Revoir tout le système en Tunisie

La thématique  principale de ce mois de mai, choisie par l’OMS et les Nations Unies, est la sécurité des piétons. Tous les pays ont été exhortés à améliorer leurs plans d’action pour réduire le nombre de victimes de la route.  En Tunisie, classée au Top 10 des pays les plus meurtriers, des voix s’élèvent pour une refonte totale du système régissant la sécurité routière mis en place, à commencer par  retirer  l’exclusivité  de la prise en charge de ce dossier,  au ministère de l’Intérieur.

 

Lors de la 2e semaine mondiale de la sécurité routière du 6 au 12 mai, les participants ont convenu de la nécessité d’organiser un forum avec la participation de toutes les parties prenantes dans la prévention des accidents de la route.  

Cette année encore, les chiffres présentés sont alarmants : en 2012, il y a eu 9% d’augmentation du nombre des décès et des accidents  par rapport à 2011 ! Une lueur d’espoir cependant, ce début d’année 2013, une baisse de 23% concernant les décès (et non les accidents). 

Toujours en 2012, le nombre d’accidents de la voie publique a atteint 9339, soit 25 par jour ! Quant aux décès : on a enregistré 1623, donc 4 par jour ! Concernant les blessés,  la moyenne est de 38 par jour, soit un total annuel de 14 134 ! Dans 28% des cas, la victime de ces accidents est un piéton.  Les causes les plus fréquentes des accidents de la route restent la vitesse et l’alcoolisme. Mais l’état des routes et les mauvaises signalisations sont largement indiqués comme facteurs de risque. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes ne font pas plus d’accidents que les adultes et le fait d’avoir fixé l’âge de l’obtention du permis de conduire à 18 ans, n’a pas eu des conséquences directes sur l’augmentation de ces accidents, selon les déclarations du Secrétaire général de l’Association tunisienne de la prévention routière.

Comment améliorer la sécurité routière ? 

Dans plusieurs pays du monde, la sécurité routière est une affaire qui concerne les ministères de l’Equipement, des Transports et accessoirement le ministère de l’Intérieur. La société civile n’est pas impliquée dans la prévention routière. Les assurances, qui payent chaque jour 800000 dinars pour les accidents de la route,  n’investissent pas  un seul centime dans ce sens. Or faire de la prévention pour la sécurité routière demande de gros moyens.

Tout un plan d’action doit être mis en place en Tunisie, en prenant en compte la nécessité de revoir l’état des routes et de promouvoir la prévention  et la sensibilisation des citoyens dès les premières années scolaires. L’implication de la société civile est capitale dans ce dossier, si on veut obtenir des résultats.

Samira Rekik

 

Droit de réponse

Suite à l’article intitulé « Régression et menace sur la contraception en Tunisie », paru dans votre édition numéro 1423 du 4 au 10 avril 2013, l’Office national de la famille et de la population, remarque avec étonnement le ton alarmiste de cet article et conteste les chiffres et données qui y sont avancés. 

Usant de notre droit de réponse, nous vous faisons part de la présente mise au point que nous souhaiterions voir paraître sur les colonnes de votre prochaine édition : 

– l’indice synthétique de fécondité (le nombre d’enfants par femme en âge de procréer) n’est jamais descendu sous la barre symbolique de 2 comme il a été avancé  dans l’article en question, préservant ainsi le renouvellement des générations en Tunisie (il est de 2,13 en 2010 selon l’INS) ;

-l’avortement médicamenteux a obtenu l’autorisation de mise sur le marché (AMM) en 2000. Cette méthode qui a été introduite en 2002 par l’ONFP, est pratiquée dans 22 gouvernorats par des prestataires chevronnés et formés en la matière. En l’occurrence, il ne s’agit pas d’un geste aussi banal comme le laisse entendre l’article. L’administration des médicaments se fait après un examen médical et gynécologique complet et des examens complémentaires au besoin. Cette méthode est desservie dans les centres de santé de la reproduction et dans des services hospitalo-universitaires ;

– pour ce qui est de la région de Kasserine, il importe de rappeler que la journée du 25 février 2011 a été marquée dans cette région par les incendies, le pillage et la destruction de biens de nombreux établissements publics, dont le siège et le bloc opératoire de la délégation régionale de l’ONFP à Kasserine. De ce fait, les activités ont été interrompues pour une très courte période et ont repris partiellement avec l’appui de la Direction régionale de la santé pour être relancées au niveau de la Délégation en juin 2012, à l’issue des travaux de rénovation effectués dans la partie la moins endommagée du bâtiment. Les activités se rapportant à l’interruption volontaire de grossesse médicamenteuse reprendront après la finalisation des travaux d’aménagement du bloc opératoire et de l’espace destiné aux jeunes. Le budget alloué à cette opération de construction et d’aménagement est de l’ordre de 500.000 dinars au titre de l’année 2013.

– contrairement à ce qui a été mentionné dans cet article, aucun centre n’a été fermé par des islamistes et toutes les prestations  médicales et éducatives ont retrouvé leur rythme sans aucune résistance ou pression de quelque nature que ce soit. Plusieurs manifestations et actions de sensibilisation lors des Journées de mobilisation sociale telles que : la Journée mondiale de lutte contre le Sida, la Journée mondiale de la femme… ont été appuyées par la participation de leaders religieux.

D’autre part, les activités de santé de la reproduction seront bientôt consolidées par le projet d’ouverture d’un nouveau centre à Mejel Ben Abbes, en plus des 5 autres centres déjà opérationnels dans  la région de Kasserine. Quant aux régions de Tozeur, Béja, l’Ariana et Ben Arous, elles n’ont pas connu de fermeture de centres ou d’interruption  de leurs activités médicales ou éducatives, qui ont été globalement maintenues selon une cadence normale, avec une évolution positive pour certaines Délégations telles que  celles de Ben Arous ou de l’Ariana.

