“No pasaran !”

“Il ne passeront pas !”, phrase prononcée à Madrid le 19 juillet 1936 par Dolorès Ibarruri, dite “la Pasonaria”, pour exhorter les républicains espagnols à la défense contre le fascisme.

La semaine qui vient de s’écouler et celle qui commence au jour où je commence ce papier ressemblent beaucoup à la situation de l’Espagne républicaine menacée de toutes parts par la réaction fasciste, avec chez nous les problèmes de Jebel Chaâmbi et des salafistes.

La société civile, elle, inquiète de ce climat de violence, a avancé dans la préparation des étapes à venir (vote de la Constitution, installation de l’ISIE et de la HAICA — encore dans les langes, sans siège ni personne l— et autres “instances” à mettre en place)… Après le dialogue national convoqué par la présidence de la République, c’est l’UGTT qui a tenu le sien, la plupart des partis “qui comptent” ont participé à ces deux “grand-messes” destinées à préparer l’avenir de la Nation, et même la Choura d’Ennahdha a lâché du lest sur certains points délicats : attribution respectives des “trois présidents”, modifications de certains termes de la Constitution qui posaient problème, ligues de protection de la Révolution qui seront obligées de demander un statut juridique légal sous peine de dissolution — ce que le CPR et Ennahdha refusaient jusqu’à présent.

 

La situation au Djebel Chaâmbi est stationnaire : l’armée et la Garde nationale sont sur le qui-vive autour de la “zone de sécurité militaire” (ainsi qu’elle vient d’être qualifiée). Les ratissages mettent au jour des caches qui recèlent armes et provisions, mais les terroristes sont toujours introuvables ; peut-être ont-il pu franchir la frontière malgré les 6.000 soldats algériens qui, nous dit-on, y sont massés.

Deux remarques à ce sujet. Tout d’abord un journal online a signalé que de nombreux terroristes ont été arrêtés au début de l’opération, ne serait-il pas utile de “faire parler leurs téléphones portables ? Car l’étude des conversations reçues ou données avant leur arrestation peut donner des renseignements précieux sur d’éventuelles complicités avec des citoyens tunisiens. Peut-être une mine de données à exploiter par les services de renseignements de l’armée ou de la police, très critiqués dans l’euphorie de la Révolution, mais dont aucun État ne peut se passer ! Ensuite, j’ai lu des déclarations d’hommes politiques demandant la levée de “l’état d’urgence” et la suppression de la “loi anti-terroriste pour alléger le poids qui pèse sur les forces armées” que certains voudraient voir “rentrer dans leurs casernes”. Ce n’est pas le moment, et ce n’est pas l’état d’urgence qui fait sortir les militaires des casernes, il les y autorise seulement en cas de besoin, mais il est indispensable pour “utiliser” l’armée en temps de paix. Mais sommes-nous encore en paix ?

 

L’agitation salafiste est allée en s’amplifiant à mesure qu’on approchait de la date du 3e congrès d’Ansar Al Chariaa, fixé à dimanche 19 mai à Kairouan, où Abou Iyadh espère réunir encore plus de participants qu’en 2012. C’est pourquoi les salafistes ont lancé depuis le début du mois une opération de “tentes de prédication” avec sonos puissantes pour faire l’apologie de la violence dans la lutte contre le “taghout” (despote) — qui comprend aussi bien l’État que les policiers et les soldats qui le servent — ce qui explique l’assassinat de ce policier égorgé ces jours derniers à Jebel Jelloud. Le ministre de l’Intérieur a interdit d’installer ces tentes sur la voie publique ; des incidents ont éclaté à Séjoumi et Mnihla, mais l’enlèvement des tentes s’est poursuivi de Tabarka à Kebili, en passant par Bizerte, Tunis, Sousse, Sfax, etc. Rached Ghannouchi a déclaré que “l’État n’est pas faible et que tous doivent se soumettre à la loi du pays”, tandis que l’Observatoire arabe de la religion et de la liberté précisait que “la Tunisie n’est pas terre de djihad ni de prédication” et que le Cheikh Farid Béji, de la Zitouna, invitait les salafistes à revenir à l’Islam prêché depuis des siècles en Tunisie.    

Mais le prédicateur Bilel Chaouachi intervenait il y a quelques jours sur une chaîne de télévision, Attournisia, en faisant l’apologie de Ben Laden et en appelant au djihad.

M. Lotfi Ben Jeddou a décidé de faire appliquer la loi au sujet de l’interdiction de la tenue du 3e congrès à Kairouan, soutenu par les responsables syndicaux des Forces de sécurité intérieure, il a pris les dispositions nécessaires en isolant la ville de Kairouan par des barrages sur toutes les routes y menant. À l’entrée de la ville, même les portes sont gardées par des policiers et des militaires qui fouillent tous les véhicules et contrôlent les visiteurs d’importantes, forces de dissuasion occupent les places et environs des mosquées, prêtes à intervenir. Telle est la situation en cette soirée du samedi 18 où je dois envoyer mon papier à Réalités. Le congrès se tiendra-t-il demain ?

Ce serait la victoire d’Abou Iyadh, qui voudrait agir en Tunisie comme il l’a fait en Afghanistan et au Pakistan, mais nous faisons confiance à nos nouveaux ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Défense… puisque le chef du gouvernement est au Qatar !

