Histoire, mer, montagne

Par Alix Martin

Qui a eu l’idée un jour de séjourner à Nefza ? D’abord, où est-ce que ça se trouve ? Sur la route de Tabarka, mais, on n’y passe plus guère depuis l’existence de la « route des Chinois » ! Eh bien, venez y faire un tour ! Après tout, vous n’êtes qu’à une trentaine de kilomètres de Tabarka.

 

La Mer

Abordons la région par la mer. Une méditerranée de rêve borde une côte que volontairement nous limiterons à la portion comprise entre Sidi Mechrig et l’embouchure de l’Oued Berkoukech : une vingtaine de kilomètres de part et d’autre de Nefza : la « Côte du corail ».

Au loin, les ombres bleues de l’archipel de la Galite bordent l’horizon. Les sables de Sidi Mechrig, surmontés des arcades d’un monument antique, ont noyé le port dont il ne subsiste que les quais. Vous voyez l’histoire est présente partout. Ici, dès l’époque romaine mais aussi aux XVIe -XVIIe siècles, Béja exportait ses produits agricoles. La pêche et le commerce très lucratif du corail rouge : l’or rouge de la Méditerranée, engendraient une concurrence effrénée entre les Gênois, installés à Tabarka, et les Français qui tenaient Cap Negro. Malgré la prise de Cap Negro et de la citadelle de Tabarka par les troupes beylicales en 1741, les Français réussirent à rétablir leurs privilèges de pêche et continuèrent à bâtir des fortunes colossales jusqu’au XIXe siècle.

Un peu plus loin, les pentes du Jebel Chitane dévalent jusque dans la Méditerranée. Dans une « conque », une source pérenne entretient la tourbière de Mejel Echitan, protégé par la Convention de Ramsar parce qu’elle a une importance internationale. En Tunisie, c’est la seule zone humide où les nénuphars prospèrent, tandis que, tout autour, les chênes lièges et zéens, le houx, l’arbousier, la bruyère arborescente et même l’oléastre protègent de magnifiques orchidées. Dans les feuillages, des oiseaux endémiques : les mésanges bleues et charbonnières (d’Afrique) tiennent compagnie au pinson des arbres africain lui aussi, au pic et au rouge-gorge. La mangouste, la hyène rayée endémique, la genette, le porc-épic et sans doute la belette cohabitent avec les nombreux sangliers.

Pour les amateurs de promenades hors des sentiers battus, un tour du Jebel Chitane, en 4×4 ou en V.T.T. est un vrai plaisir. Un raid sur les pistes forestières jusqu’à Cap Negro ou un vrai treck pédestre permet de découvrir une des plus belles et plus « sauvages » régions du pays. Le petit oratoire isolé de Sidi Ali à 400 mètres d’altitude du Kef Randa ou les vestiges d’époque romaine au bord du petit oued côtier de l’Oued Goussa à 2,5 ≈ 3 kilomètres, au nord-est de Cap Negro, sont de vraies découvertes.

Et Cap Negro ! Les vestiges des installations des pêcheurs de corail ont pratiquement disparu mais des amateurs de sites superbes y ont fait construire de belles maisons ces dernières années. Les amateurs de pêche aux gros poissons en barque et les plongeurs s’y régalent.

Tout l’arrière pays boisé est très giboyeux : sangliers et bécasses abondent. Les chasseurs à pied rencontrent les haouanet de Makta El Hadid (7G42’E – 41G14’N) de Ragoubet Kralled (7G52’E – 41G14’N) et ceux d’El Biban (7G47’E – 41G16’N) de part et d’autre de la piste menant à Cap Negro. C’est par là que nous avons vu une loutre pour la dernière fois.

Mais il nous faut aller à l’embouchure de l’Oued Zouara. Dommage, le barrage de Sidi El Barrak a submergé des marais où les bécassines venaient par milliers en hiver. Mais les plages de sable sont toujours aussi belles et le vent de nord-ouest joue encore à découvrir ou à voiler les campements préhistoriques. Nous en connaissons plus d’une dizaine, éparpillés sur les dunes.

