Panel 3: Quels sont les partenariats à conclure ?

Après avoir fait le bilan dérisoire de la transition politique et analysé les interférences multiples et pernicieuses de l’Islam et de la politique, le 3e panel a été consacré à l’étude des partenariats susceptibles d’être conclus pour favoriser la réussite de la transition démocratique, mais aussi socioéconomique.

C’est M. Tahar Sioud, ancien ministre, qui a présidé et animé ce panel.

 

Dans son introduction, M. Sioud a formulé plusieurs réflexions. La notion de transition est à la fois politique, mais aussi économique, avec remise en cause du mode de la gouvernance, mais aussi sociale avec les réponses à apporter aux ambitions de la Révolution. Le président de séance a soulevé une interrogation intéressante : la Tunisie a-t-elle vécu une révolution ou tout simplement un affrontement qui a engendré un changement politique, en somme accidentel et donc non voulu ?

M. Sioud n’a pas caché qu’il privilégie la dernière hypothèse.

Il a ajouté «ce qui nous préoccupe c’est que le pouvoir n’ait pas conscience qu’il devait donner l’espoir d’un avenir meilleur et répondre aux revendications des révolutionnaires.»

L’État doit redéfinir son rôle et changer la donne. Or les outils existent, notamment le partenariat avancé avec l’UE. Il s’agit d’un édifice complexe auquel il faut donner un contenu qualitatif avec diversité des secteurs de coopération afin d’en tirer des. Il s’agit d’élaborer une vision cohérente, de définir les objectifs ainsi que le rythme.

L’intervention de M. Jannis Sakalariou, ancien député européen, a été enrichissante. Il a affirmé que depuis le 14 janvier 2011 il y a eu de nouveaux paramètres pour le partenariat UE-Tunisie et que la base contractuelle avait changé.

Il s’agit de pragmatisme et non d’idéologie : experts et société civile doivent négocier pour donner du contenu aux accords de coopération économique.

Expert économique, M. Sakalariou constate que l’économie tunisienne ne s’est pas effondrée et que les entreprises économiques résistent à la crise. Les relations commerciales et financières entre l’UE et la Tunisie restent fortes et s’intensifient, mais  le partenariat entre l’UE et la Tunisie doit se hisser à un niveau stratégique, a-t-il affirmé. C’est ainsi que les jalons relatifs à un plan d’action 2013-2017 ont été posés. Il ne s’agit pas d’un texte contraignant, mais d’un engagement politique de part et d’autre avec des objectifs à atteindre.

Selon M. Sakalariou il s’agit de trois axes. Tout d’abord une coopération politique profonde, un dialogue portant sur la bonne gouvernance, l’instauration d’un État de droit avec des réformes relatives à l’indépendance de la justice et à la sécurité.

Ensuite, les défis à relever pour la relance économique, l’intégration au marché européen, le développement solidaire et durable, la suppression des obstacles non tarifaires et l’instauration d’une zone de libre-échange relative aux services et aux produits agricoles.

Il s’agit d’envoyer un message fort aux investisseurs directs étrangers.

Enfin, instaurer un partenariat plus étroit entre les peuples dans les domaines de la formation et de l’emploi, la recherche, la jeunesse, l’enseignement supérieur… allant jusqu’au partenariat de mobilité. Objectif : instaurer une coopération efficace et inclusive et des relations étroites entre les sociétés civiles.

L’orateur a affirmé qu’il importe de relever plusieurs défis à l’avenir : relancer l’économie, instaurer une démocratie durable, mettre en place des relations sociales et culturelles entre UE et Tunisie, approfondir la mise à niveau, réaliser des réformes structurelles et des infrastructures de base…

L’UE doit s’engager encore plus dans la réussite du processus transitionnel et l’intégration économique sous-régionale au Maghreb, ce qui équivaut à 2% en plus de croissance économique par an.

 

Les sept composantes de la transition

Selon M. Andreu Bassols, Directeur de l’IEMED à Barcelone, fin connaisseur des rouages de la Commission européenne et aussi de la Tunisie, les composantes de la transition sont au nombre de sept.