Raouf Bahir

 

 

À visages découverts ou… masqués

Il est incontestable que parmi les libertés individuelles qu’il faut garantir, il est celle de s’habiller comme on l’entend, pour peu qu’on ne choque pas, qu’on ne remette pas en question certaines règles, et que l’on ne porte pas atteinte aux bonnes mœurs, tel que se promener en petite culotte pour les hommes, en string ou en monokini pour les femmes.

Nous avions cru que la question du port du niqab dans les établissements scolaires et universitaires avait été définitivement tranchée, après que les comités pédagogiques universitaires aient donné leurs avis, ainsi que le ministère de l’Éducation, et après que le Tribunal administratif ait dit le droit. Mais voilà que la question refait surface aujourd’hui et qu’elle fait controverse. Cela est dû aux déclarations peu avisées de politiciens, qui font l’amalgame entre cette liberté et les conditions de son application dans des situations particulières, nous ne chercherons pas à en déchiffrer les motifs.

La question du port du niqab dans les établissements universitaires avait fait couler beaucoup de salive et d’encre, lors de l’affaire de la Mannouba, et nous avions longuement parlé du foulard et du niqab dans la livraison Habit quand tu nous tiens et nous avions vu et prouvé que le niqab n’est pas une obligation religieuse, et nous rappelons encore aujourd’hui ce verset “Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qu’en paraît…” S25, V31. Ce qui peut en paraître ne peuvent être ni les seins, ni les hanches, mais bien le visage et les mains, et c’est ainsi que notre prophète bien aimé et ses compagnons, pouvaient reconnaître les femmes, et que les poètes et les prosateurs pouvaient les décrire, belles ou laides. Ensuite si les femmes devaient avoir le visage couvert, Allah ne leur aurait pas ordonné de baisser leurs regards, rappelons aussi que si Allah a décrété cinq prières par jour, de l’aube jusqu’à la tombée de la nuit, c’est pour que celui qui a vraiment l’imane se rappelle à longueur de journée les préceptes de l’islam, pour qu’il se remette constamment en question, savoir s’il a vraiment observé les décrets d’Allah, s’il n’a pas péché et pour qu’il se purifie. Ainsi Allah dit “A réussi certes, celui qui la purifie” il s’agit de l’âme incitatrice au mal” Kadaflaha man zakkaha”, S91, V9, “Réussi certes, celui qui se purifie” “kadaflaha ma tazkka” S87, V14. C’est cela la “Moucharata” et la “Tazkia” de l’âme. Rappelons aussi que l’injonction de baisser le regard a été faite aux hommes d’abord “Dis aux croyants de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, c’est plus pur pour eux. Allah est, certes, parfaitement connaisseur de ce qu’ils font” S24,V30. Maintenant si ceux qui prétendent observer l’islam plus que les autres n’arrivent pas à se contrôler, et à réprimer leurs instincts, et voient dans le visage de la femme, un sexe “Aoura”, c’est que leurs prières n’ont servi à rien, car il ne s’agit pas seulement de baisser le regard physiquement, mais bien de se contrôler, et leurs prières n’auront été que des corvées dont ils se débarrassent quotidiennement pour revenir tout de suite après à leur bestialité, ceci du point de vue religieux.

Du point de vue social et pratique, franchement, si vous étiez banquier, autoriseriez-vous une mounaquaba à retirer de l’argent d’un compte qu’elle prétend être le sien, en présentant seulement une pièce d’identité ? Comment pouvez-vous être sûr qu’elle est la propriétaire de cette pièce si vous ne voyez pas son visage ? Rappelons aussi que l’islamiste qui vendait la “basboussa” à l’une des portes de la vieille ville de Sousse a été assassiné par des hommes portant le niqab. D’autre part, demander aux candidats au baccalauréat et surtout aux candidates portant le niqab de présenter leurs cartes d’identité à chaque séance d’examen est un non-sens ; car si on ne peut voir leurs visages, dans les facultés, le niqab pourrait cacher un écouteur, relié à un quelconque appareil d’enregistrement, ou à un complice hors de l’enceinte de la faculté, ce qui encourage la fraude. Ensuite les examinateurs ont en face d’eux des silhouettes anonymes qu’ils ne peuvent reconnaître, il faut donc concéder que demander à ces candidates de dévoiler leurs visages n’est pas un déni de liberté individuelle, ni une exclusion, et encore moins un acte anti religieux, sinon, anonyme pour anonyme et dans un souci d’égalité et de justice, on devrait autoriser les candidats mâles à porter des perruques et des masques de comédie, de Zorro, et pourquoi pas d’anonymous tant qu’on y est.

Nos responsables devraient faire preuve de plus de pondération et de clairvoyance dans leurs déclarations, remettre aujourd’hui sur la table la question du port du niqab lors des examens et vouloir l’imposer est dangereux à plus d’un titre : il ravive les antagonismes, fait douter de nos tribunaux — le Tribunal administratif ayant déjà dit son mot là-dessus — il remet en question des institutions, notamment les comités pédagogiques universitaires, dont les avis et les décisions ne seront plus prises au sérieux et remet aussi en question notre système juridique, déjà fort ébranlé.

Jamel Eddine Bouachba         

 

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