceux menant à la victoire de Thapsus. On peut en retrouver les traces dans la campagne.

César bat en retraite après son débarquement à Sousse et s’installe défensivement sur le Cap de Ruspina / Monastir, en attendant des renforts d’Italie. Il s’empare aussi de Leptis minor / Lemsa pour couvrir son flanc Sud.

A la mi-janvier, il reçoit des vivres et des renforts. Il aménage un nouveau camp face à Uzitta / Henchir El Makhceba, sur l’Oued Melah, au nord de Jemmal où les Pompéens étaient retranchés. Pendant deux mois, les deux armées « se jaugent » en différents combats indécis.

Puis, César, ayant reçu de nouveaux renforts, quitte Uzitta et manœuvre en combattant dans le sud vers Aggar, proche de Ksour Essaf, Sulectum / Salakta et même Thysdrus / El Jem. Puis, brusquement, en avril, il investit Thapsus / Bekalta. Scipion tente de l’enfermer dans l’isthme situé entre la mer et la sebkha de Moknine en installant deux camps, au sud, commandés respectivement par Juba et Afranius romain pendant que lui se retranche au nord, vers Téboulba. César l’attaque en premier et l’oblige à s’enfuir puis se retourne vers les deux autres qui s’enfuient aussi, vaincus.

Ensuite, César soumet l’Africa. Caton se suicide à Utique. Juba ne peut rentrer dans sa capitale Zama. Avec son compagnon Petreius, ils s’entretuent. Afranius meurt en combattant dans le nord. Scipion périt dans un combat naval à Hippo regius / Annaba. César sera assassiné à Rome le 15 Mars 44 : les « Ides de mars ».

Depuis la victoire de César en 47 avant J.C. jusqu’aux proclamations de l’Indépendance et de la République, en passant par la reconquête de la province par les Byzantins, ensuite le triomphe des armées arabes, puis la victoire d’une armée Ziride, enfin celle des luttes anti-coloniales, que de victoires ont été célébrées sur ce petit morceau du Sahel tunisien !

 

Par Alix Martin

Lire aussi
commentaires
Loading...