Quelle stratégie de développement industriel ?

Par Ridha Lahmar

Nous avons l’impression que notre pays n’a ni modèle de croissance économique, ni politique de développement agricole et encore moins une stratégie d’industrialisation du pays. C’est le règne de la navigation à vue et du pilotage au petit bonheur la chance. Les ministères gèrent le quotidien à très court terme, sans aucune anticipation ni ligne de conduite, avec des hésitations et des incertitudes quant aux mesures à prendre et aux choix à privilégier. L’opportunisme et le pragmatisme prédominent en matière de choix économiques.

Il est clair cependant que nous ne pouvons pas investir dans n’importe quel secteur d’activité, ni réussir notre développement industriel sans avoir conçu une stratégie adaptée à nos avantages compétitifs et à nos objectifs socioéconomiques.

En effet, les potentialités naturelles de notre pays, ses ressources matérielles et ses compétences humaines, ainsi que sa position géostratégique centrale entre l’Europe, l’Afrique subsaharienne et le Proche-Orient, nous incitent à faire des choix stratégiques de nature à doper nos chances de réussite dans un contexte mondialisé et une conjoncture économique internationale morose.

Les observateurs économiques avisés et les experts en matière de stratégies industrielles préconisent une politique fondée sur les choix suivants. Favoriser l’implantation d’investissements lourds à caractère capitalistique susceptibles de jouer le rôle de locomotives vis-à-vis de leurs fournisseurs et d’avoir un effet d’entraînement sur leurs sous-traitants.

Nous citons comme exemple les industriels de l’automobile qui ne manqueront pas à leur tour d’attirer leurs propres équipementiers. Ce sont des activités qui se conçoivent dans la durée et qui ont une forte intensité d’emplois et alimentent un flux exportateur puissant. Cela relève des multinationales qui exigent des infrastructures de grande envergure, une main-d’œuvre bien formée, mais sont capables d’employer des dizaines de milliers de salariés pendant des décennies.

Cela implique l’aménagement de zones industrielles de la génération la plus récente, la construction de routes, autoroutes, de ports en eau profonde, des incitations financières et fiscales motivantes ainsi qu’un climat sain pour la promotion de l’investissement.

Attirer les industries à valeur ajoutée élevée telles que l’électronique, l’aéronautique, les industries pharmaceutiques… à promouvoir dans le cadre de partenariats mixtes entre promoteurs privés tunisiens et extérieurs.

Favoriser la stratégie des filières afin de faire monter en gamme l’intégration des activités — donc leur compétitivité et leur pérennité —  des entreprises actives depuis la recherche-développement et jusqu’au produit fini et faire émerger des champions nationaux à l’international.  

L’agroalimentaire en Tunisie recèle des potentialités exceptionnelles non encore suffisamment exploitées…

Cependant cela nécessite des investissements significatifs pour accroître la production agricole d’une part et d’autre part trouver des formules de partenariat avec les multinationales de l’agroalimentaire. Il s’agit de garantir la transformation des produits selon des technologies très sophistiquées, mais aussi de trouver les circuits de commercialisation sur les marchés extérieurs, grâce à la notori

 

 

été et au prestige dont jouissent les grandes marques à l’international.

 

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Prêt koweïtien de 125 MD : réseau de gaz

Le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe vient d’accorder à la Tunisie un prêt de 125 MD destiné à financer l’extension du réseau de distribution de gaz naturel assuré par la STEG.

Lamine Doghri, ministre du Développement et de la Coopération et Abdellwahab Al Badr, Directeur général du fonds, ont signé le contrat. Il s’agit de raccorder une centaine de municipalités au réseau de distribution, le gazoduc desservira les régions intérieures sur 220 km avec l’équipement de deux stations de compression.

Il faut dire que le coût total du projet s’élève à 832 MD, ce qui implique la diversification des bailleurs de fonds.

De son côté, le FKDEA est également intéressé par le financement de projets autoroutiers. Sur 400 km, le gazoduc desservira à partir de Tunis-Feriana-Beja-Jendouba-Dahmani et Tajourine, les villes et les zones industrielles.

Dans la région de Bizerte, quinze agglomérations seront desservies à partir de Tunis sur 200 km.

 

BAD : prêt de 45 MD

La Banque africaine de développement vient d’accorder à la Tunisie un prêt de 45MD. L’accord de prêt a été signé récemment, il est destiné à financer un projet de développement agricole intégré situé au nord du Gouvernorat de Gafsa. Ce prêt est assorti d’un don d’un montant de 1,654 MD, ayant pour objet de soutenir le développement de l’e-government et l’open-government en Tunisie.

Il s’agit de creusement de puits profonds (sondages), d’aménagement de périmètres irrigués, de plantations fruitières, d’élevage intensif et de cultures fourragères… Le projet s’étalera sur cinq ans (2013-2018.)

Le remboursement se fera sur vingt ans avec un délai de grâce de cinq ans et un taux d’intérêt symbolique soit 0,86%. Il est évident que les retombées au niveau de la création d’emplois et de l’animation économique de la région seront particulièrement bénéfiques.

 

JAL : risque de perte de 4000 emplois

JAL Group est une société italienne réputée et spécialisée dans la fabrication de chaussures de sécurité. Elle possède trois usines implantées depuis plusieurs années dans la région de Bizerte et de Menzel Bourguiba.

L’emploi procuré par cette entreprise oscille entre 4000 et 4500 salariés, c’est dire le poids lourd économique et social de cette entreprise dans la région.

