Difficile transition économique dans les pays du Printemps arabe, dans les autres aussi !

Par Hakim Ben Hammouda

Une idée avait prévalu ces derniers mois et soutenait que les pays arabes qui n’ont pas connu de transition politique ou de révolution jouissent d’une forte croissance économique et ont pu mettre cette stabilité politique en faveur de leur développement. Cette idée a été confortée par une importante détérioration de la situation économique des pays du Printemps arabe durant les deux dernières années. En effet, dans la plupart de ces pays, la croissance a été stoppée lors des premiers mois post-révolutions du fait des mobilisations sociales, des manifestations et des violences. Tous les pays du Printemps arabe étaient en récession en 2011 et la reprise en 2012 a été faible sauf pour la Libye. Par ailleurs, les grands équilibres macroéconomiques se sont fortement détériorés avec un accroissement des dépenses sociales des États et une croissance rapide de l’importation pour répondre à une hausse de la demande interne dans un contexte marqué par le recul de l’investissement et de l’offre. La détérioration de la situation macroéconomique a été à l’origine d’une accélération de l’endettement. 

Les pays qui sont restés en dehors de la vague du Printemps arabe, ont connu une grande embellie économique durant la même période. Certes, les pouvoirs publics ont été amenés à renforcer leurs dépenses sociales et à négocier un répit dans cette vague révolutionnaire, ce qui a alourdi les pressions sur le budget de l’État. Mais, globalement ces pays ont pu maintenir une dynamique de croissance forte et prévenir une détérioration de leurs grands équilibres macroéconomiques en dépit d’une conjoncture internationale difficile. 

Ainsi, c’est une économie arabe à deux vitesses qu’on a vu naître durant les années post-révolution et un grand écart est apparu entre ceux qui ont adhéré à l’idéal révolutionnaire et ceux qui ont défendu bec et ongles l’ordre et la stabilité. On a assisté à une sorte de revanche de l’autoritarisme sur les « chimères de la révolution ».

Or, cette victoire semble être de courte durée. En effet, les projections de la croissance publiées par le FMI récemment, tendent à remettre en cause cette divergence et le gap est en train de se rétrécir. En effet, les pays du Printemps arabe semblent renouer avec la croissance pour certains d’entre-eux. A l’exception de la Syrie où la guerre civile et la violence sont en train de détruire l’économie, les autres pays arabes retrouvent les chemins de la croissance même si celle-ci reste fragile et encore faible. Cette reprise est le résultat des politiques de relance budgétaire et de politiques monétaires accommodantes même si elles ont eu pour effet de relancer la consommation au détriment de la production et de l’offre. 

En même temps, les autres pays arabes connaissent une baisse de leur croissance du fait des effets de la crise globale. Il faut souligner qu’une grande partie de ces pays sont exportateurs de pétrole et de gaz et ont vu par conséquent la demande globale sur leurs exportations diminuer sensiblement, ce qui a entraîné une baisse de leur croissance.   

Ainsi, la conjoncture des pays du Printemps arabe comme celle des autres pays de la région, est en train de converger sensiblement et la grande thèse sur l’impact négatif des révolutions est en train d’être battue en brèche. Certes, des différences persistent dans le domaine de la conjoncture et qui concernent les grands équilibres macroéconomiques. En effet, si on assiste à une forte détérioration de la situation macroéconomique des pays du Printemps arabe qui est à l’origine d’un accroissement de l’endettement, les autres pays de la région, particulièrement ceux du Golfe, disposent d’une marge de manœuvre encore nettement plus importante du fait de leurs recettes pétrolières.

Mais, là où la thèse de la déconnexion entre ceux qui ont opté pour la révolution et ceux qui ont choisi l’ordre et la stabilité, a le plus de difficultés concernant le niveau structurel. En effet, la région arabe, au-delà des soubresauts politiques et des caprices de la conjoncture, est confrontée aux mêmes défis structurels. Je n’en soulèverai que deux. Le premier est celui de la dépendance d’une rente qui n’est plus au centre des dynamiques économiques stratégiques du monde global. Qu’il s’agisse de l’énergie ou de la force de travail, ses dotations naturelles des pays arabes ne sont plus les locomotives de la productivité. De ce point de vue, les pays arabes doivent sortir définitivement du modèle rentier et opérer leur transformation structurelle et baser leurs dynamiques de croissance comme leur développement économique, sur le savoir, l’éducation et les innovations technologiques. Par ailleurs, les dynamiques de croissance dans cette région, sont encore porteuses d’exclusion avec des niveaux de chômage importants et d’importantes inégalités entre régions. Le nouveau modèle de développement à inventer dans le monde arabe doit mettre l’accent sur l’inclusion et l’équité. 

Le Printemps arabe a ouvert une nouvelle ère politique dans le monde arabe en faisant naître les aspirations à la démocratie et aux libertés. Il s’agit de les appuyer par un nouveau Printemps ou des révolutions économiques basées sur la transformation et l’inclusion afin d’offrir une nouvelle ère d’espérance pour la jeunesse arabe.   

    

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