Les plages sont bordées par de très belles plantations relativement récentes de pins pignons et d’acacias.

Dans les sous-bois, prolifèrent le chêne kermès, le lentisque et les genévriers oxycèdre ou de Phénicie. A la belle saison, les berges des oueds sont couvertes de lauriers roses en fleurs.

Enfin, nous arrivons à la plage de Berkoukech, magnifique mais dont les courants sont dangereux.

Vous voyez, nous n’avons pas de place pour décrire la plage de la Jabbara bordée d’eucalyptus et de chêne kermès qui sont ici de grands arbres.

Nous n’avons pas le temps de nous attarder sur la plage de Ras Rajel proche de l’aéroport. Il faudrait écrire un article réservé aux plages du « Nefzaois » !

 

La Montagne

Si nous adoptons la même limite que pour la mer : un demi-cercle de 20 kilomètres autour de Nefza, il va partir de Sedjenane, passer, au sud, par le bourg de Fatnassa sur la route de Béja, frôler les rives du lac du barrage de l’Oued Kasseb et englober, à l’ouest, Zaga ainsi que les pentes nord-est du Jebel Guessaa.

Tout est possible dans cet environnement. Les cigognes et les passées de bécasses des environs de Sedjenane ! La véritable « route des haouanet » va aller jusqu’à Zaga et au-delà, jusqu’à Kef El Blida orné d’une peinture pariétale unique au monde. Nous apprécions particulièrement le défilé de Khanguet Kef Tout sur la route de Béja et la petite route qui prend à gauche, franchit l’oued et ramène à travers des collines boisées ou couvertes de maquis parfumés vers Amdoun / Zaouiet Medien.

Amis chasseurs, allez prospecter la région pour la prochaine « ouverture » : les perdrix, abondent, les fleurs et les autres oiseaux aussi !

Tous les amateurs de sangliers apprécient les monts autour de Nefza. Mais les ornithologues ne connaissent pas encore toutes les possibilités du lac du barrage de Sidi El Barrak. Il a « drainé » une grande partie des oiseaux vivant antérieurement sur le lac Ichkeul avant qu’il ne soit trop salé. Nous y avons vu des grèbes nager à toute vitesse, cou tendu verticalement, lors de leur parade nuptiale et des busards des roseaux offrir en vol, une proie à une femelle qui ne l’attrapera que si elle est séduite ! Nous y avons admiré une seule fois, le piqué d’un balbuzard : aigle pêcheur, qui s’immerge presque complètement et s’arrache de l’eau à grands battements d’ailes, emportant dans ses serres, un beau poisson de près d’un kilo. Le lac a-t-il été empoissonné ou contient-il des « barbeaux » locaux ?

On ne peut pas ne pas évoquer les collines rouges de Tamera qui tranchent sur le vert de la végétation. On doit parler du développement agricole d’Ouchtata, qui est une réussite, des belles constructions qui se multiplient à Aïn Sobaa. C’était un hameau, il y a quelques années. Il faut conseiller aux visiteurs de se rendre à la réserve du Jebel Khroufa toute proche puis d’emprunter la magnifique petite route qui grimpe en pleine montagne vers d’abord la « Rcheda touila » : une énorme roche dressée verticalement au bord de la route en souvenir d’un culte antique. L’Islam l’a combattu en faisant construire tout autour trois « marabouts ». Cette petite route de montagne aboutit à Aïn Snoussi sur la « route des Chinois ».

Et enfin, « last but not least », dire en quelques mots, que Nefza grandit très vite. Elle a acquis ces dernières années presque toutes les prérogatives d’une grande « ville ». Mais oui, nous y avons apprécié un hôtel. Elle a, depuis la construction du barrage, des allures de ville du littoral : le lac de retenue arrive non loin des dernières maisons. Désormais, chasse, pêche, randonnées, sports nautiques, excursions culturelles – les haouanet sont au pied du viaduc ! – beaucoup de centres d’intérêts peuvent attirer et satisfaire de très nombreux visiteurs.

 

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