Le coup de fouet de la Révolution

Encore des résultats désolants : au lieu de régresser, le tabagisme progresse en Tunisie et ses effets néfastes aussi. D’après des responsables au ministère de la Santé, les chiffres annoncés cette année font froid dans le dos.

 

Le nombre de décès lié au tabac est passé de 7000 à 10.000 au cours de l’année passée. Le pourcentage des fumeurs est  en nette  progression depuis la Révolution. Les hommes adultes  fumeurs représentaient 50% de l’ensemble de cette catégorie de la population. Aujourd’hui ils sont 60 à 65 % à être accros à la cigarette. Quant aux  femmes, elles sont passées de 10 à 15%,les  adolescents de 13 à 15%, ils  sont 24% à fumer alors qu’ils n’étaient que 18% en 2011. Chez nos voisins, au Maroc par exemple, seuls 34, 8 % des hommes et 1% des femmes sont fumeurs. Pourquoi ?

 

Des abus partout !

Le programme antitabac en Tunisie est mené par le ministère de la Santé depuis plus de 20 ans sans interruption. Alors pourquoi ne marche-t-il pas ? 

Au ministère de la Santé, on croit dur comme fer que les effets de la Révolution sont pour beaucoup dans ce recul du programme antitabac. Les citoyens ne respectent pas les lois a fortiori lorsque celles-ci ne sont pas  appliquées, comme celle qui interdit de fumer dans les endroits publics. Or, on le constate tous les jours, les gens fument partout : dans les hôpitaux, dans les aéroports, dans les administrations, dans les cafés, les restaurants, les salons de thé, etc.

Cette loi antitabac est également incomplète puisqu’elle ne s’accompagne pas de mesures  complémentaires comme l’augmentation réelle du prix du tabac, premier facteur à avoir un impact réel sur la baisse de la consommation. Cette loi ne mentionne pas non plus l’interdiction de vente de cigarettes aux mineurs.  Ajoutons à ce constat les problèmes de contrebande auxquels fait face actuellement le pays, qui permet de se procurer des cigarettes à bas prix vendues en toute  liberté. Ainsi l’on comprend bien les raisons de cette augmentation de la consommation.

 

Absence de stratégie ciblée

En ce qui concerne  le programme national antitabac, il n’est pas au point non plus. On sait que le ministère de la Santé  a chargé un expert pour évaluer ce programme dans toutes ses composantes. Et des points faibles ont été relevés.

Il n’y a pas de stratégie ciblée concernant la sensibilisation des citoyens. Tout le monde parle des méfaits du tabac, organise des manifestations à ce sujet, sauf les véritables experts.

L’année dernière, lors de la journée nationale antitabac, on nous avait promis que des messages sanitaires seraient apposés  sur les paquets de cigarettes, avec une interdiction d’utiliser la mention light. Promesses non tenues. Il ne faut pas pour autant dénigrer les efforts qui sont menés par certaines personnes dans cette lutte contre la cigarette. Ainsi des manifestations de sensibilisation ont été organisées dans tout le pays mettant particulièrement l’accent sur le droit des non-fumeurs à respirer un air libre et pur. On sait que les nonfumeurs vivant auprès de fumeurs partagent les mêmes effets néfastes du tabac.

 

OMS : mise en garde

Quant à l’Organisation mondiale de la santé, elle  appelle les pays à «interdire toutes les formes de publicité en faveur du tabac, de promotion et de parrainage en vue de contribuer à réduire le nombre de consommateurs de tabac». Elle rappelle que  le tabagisme tue presque six millions de personnes chaque année. 

Toujours selon l’OMS, même lorsque des interdictions sont en place, l’industrie du tabac trouve toujours de nouvelles tactiques pour cibler des fumeurs potentiels, offrant des cadeaux et commercialisant des produits griffés (vêtements par exemple) et ce particulièrement à l’intention des jeunes.C’est ainsi que s’effectue un marketing insidieux consistant par exemple à recruter des faiseurs de tendance, chargés d’exercer leur influence dans les cafés et les boîtes de nuit, avec utilisation d’Internet et des nouveaux médias. Des applications pro-tabac pour smartphone ou encore des débats en ligne sont orchestrés par des salariés des multinationales se faisant passer pour de simples consommateurs; le «placement produit» est aussi pratiqué, exposant les marques dans des films et à la télévision. 

On a rencontré ce phénomène en Tunisie, où l’on a pris en flagrant délit des personnes distribuant gratuitement des bonbons à la nicotine autour de nos écoles.

Le chemin vers une Tunisie sans tabac est encore très long et semé d’embûches. Il va falloir réunir les énergies pour y parvenir et il semblerait que la société civile  ait un grand rôle à jouer, si elle ne veut pas voir l’espérance de vie de ses enfants baisser.

Samira Rekik

 

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