L’ISIE piétine, les LPR se préparent

Imed Dghij et Recoba, deux chefs de la Ligue de protection de la Révolution du Kram ont été arrêtés, dans l’après-midi du samedi 25 mai, pour “participation à une manifestation non autorisée”, en application de l’état d’urgence, enfin appliqué avec plus de sévérité après les incidents de la semaine précédente. Ils ont été libérés le soir même, après avoir signé, avec d’autres manifestants, un engagement à se soumettre à l’avenir aux injonctions des forces de l’ordre.

À sa libération, Imed Dghij — qui a un procès en instance renvoyé du 27 mars au 24 avril, tombé depuis dans l’oubli — a fait une déclaration où il a notamment protesté contre la procédure d’adoption par l’ANC de la loi sur l’immunisation de la Révolution, qui comme on le sait exclut les partisans de l’ancien régime des hautes fonctions administratives et de la candidature aux prochaines “élections”. Il a déclaré qu’il n’est pas question qu’il y ait des élections si Nidaa tounes y prend part ! Quant à Recoba, il a, lui, appelé les forces de l’ordre à s’en prendre à Béji Caïd Essebsi, a remercié le CPR et le parti Wafa de les avoir soutenus, et a appelé Ansar Acharia à “propager son message dans les rues” !

On se souvient des nombreuses attaques menées par les différentes sections des LPR à travers le pays, à l’occasion de l’installation de sièges locaux de différents partis démocratiques, dont l’existence sera indispensable pour la préparation des élections et leur tenue. On rappellera seulement, une fois de plus, le lynchage de Lotfi Neguedh à Tataouine, les attaques contre Nidaa Tounes à Ksar Helal, Djerba et Sidi Bouzid. La presse démocrate, écrite et parlée, a été elle aussi l’objet de manifestations de mécontentement (à Tunis avec l’attaque de Nessma TV, à Sousse quand de nombreux téléviseurs ont été jetés sur les plages) et ne parlons pas du 9 avril sur l’Avenue Bourguiba ni du 4 décembre au siège de l’UGTT !

En attendant, le maillage du territoire se poursuit : le journal on line Achahed a signalé la création à Gafsa de trois nouvelles sections de la LPR pour conforter celle qui existe déjà, et l’on sait combien la région de Gafsa est l’une des plus sensibles et en même temps des plus importantes du point de vue économique. Les responsables de ces sections se sont affirmés “indépendants de tout parti politique”. On veut bien les croire…

Last but not least, une manifestation de la  LPR, interdite le matin même par le ministère de l’Intérieur, s’est tenue samedi 1er juin sur l’Avenue Bourguiba, avec les mêmes slogans et les mêmes mesures déjà cités plus haut et renouvelant leurs menaces. Alors, qui aura le dernier mot ?

 

* L’ANC en ébullition : au moment où le draft de la Constitution est, paraît-il, fin prêt, on annonce qu’il sera proposé à l’Assemblée en séance plénière d’ici une quinzaine de jours pour être vôté article par article. Si je ne m’abuse, cela nous mènera facilement au mois de Ramadan… Quant à l’ISIE, elle s’embourbe dans les votes pour sa création.

Mais l’ANC a d’autres problèmes. Après la motion de censure contre le chef du gouvernement le mois dernier, ces derniers jours ont connu un grand remue-ménage dans l’hémicycle : la motion de censure contre le président de la République, la pétition contre le député Mongi Rahoui à la suite de ses propos concernant les primes des Constituants, la pétition de 53 élus pour retirer le critère d’âge minimum de candidature aux instances électives et, enfin, la motion de censure contre Mustapha Ben Jaafar.

Je vais développer cette dernière, car elle est en rapport avec le sujet des élections traité ci-dessus. En effet, on apprend que 88 députés — d’Ennahdha, du CPR et de Wafa — reprochent au président de l’ANC de “faire obstacle à la discussion en plénière de la loi sur l’immunisation de la Révolution”.

En effet, cette loi permettrait d’éliminer des prochains scrutins des hommes politiques qui les gênent et qu’ils craignent de voir élus.

On comprend d’autant moins cette précipitation quand on se souvient que Rached Ghannouchi lui-même a déclaré le 25 février 2013 dans un entretien à La Presse que «la Justice transitionnelle doit passer avant la loi d’immunisation de la Révolution». Cette même affirmation a été reprise pour Samir Dilou, le ministre justement en charge des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle, dans une déclaration à Mozaïque FM, le 9 mai. Et c’est parfaitement logique, puisque les tribunaux qui auront à traiter les affaires de la Justice transitionnelle auront toute latitude pour juger sereinement — et non dans la précipitation — “les hommes du passé” qui méritent vraiment d’être éliminés des futures  compétitions électorales, tout en laissant le champ libre à ceux qui n’auront pas été condamnés.

En même temps que le meeting de la LPR se tenait à Sfax, dans l’enceinte de la Foire, un grand rassemblement réuni par le CPR en présence de plusieurs responsables du parti, tels qu’Imed Daïmi et Abdelwaheb Maater, avait pout but de réclamer d’“immuniser la Révolution” le plus tôt possible.

LPR et CPR même combat, on le savait… Encore une fois, qui aura le dernier mot ? Sans aucun doute, le peuple tunisien, celui qui a fait la Révolution et non ceux qui en ont profité !

 

* Surveillance tous azimuts : les évènements du Jebel Chaambi ont permis la nécessité de surveiller étroitement nos frontières, et c’est le rôle essentiel de l’armée. Mais les aéroports du pays ont aussi une frontière susceptible d’être poreuse et c’est pour cela qu’il faut féliciter notre ministre de l’Intérieur qui vient de refouler (le6/5) huit prédicateurs venant du Golfe pour “islamiser” ce peuple qu’ils considèrent comme mécréant. Avec l’explosion de la mine du 5 juin, en plein village au pied du Chaambi, on peut craindre une extension du terrorisme vers les villes, facilité par des dépôts d’armes non encore découverts, mais on sait que certaines mosquées sont des “réservoirs” de salafistes… Comme l’a dit Lotfi ben Jeddou “combattre le terrorisme a un prix” et donc aucun lieu ne doit être intouchable.

Raouf Bahri     

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