Quelle restructuration pour les banques publiques ?

Par Ridha Lahmar

Le constat global fait par les experts de la Banque mondiale montre que le marché bancaire tunisien est particulièrement «éclaté», en témoigne l’existence de 21 banques on-shore. Cela se répercute sur la qualité du management, des prestations de service et de la rentabilité des banques. Autrement dit, il y a trop de petites banques, qui manquent donc de moyens humains et matériels — pour financer de grands projets de développement — et de cadres supérieurs compétents en matière de maîtrise de risques, capables de favoriser l’émergence à l’international de «champions nationaux.»

Les trois banques publiques, la STB, la BNA et la BH, représentant à elles seules 36% du volume de financements accordés à l’économie, souffrent de plusieurs difficultés dont la sous-capitalisation, d’un taux élevé de créances douteuses, de leur taux de provisionnement insuffisant dans les bilans et d’un manque de liquidités…

En effet, le taux moyen des créances douteuses dans le système bancaire tunisien est de 13,5% : 17% chez les banques publiques, mais 10% chez les banques privées.

Le taux moyen de provisionnement des créances classées est de 57% dans l’ensemble du système bancaire tunisien, ce qui est insuffisant, car la norme internationale est de 70%. Il faut dire que dans les banques publiques ce taux est de 53% alors que dans les banques privées il est de 62%.

Le ratio de solvabilité (le fameux ratio Cooke) varie de 8 à 12% selon les banques alors que la norme selon le comité de Bâle est de 14 à 15%.

Il faut reconnaître cependant le grand mérite de ces banques qui ont favorisé durant trois à quatre décennies la constitution de l’épargne des ménages, l’édification du tissu économique tunisien et le financement du développement de l’agriculture et de l’industrie en Tunisie. Sans oublier la promotion du logement et du secteur de l’immobilier.

En attendant les recommandations de l’audit préconisé par le ministère des Finances et la BCT et diligenté auprès des trois banques, qui sera entamé ce mois-ci, mais qui ne sera pas achevé avant la fin de cette année, plusieurs solutions sont à envisager. Tout d’abord l’assainissement des bilans des trois banques en faisant la part dévolue aux créances douteuses, la réactivation des normes prudentielles et la mise à niveau des structures relatives à la maîtrise des risques.

Ensuite la restructuration de ces banques dans le but d’une plus grande efficacité. La recapitalisation des banques publiques est indispensable en raison de l’insuffisance actuelle des fonds propres par rapport au volume requis des financements à consentir au profit des acteurs économiques et des engagements déjà pris vis-à-vis de la clientèle.

Le montant minimal de cette recapitalisation serait de 300 MD. Parmi les objectifs prioritaires figure en bonne place l’émergence d’une banque publique à l’international, destinée à accompagner les entreprises tunisiennes sur les marchés à l’exportation.

Il y a lieu de considérer que le financement de l’agriculture comporte des spécificités particulières, qu’il est appelé à se développer et qu’il constitue une priorité. C’est pourquoi le maintien et le renforcement de la BNA sous sa forme actuelle seraient recommandés, même si les activités de la banque portent également sur le financement de l’agro-industrie, du tourisme, du commerce et des services.

Par contre, la fusion de la STB et de la BH serait compatible avec la constitution d’un pool bancaire solide et performant avec une représentation à l’étranger pour soutenir les entreprises tunisiennes qui s’implantent sur le continent africain et en Europe.

Outre l’injection de fonds étatiques au capital, il sera fait appel aux privés pour augmenter le capital, mais l’État doit rester majoritaire.

La difficulté en matière de fusion d’entreprises réside dans la compatibilité du mariage de cultures d’entreprises différentes.

 

Réactivation de la Banque maghrébine

Créée en 1991 suite à un sommet maghrébin, la Banque maghrébine pour l’investissement et le commerce extérieur (BMICE) n’a pas encore entamé ses activités à ce jour. Or, la décision de la réactivation vient d’être prise par la conférence des ministres des Finances des cinq pays du Maghreb qui s’est tenue à Marrakech récemment.

En effet, son capital a été fixé à 150 millions de dollars, son siège social se situera à Tunis, son premier directeur général sera Tunisien et exercera un mandat de quatre ans, alors que le premier président du conseil d’administration sera Algérien avec un mandat de trois ans. Ces deux postes étant tournants entre les cinq pays.

L’objectif consiste à dynamiser les échanges commerciaux entre les cinq pays du Maghreb et à développer les investissements croisés.

Le Maroc et la Mauritanie sont appelés à verser leur quote-part dans les mois qui suivent et le démarrage des activités est prévu pour la fin de l’année en cours.

Il y a lieu de remarquer que seulement 25% du capital a été libéré, le reliquat se fera au fur et à mesure du développement des activités de la BMICE.

Il est prévu que le capital soit porté au bout de quelques années à 500 millions de dollars.

En effet, les experts estiment que le capital initial est nettement insuffisant si l’on veut réellement promouvoir l’intégration économique du Maghreb et doubler le volume des échanges intra-Maghreb par exemple.

 

ENDA inaugure son nouveau siège social

L’ONG Enda, leader de la microfinance en Tunisie qui vient d’inaugurer son nouveau siège social à Hay El Khadra à Tunis, peut être fière de son parcours sans faute.

Créée en 1995, elle a totalisé en dix-huit ans 408.000 clients. Avec 68 bureaux locaux, Enda emploie 1000 salariés en majorité diplômés du supérieur.

