Le piège de la démocratie

Par Foued Zaouche*

«Nous gagnerons les élections et les suivantes… », c’est ainsi que s’exprime Rached Ghanouchi devant ses partisans. On reste coi devant la prétention et la fatuité de cet homme qui semble ne pas voir la situation réelle du pays. Vit-il une telle transe que le pouvoir lui a tourné la tête en s’imaginant « marcher sur les eaux » ou est-ce un homme politique redoutable qui connaît la Tunisie bien mieux que personne ? 

Si c’est le cas, où puise-t-il cette certitude de gagner ? Dans cette Tunisie profonde qui vit une telle misère qu’elle ne serait plus concernée par l’avenir du pays ? Dans une Tunisie prête à s’enfermer derrière les barreaux d’une certitude annihilante, une Tunisie capable de tourner le dos à l’Histoire et de s’engouffrer pour « l’éternité » dans un code de pensées destructeur d’espoirs à l’image de ces jeunes que l’on embrigade pour mener le djihad avec comme récompense le paradis et ses promesses ? Allons-nous devenir un pays moyen-oriental avec ses pesanteurs culturelles et ses retards psychologiques comme par exemple, lorsque nous observons atterrés le spectacle de ces femmes couvertes de la tête aux pieds qui représentent la pire humiliation pour un homme ? Il faut rappeler que ces femmes qui se couvrent ainsi ne se protègent que des regards concupiscents des hommes assimilés à des animaux en rut permanent.

Peut-être que ce cheikh connaît finalement bien mieux ce qu’on appelle la Tunisie profonde et, fort de ses militants disciplinés et des structures de son parti ainsi que de toutes les associations religieuses qui trament le pays et qui militent pour l’instauration d’un régime islamiste, fort de tout ce travail souterrain  accompli au sein des quartiers populaires, ce cheikh se permet de rêver d’une victoire prochaine surtout si on ajoute à tout cela la nature humaine si faible et si corruptible de certains qui sont prêts à s’allier au diable pour récolter quelques strapontins ministériels.

Croit-il sincèrement pouvoir encore une fois berner les Tunisiens et faire l’impasse sur son bilan politique, économique et social désastreux? Il faut bien du mépris pour ce peuple que de compter encore une fois sur sa naïveté et son inexpérience pour se faire élire. Il faudra qu’il explique comment notre endettement a progressé de 36% à 50% en deux ans ? Comment la vie a doublé durant la même période ? Comment notre chômage ne cesse d’augmenter ? Comment le terrorisme s’est installé dans notre pays avec une politique laxiste irresponsable ? Comment notre vie politique est menacée par des groupes qui semblent agir avec la complicité de l’État lui-même puisqu’ils agissent en toute impunité… ? Il faudra que ce personnage en dehors de l’Histoire accepte d’assumer son bilan.

J’ai entendu sur Express fm le commentaire extrêmement pertinent d’une auditrice qui se demandait comment un gouvernement officiellement provisoire se permet d’hypothéquer l’avenir de la Tunisie pour des générations avec ces emprunts qu’il pratique  à tour de bras ? En effet, ce gouvernement a été élu par une Assemblée constituante chargée seulement de rédiger une Constitution et de gérer les affaires courantes. Les élections du 23 janvier ne se sont pas déroulées sur un programme même si on se rappelle les 365 propositions proposées par Ennahdha, une par jour et dont on connaît le sort. Un prochain gouvernement issu d’élections libres et transparentes pour un mandat déterminé serait en droit de remettre en question la légitimité de ces dettes car celles-ci ont été conclues par un gouvernement provisoire qui n’avait pas mandat  pour endetter le pays.

La véritable question qu’il faut se poser et qui engage l’avenir du pays est : l’islamisme politique est-il capable d’évoluer pour rejoindre les grands principes de droit devenus universels comme l’instauration d’une véritable démocratie qui respecte les libertés individuelles et celles des minorités, comme le principe d’égalité des droits et des devoirs entre tous les citoyens, hommes et femmes ? Les islamistes pourront-ils se libérer de ce carcan juridique et social édifié au cours des siècles qu’on appelle la charia et qui est loin de représenter la parole divine, se libérer de cette masse de législations et de commentaires établis par des ulémas au service des pouvoirs de l’époque et qui ne représentent pas la société d’aujourd’hui et qui trahissent surtout le message d’amour et de tolérance qui parcourt notre Livre Saint. Rached Ghanouchi n’a-t-il pas affirmé lors de son dernier voyage aux Etats-Unis qu’il n’y a « nulle contrainte en religion ». Est-ce encore une fois des propos purement médiatiques pour rassurer les occidentaux ?

Le piège de la démocratie va-t-il se refermer sur nous en amenant au pouvoir les ennemis de la démocratie, l’Histoire le dira.

Artiste-peintre et portraitiste

 www.fouedzaouche.com

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