Notre pire ennemi, c’est nous-mêmes

Par Foued Zaouche*

 

Un débat a eu lieu le 19 juin sur la chaîne Hannibal entre trois économistes crédibles qui ont décrit les menaces pesant sur la Tunisie que la journaliste qui animait le débat n’a pu conclure, la mine défaite, que par un « pauvre Tunisie !».

L’économie est sans concessions, ce sont des chiffres avec lesquels il n’y a pas d’états d’âme. C’est une réalité crue à l’image du portefeuille de chacun d’entre nous.  Chaque Tunisien et chaque Tunisienne se débat avec la réalité cruelle du coût de la vie, de l’inflation, du manque de perspectives.

Les économistes ont été unanimes pour décrire les aberrations commises par ce gouvernement dont l’endettement excessif menace les équilibres de la Tunisie qui reste un pays pauvre qui n’a ni les ressources naturelles ni les infrastructures pour rembourser une dette qui dépasserait les 50%. Surtout que les derniers prêts contractés servent aux dépenses de fonctionnement au lieu de servir aux investissements. Tout le monde peut comprendre  que l’emprunt doit contribuer à créer des richesses qui serviront à rembourser ces mêmes emprunts. Lorsque nous en sommes à nous endetter pour payer les dépenses courantes, c’est que nous sommes entrés dans un cycle infernal qui aboutit à une banqueroute à plus ou moins longue échéance.

Les économistes ont été unanimes pour mettre comme première priorité la nécessité absolue de sortir de cette situation politique opaque pour avoir enfin un gouvernement légal issu des urnes, pour que ce gouvernement travaille dans la durée et dans la clarté et que nous puissions aborder les vraies problématiques de notre pays que sont le chômage, le développement, le pouvoir d’achat, l’éducation, la santé… Au lieu de cela, nous avons des controverses stériles sur l’Islam et des surenchères sur la foi. Les religieux ont confisqué le débat public et ont fait de la religion un commerce en abusant de la parole divine pour asservir les consciences.

J’ai l’impression parfois de me tromper de siècle et d’être plongé dans un feuilleton sur un moyen-âge obscurantiste. J’entends des cheikhs vitupérer avec violence et haine, créant la division et l’exclusion et, plus que jamais, je comprends que le pire ennemi se trouve en nous-mêmes. 

Au nom de Dieu le Clément et le Miséricordieux. Où est la clémence, où est la miséricorde dans les prêches enflammés de ces imams haineux et vindicatifs? Dieu aurait-il besoin de ces petits êtres semblables à des lucioles éphémères pour contraindre les gens à devenir croyants ? Au lieu de délivrer le message d’amour et de tolérance de notre si belle religion, ils préfèrent incendier leur discours avec des paroles de haine et de violence.

Personne ne peut évacuer d’un revers de la main le scénario de l’horreur car nous pouvons être contaminés par le virus de la haine qui détruit le monde arabe. Pour cela, observons le spectacle désolant de l’Irak et de la Syrie, pour ne prendre que les plus emblématiques, plongés dans une frénésie d’autodestruction. Voilà qu’à présent, on veut ressusciter  le conflit entre les sunnites et les chiites vieux de plus de quatorze siècles avec les mêmes rancunes, les mêmes arguments comme si le temps s’était effacé, n’est-ce pas là une attitude incroyable de bêtise et d’irresponsabilité ?

Au lieu de grandir l’homme par la connaissance et l’éducation, on suscite en lui  ses plus bas instincts jusqu’à lui faire aimer le sang comme l’ultime destruction alors que des potentats se prélassent dans leurs palais de marbre climatisés, tirant les ficelles de ces tragédies qui ensanglantent le monde arabe, seulement occupés à obéir à leurs donneurs d’ordre en échange de leur maintien au pouvoir et de la conservation de leurs privilèges.

Pendant que le monde asiatique connaît une croissance à deux chiffres comblant avec une rapidité qui force le respect et le retard avec les nations les plus développées, le monde arabe s’enlise dans ce qu’il faut bien appeler une barbarie déplorable. 

Alors comment considérer la prétention de ces cheikhs qui veulent nous gouverner, croyant détenir la vérité révélée alors qu’ils ne sont que des fantômes du passé qui veulent nous maintenir dans la crédulité et l’ignorance pour mieux nous asservir et nous dominer ? 

Certains veulent à présent instaurer le califat comme le meilleur des régimes qui nous assurerait la meilleure des gouvernances et l’union de toutes les nations arabes dans la Oumma islamique. Encore un rêve dont ceux qui le portent n’ont pas tiré les leçons de l’Histoire, se croyant meilleurs que leurs aînés. Ils n’ont rien compris à la passion destructrice des hommes, ils n’ont pas compris que la démocratie et l’équilibre des pouvoir sont le meilleur des remparts contre la folie des hommes. Ne voyons-nous pas combien l’amour du pouvoir est capable de susciter les pires vilenies ?

Le principe du contre-pouvoir est fondamental pour comprendre l’essence même de la démocratie dont le but principal est de se protéger du pouvoir absolu. C’est une évolution essentielle de la conscience humaine que d’accepter l’équilibre des pouvoirs.                                                                                           

                                        

  *Artiste-peintre et portraitiste

www.fouedzaouche.com

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