La Direction Générale de l’ONFP

 

Cliniques

L’arrière cuisine

Par Zouhaïr Ben Jemaa

 

Il est de bon ton de réécrire la légende de nos grands maîtres en médecine qui ont fait nos jours de gloire, et qui ont formé d’éminents spécialistes qui imposent le respect, pour se demander pourquoi le secteur de la santé, public comme privé, non seulement ne s’améliore pas, mais plus triste encore, s’enfonce dans les abîmes !

Une récente hospitalisation pour une pneumonie m’a fait atterrir dans la clinique cardiovasculaire d’El Manar. Après les 72 h de soumission totale, vu mon état fiévreux et douloureux, j’ai commencé à reprendre mes esprits pour mieux observer et souvent constater les dépassements indignes d’un secteur qui était à la base, humaniste et protecteur. Très vite, je suis devenu consterné, médusé, affligé, chagriné, tant les aberrations se cumulent et se succèdent, la clinique fonctionne avec 70 % de patients libyens, et l’on se sent face à des gestionnaires biberonnés au business, mais depuis quelque temps, shootés au profit et au chiffre d’affaires ! Ces gens-là ne barbotent pas dans l’eau bénite ! Je sens un mélange de révulsion et de sidération qui n’augure rien de bon !

Commençant par la partie hôtellerie, vous l’aurez compris, j’ai l’œil pour ça car c’est ma spécialité. Le lit n’a que 12 ans d’âge, mais attention si vous le solliciter pour monter ou pour descendre, un grincement digne d’une usine de métal joue l’alerte à tout l’étage, les portes de la table de nuit sont arrachées, l’eau chaude est en panne et n’a jamais été réparée, l’abattant des W.C est arraché, le flexible est à bout de souffle, les rideaux sont troués comme un tamis, et l’humidité laisse apparaître de très grandes tâches de peinture bombée. Dois-je préciser que l’on m’avait alloué la chambre 412, dans le secteur VIP ? 

Côté cuisine, je ne ferai aucun commentaire, car depuis qu’un margoulin de la gamelle d’une clinique chic de la région du Lac a oublié des vers dans la soupe de l’un des membres de mon association*, j’ai pris la décision de ne prendre aucun risque dans n’importe quelle clinique. Et pour être honnête, on m’a informé que la clinique où je viens séjourner prépare un programme ISO dans la partie restauration. Du côté personnel, il faut d’emblée admettre que tout malade qui sent l’envie d’aller s’amuser dans une clinique, est dans la situation de l’étourdi qui a oublié ses clefs à la maison, et qui doit faire appel à un serrurier à n’importe quel prix ou rester dehors. Le paramédical est la calamité de cette clinique. Les compétents se sniffent de loin tant elles sont rares. Certains formés à l’école privée et qui pour faire leur stage, doivent se suffire de quelques mannequins. Pour le prélèvement du gaz de sang, où normalement il aurait fallu un médecin anesthésiste en réanimation, j’ai eu droit à un infirmier qui m’a torturé pendant plusieurs minutes, pour m’annoncer au bout du résultat qu’il n’a fait qu’obtenir du sang veineux ! L’infirmier de garde, a inauguré son dialogue par madame comment tu t’appelles, s’adressant à ma femme qui me tenait compagnie ! S’adressant à moi après une prise de glycémie, il m’annonce solennellement que je devrais vite consulter mon diabétologue, question de me monter le moral ! On me descend pour un scanner, on m’en fait un sans injection, le médecin se fâche et en exige un avec injection, et bingo on me facture deux scanners, il a fallu une dispute à la sortie pour qu’on ne me facture qu’un seul ! 

Bref, quand rien ne vaut rien, tout se vaut, et tant pis pour ces excellents médecins toutes spécialités confondues, j’ai eu droit à un excellent cardio, un excellent pneumologue, un excellent infectiologue, un excellent endocrino, un excellent surveillant général professionnel jusqu’au bout des ongles… 

Mais non hélas, cela ne suffit pas pour qu’un malade retrouve la sérénité et le repos, je vous passe les bruits, les portes qui claquent, nos frères libyens qui logent à plusieurs pour accompagner un malade, avec les bébés qui hurlent toute la nuit, ces lits supplémentaires dépassent les normes de l’hôtellerie…

mais il y a l’argent qui corrompt, l’argent qui pourrit jusqu’aux consciences !

Devant ce triste tableau, on s’indigne, on se déchaîne, on s’étrangle, mais chacun avance ses pions. Les cliniques privées ont une large préférence pour la césarienne à l’accouchement par voie basse, devinez la raison, le chiffre d’affaires de la césarienne excède de beaucoup celui de l’accouchement lambda ! A l’opposé, les infirmiers qualifiés sont pressurés, les CVP sont boostés, les cliniques sont étouffées, les patients sont traités tant bien que mal, certaines cliniques engagent du personnel qui travaille dans le public le jour et dans le privé la nuit ! Retenez juste ceci, quand il y a du flou, c’est qu’il y a un loup, et faîtes attention à bien vérifier vos factures et n’hésitez pas à vous approcher d’une association de défense de consommateurs, la société civile est en marche, et le ministère de la Santé qui a une bonne occasion de semer un bon grain dans le champ de la nouvelle carte sanitaire qui se prépare à l’horizon, va être saisi officiellement pour ouvrir enfin ce grand et poussiéreux dossier des cliniques privées, il est temps de lancer de véritables enquêtes au lieu de faire semblant ! Nous allons tous sonner le réveil général !

 

*20 millions de consommateurs : 

www.20millionsconso.org

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