La rigueur de la gestion financière ainsi que l’accompagnement des micro-entrepreneurs permet de parvenir à un taux de recouvrement de 90%.

La moyenne des crédits est passée de 680 D à plus de 1100 D.

Enda s’est révélée un instrument efficace de lutte contre la pauvreté et de promotion de l’emploi. Certains de ses clients ont évolué et emploient aujourd’hui plusieurs salariés.

Après avoir financé l’artisanat et les métiers de proximité, Enda s’intéresse avec succès aux petits exploitants agricoles et à l’élevage. Rappelons qu’Enda, en raison de sa solidité financière et de l’efficacité de son rôle social, a obtenu des crédits de la part de la FEMIP (BEI) et de l’AFD.

 

Garantie de la JBIC pour un Samouraï de 400 MDT

Le budget de l’État pour 2013 fait appel à 5 milliards de dinars de financements extérieurs. Dans ce cadre, il sera fait appel à deux emprunts obligataires garantis l’un par les États-Unis pour un montant de 800 MD et l’autre par le Japon pour 400 MD. C’est ainsi que la Banque japonaise pour la Coopération internationale vient d’accorder sa garantie à l’État tunisien pour un emprunt obligataire, dit «Samouraï», à lancer sur le marché privé des capitaux au Japon,.

Cet accord a été obtenu lors de la participation du président de la République à Ticad 5, conférence internationale organisée à Yokohama par le Japon en faveur du développement de l’Afrique. C’est le président exécutif de la JBIC, M. Hiroshi Watanabe, qui a confirmé cet accord.

Cette garantie permettra d’obtenir un taux d’intérêt préférentiel même si le rating souverain de notre pays par les agences de notation internationales se trouve de plus en plus dégradé. Par ailleurs, le Japon poursuit son soutien au développement de notre pays en cofinançant des projets d’infrastructure. Le chiffre a été annoncé : 1200 MD pour financer trois projets : protection du bassin de la Medjerda des inondations, centrale électrique à Radès et station d’adoucissement d’eau à Sfax.

 

Hannibal Lease lève 16 MD en Bourse   

Hannibal Lease a décidé de se faire coter en Bourse pour augmenter son capital social et le porter ainsi de 20 à 28,5 MD. Créée en 2011 avec un capital de 5 MD, la société a porté par la suite son capital à 10 MD et enfin à 20 MD.

Hannibal Lease a connu une expansion soutenue grâce à la qualité de sa gestion prudente, mais dynamique.

En effet, le taux moyen de sa croissance annuelle a été de 20% au cours des dernières années. Il faut dire que la société n’est pas inconnue du marché financier puisque depuis 2006 la compagnie de leasing a émis des emprunts obligataires.

À l’origine l’actionnariat était composé exclusivement de privés tunisiens, par la suite il y a eu introduction au capital de deux investisseurs koweïtiens, à concurrence de 30% dont 20% détenus par KIPCO.

L’augmentation du capital permettra de lever 16 MD sur le marché financier, compte tenu du prix nominal de l’action 5 D et de la prime d’émission soit 4,5 D.

Cela permettra à Hannibal Lease d’étendre ses activités à d’autres secteurs de l’économie et éventuellement de se redéployer à l’international. Les fondateurs détiendront 40% du capital après augmentation.

Il convient de remarquer qu’Hannibal Lease bénéficie d’un rating flatteur de la part de Fitch Ratings et que son business-plan prévoit une croissance moyenne de 8% par an durant les cinq prochaines années. En 2012 le résultat net a été de 2,8 MD, ce qui est une performance. Hannibal Lease compte 80 salariés avec un taux d’encadrement de 70%, les cadres supérieurs sont jeunes et de haut niveau.

Son P-DG est M. Hachemi Djilani. 

 

APIC : journée nationale sur l’immobilier

L’Association professionnelle de la promotion immobilière et de la construction a été créée le 29 novembre 2012, date de parution de son agrément au JORT.

Les membres fondateurs sont MM. Chedli Sellami, président, Taoufik El Euch, premier vice-président, Abderrazak Ben Mahmoud, deuxième vice-président, Noureddine Chiha, Secrétaire général, Abderrazak Bouricha, trésorier. Alors que Mohamed Kaffel et Hamadi Hentati sont membres, Nabil Azouz étant chargé de la communication.

La spécificité de l’APIC consiste à réunir promoteurs immobiliers et professionnels des métiers de la construction : ingénieurs, architectes et entreprises au sein de la même association.

Les objectifs de cette association sont très ambitieux et les membres se montrent très actifs. En effet, il s’agit de défendre les intérêts moraux et matériels des adhérents, de contribuer au développement du secteur en relation avec les donneurs d’ordre, l’État et les institutions publiques.

L’APIC se propose également d’orienter, d’encadrer ses adhérents et de veiller au développement de leurs exploitations et de leurs produits.

L’APIC a décidé d’organiser une journée nationale dédiée à l’étude des problèmes relatifs à la promotion immobilière, entre autres l’examen de tous les obstacles qui empêchent le développement du secteur avec la participation effective de toutes les parties prenantes, y compris l’Administration, en vue d’aboutir à des recommandations relatives aux solutions susceptibles de résoudre les problèmes actuels, à savoir la lourdeur de la fiscalité, la pénurie des terrains constructibles, le prix élevé des matériaux de construction, le manque de qualification de la main-d’œuvre.

 Ridha Lahmar

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