Il y a tout d’abord la composante juridique qui porte sur le cadre institutionnel et qui doit procéder selon une approche consensuelle.

Ensuite, il y a la justice transitionnelle à mettre en place : pas d’impunité, mais nécessité de rendre la justice.

La réforme du système de sécurité est une priorité incontournable.

Il est également nécessaire de respecter la liberté de la Presse qui doit être indépendante de tout pouvoir ou parti politique et être pluraliste.

La transition économique sera sûrement difficile à assurer, mais il s’agit d’un facteur indispensable pour favoriser la réussite du processus démocratique. Il s’agit d’améliorer les conditions de vie de la population : création d’emplois, augmentation du pouvoir d’achat, répartition des revenus de façon plus équitable.

Enfin, il faut promouvoir une culture nationaliste : les mentalités doivent évoluer tout en favorisant l’intégration régionale.

Alors que l’UE cherche à atteindre trois objectifs légitimes et réciproques : 

– promouvoir la stabilité et la sécurité,

– influencer le choix des décisions,

– accéder aux marchés du Sud de la Méditerranée.

L’UE est encore loin d’être un acteur géostratégique dans la région, mais elle aspire à l’être.

La Tunisie mérite de bénéficier d’un programme d’investissement qui ressemblerait à un plan Marshall malgré la crise qui sévit en Europe. Il s’agit d’un partenariat de nécessité, car elle est en concurrence avec d’autres groupements d’intérêts : religieux, économiques, stratégiques…

 

Émergence d’une nouvelle équation stratégique

M. Khlifa Chater, historien, a donné un aperçu pertinent et une lecture intéressante des changements du paysage politique qui ont lieu actuellement en Tunisie.

Ces changements portent sur l’apparition de nouvelles élites politiques, la prise en compte de groupuscules extrémistes très actifs, l’émergence des discours de prédicateurs venus du Proche-Orient, la mise en place de fronts de partis d’opposition.

Le Qatar et la Turquie apparaissent comme des puissances étrangères qui ont des ambitions de rapprochements politiques et économiques avec notre pays.

Or, il y a contradiction entre les affinités idéologiques et les intérêts économiques vitaux qu’il convient de sauvegarder.

Un décrochage avec l’Europe est inconcevable et impossible, car les échanges avec l’UE représentent 80% de notre commerce extérieur.

Tout cela implique, selon notre orateur, la reconsidération des enjeux des priorités ainsi que la redéfinition d’une nouvelle équation stratégique.

 

Un débat animé et passionné

Le président du panel, Tahar Sioud, a ouvert le débat en posant deux questions : dans quelle mesure l’Union européenne apporte-t-elle son soutien à l’intégration économique du Maghreb ?

Le Gouvernement tunisien actuel peut-il engager le pays à long terme en prenant des mesures décisives ?

M. Salem Kilani, consultant, propose à l’UE de financer d’urgence un plan Marshall en faveur de la Tunisie pour éviter que l’AQMI ne forme des terroristes dans les régions pauvres de l’intérieur du pays, qui menaceront ensuite l’Europe comme l’a affirmé le président Obama.

De son côté, l’Amiral Dufourcq a informé l’assistance que les travaux de prospective stratégique ont abordé la question de la viabilité du modèle européen qui comporte vingt-neuf pays en ce moment alors que l’on parle d’une zone de libre-échange transatlantique qui inclut les USA.

Les deux autres scénarii possibles étant une zone euro-méditerranéenne et une zone eurasiatique incluant la Russie.

La taille optimale étant un milliard d’habitants sur neuf en 2020. Il s’agit d’une vision à long terme, sur 10 ou 20 ans, la place de la méditerranée étant au centre de la zone.

De son côté, M. Andreu Bassols a affirmé qu’il y a une nécessité pressante pour l’intégration de la Méditerranée du Sud dans l’UE, car elle a été marginalisée depuis 50 ans, surtout qu’il y a eu extension de l’UE vers l’Est. Ce sont les pays de l’Europe du Sud qui doivent plaider en faveur de l’intégration de la Méditerranée dans l’UE en raison de l’existence de relations étroites.

Ridha Lahmar  

 

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