Le responsable de ce groupe de sociétés vient d’annoncer la suspension des activités, décidée par les investisseurs, suite à la “réunion de la dernière chance”. Cette décision est justifiée par le blocage de l’accès du site industriel JAL PSO de Menzel Bourguiba par “une minorité d’ouvriers intransigeants et irresponsables qui ne reconnaissent ni la légalité, ni la représentativité des structures syndicales” selon les affirmations du responsable de la société JAL.

Il faut dire que les autorités régionales ont déployé des efforts afin de faire aboutir les négociations entre JAL et le personnel, mais le gouverneur n’est pas parvenu à faire appliquer la loi, c’est-à-dire débloquer l’accès au lieu de travail.

Selon la fédération UGTT de secteur textile-cuir-chaussures, la direction aurait l’intention de transférer l’usine de Menzel Bourguiba vers la nouvelle zone franche, ce qui pourrait priver les ouvriers du bénéfice de la titularisation, selon la loi qui régit les zones franches. C’est pourquoi le conflit a pris des proportions qui dépassent le cadre professionnel pour concerner toute la population de Menzel Bourguiba, avec une politisation aiguë de la crise. Cela réduit les chances de reprise des négociations pour aboutir à une solution de compromis. La conjoncture économique du pays ne permet actuellement pas de perdre des emplois existants, car l’investissement est en berne, ce qui ne permet pas d’avoir des solutions alternatives.

 

Concertation avec les industriels de l’aéronautique

Lors d’une rencontre organisée par la CTFCI, les industriels de l’aéronautique, réunis dans le cadre du groupement d’intérêt (GITAS) ont dialogué avec le ministre de l’Industrie, M. Mehdi Jomaa, à propos des arguments de compétitivité du site Tunisie.

Rappelons que 65 entreprises qui fabriquent des composants destinés à l’industrie aéronautique sont implantées en Tunisie dans quatre pôles industriels du Grand Tunis et dans la région de Sousse-Monastir. C’est M. Gaby Lopez qui préside le GITAS. Une impulsion significative a été donnée au GITAS depuis la création d’AEROLIA en 2009, filiale d’Airbus, implantée à Tunis suite à la signature d’une commande d’achat de 15 Airbus par TUNISAIR.

Au cours de cette rencontre ont été passées en revue les perspectives de promotion de l’industrie aéronautique en Tunisie. Le ministre a fait part aux industriels de l’intention du ministère, de consolider l’implantation de la filière aéronautique en Tunisie et d’en faire un pilier de l’industrie tunisienne, grâce au potentiel de compétences humaines et à l’infrastructure technologique qui se développe à travers tout le pays.

D’après un communiqué diffusé par le ministère, M. Jomaa, après avoir écouté les réflexions des industriels, a affirmé le souci du gouvernement de mettre en confiance les entreprises et d’engager une action de longue haleine pour adapter le cadre réglementaire et institutionnel afin de garantir l’avenir industriel du site tunisien et en faire un centre d’excellence à haute valeur ajoutée.

Des actions de communication conjointes seront déployées avec les professionnels du secteur pour mettre en valeur les atouts du site tunisien dans la région euro-méditerranéenne.

On sait par ailleurs que Latelex, une des entreprises installées depuis longtemps en Tunisie, a souffert de plusieurs arrêts de travail à caractère revendicatif et social qui ont perturbé le bon déroulement de son process de fabrication et engendré des pertes financières significatives.

Il faudrait rappeler que le pays s’est engagé dans un vaste programme de réalisation de zones industrielles selon un nouveau concept, avec des centres de vie et d’infrastructures technologiques dans plusieurs régions du pays.

Il s’agit d’investissements lourds destinés à attirer les investisseurs privés et à accueillir les projets en partenariat.

 

Coup d’envoi à la réforme du système fiscal

En présence des membres du Conseil supérieur de la fiscalité, M. Elyes Fakhfakh, ministre des Finances, a donné le coup d’envoi à la consultation nationale relative à la réforme globale du système fiscal, y compris la fiscalité locale, le 13 mai à Tunis. En effet, le système fiscal tunisien est considéré comme complexe, incohérent, injuste et peu transparent. Seulement 29% des sociétés paient l’impôt et 420.000 forfaitaires, dont la moitié a des revenus élevés, ne paient que des sommes dérisoires.

Les objectifs de cette réforme sont multiples : un rendement plus conséquent, de la transparence et de la cohérence, moins d’évasion et plus de justice fiscale.

Au cours de la réunion, il y a eu plusieurs interventions. Mme Habiba Louati, Directrice générale des études et de la législation fiscale, a critiqué les textes actuels et à parlé des perspectives en la matière.

De son côté M. Ridha Karoui, Directeur général des impôts, est intervenu à propos de l’administration fiscale : état actuel et perspectives. Tandis que M. Sami Mekki, Directeur des études, a donné des précisions sur la méthodologie retenue pour mener et faire aboutir la réforme.

Un bureau d’études sera retenu incessamment pour établir un diagnostic de la situation actuelle.

Six groupes de travail ont été constitués pour étudier les différentes facettes de la fiscalité. Il y aura ensuite une large consultation nationale relative aux propositions de réformes.

Un projet de loi sera finalement proposé fin novembre 2013 au conseil des ministres avant d’être transmis à l’ANC.

Il est probable que l’application de la réforme sera étalée sur plusieurs années à partir de 2014.

Un débat a été organisé avec la salle, au cours duquel experts-comptables, conseillers fiscaux et avocats ont émis des réflexions et posé des questions relatives à la non-imposition de forfaitaires, à la non-généralisation de la TVA, aux sommes considérables générées par le commerce parallèle et non imposables, ainsi que la faiblesse de la fiscalité locale et aux sous-déclarations.

Ridha Lahmar

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