Les islamistes en ordre de bataille

Depuis son élection à la tête du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abderrezak Mokri s’attelle à la reconstruction du parti et à l’unification  des différents courants. Avec cette nouvelle donne et un contexte politique en effervescence, force est de constater que l’élection présidentielle algérienne a débuté avant l’heure.

L’élection présidentielle est «une véritable occasion de réformer, de changer, de sortir l’Algérie de la situation politique et économique détériorée et d’opérer la rupture avec la corruption et les méthodes révolues dans la gestion de la chose publique», estime-t-on du côté du Mouvement de la société pour la paix (MSP). Selon les médias algériens, le doute n’est plus permis. La récente élection d’Abderrezak Mokri a clairement positionné le parti dans l’opposition. Au moment où les Algériens ont les yeux rivés sur le président Bouteflika, dont l’état de santé inquiète, la dynamique islamiste est clairement engagée vers un objectif : remporter la prochaine élection présidentielle. 

 

Le choix radical

Après Ouyahia (Rassemblement national démocratique), Belkhadem (Front de libération nationale) est venu le tour de Bouguerra Soltani, dont le règne a duré dix années. En consacrant un représentant de l’aile radicale, les 1400 cadres convoqués au 5e congrès du parti l’ont désavoué. C’est le retour aux sources… Âgé de 53 ans, Abderrezak Mokri a longtemps collaboré avec Mahmoud Nahnah, le fondateur de cette formation. Le 4 mai dernier, il a été élu président du Mouvement de la société pour la paix (MSP) par 177 voix contre 65, lors du congrès organisé sous le thème «rénovation du mouvement, relance du pays», face à l’ancien président du Majliss Echoura, Abderrahmane Saïdi. Anciennement membre du gouvernement, le MSP semble donc s’orienter vers la rupture définitive avec les partis au pouvoir. En janvier 2012, le parti islamiste avait décidé, dans la foulée du Printemps arabe, de se retirer de l’alliance présidentielle formée du Front de libération nationale (FLN) et du Rassemblement national démocratique (RND) pour fonder une Alliance verte avec d’autres partis islamistes algériens. Toutefois, la stratégie ne s’est pas révélée payante. En effet, le MSP n’obtient que 66 sièges sur 462 lors des élections législatives de mai 2012. Le nouveau leader se veut donc  clair. Il veut faire du MSP un «vrai parti d’opposition». Mais il n’entend pas seulement incarner la rupture… Abderrezak Mokri s’est déjà fixé pour objectif d’unifier les différents courants islamistes dans la  perspective de l’élection présidentielle d’avril 2014. 

 

L’alliance à tout prix

Le premier objectif du nouveau leader est déjà fixé. Il entend reconstruire un parti laminé par l’épreuve du pouvoir et les dernières élections. En effet, déjà divisé  depuis 2008, le MSP a laissé des plumes après son retrait de l’alliance présidentielle ; trois de ses membres les plus connus ont formé leur propre parti politique. L’un d’entre eux, Amar Ghoul, est toujours ministre. Depuis son élection, Mokri multiplie les concertations «avec toutes les tendances politiques en Algérie». Composée de trois partis — le MSP, El Islah et Ennahda — l’Alliance de l’Algérie verte ambitionne d’intégrer d’autres formations politiques et notamment celles crées par les contestataires dissidents. La nouvelle a été annoncée par les présidents du MSP et du FC, Abderrazak Mokri et Abdelmadjid Menasra, également proche des Frères musulmans. Lors d’une rencontre avec des militants,  les deux leaders ont déclaré que «le projet d’union (des partis Islamistes) est ouvert à toutes les parties qui souhaiteraient y adhérer», sans fournir de date. À l’heure où le jeu politique se brouille avec la nouvelle donne concernant l’état de santé du président Bouteflika, les Frères musulmans algériens misent sur l’union pour porter leur candidat.  

A.T

 

Mauritanie/élections

L’opposition pose ses conditions 

 

En Mauritanie, la crise politique s’aggrave à  l’approche des élections législatives et municipales prévues pour  octobre 2013. Entre l’opposition et la majorité présidentielle, rien ne va plus.  

 

Quatre conditions non négociables… C’est ce qu’a avancé la Coordination de l’opposition démocratique (COD) une coalition regroupant une dizaine de partis de Mauritanie pour participer aux prochaines élections. Selon la COD, le communiqué transmis aux média détaillant ces propositions/conditions «témoigne de sa bonne volonté et (constitue) sa contribution à la clarification du débat politique sur les conditions de tenue des prochaines élections». Les quatre exigences sont les suivantes : «supervision politique crédible, institutions électorales fiables, neutralité de l’État et préparation technique suffisante». Réitérant leur absence de confiance au pouvoir exécutif actuel, les partis de l’opposition appellent à la formation «d’un gouvernement consensuel dirigé par un Premier ministre neutre et dont les membres s’engageront à ne pas se présenter aux prochaines échéances électorales, ni à soutenir un candidat». Les dernières législatives mauritaniennes ont eu lieu en 2007, avant l’arrivée au pouvoir du président Aziz. Attendues depuis 2011, les élections législatives et municipales sont maintenant prévues pour octobre-novembre. Toutefois, l’opposition a depuis le début rejeté toute participation, car elle estime qu’il n’existe «pas actuellement de garanties de transparence.»

 

L’initiative de Boulkheir

La crise politique s’aggrave depuis quelques mois en Mauritanie. La majorité au pouvoir comme l’opposition radicalisent leur position. Devant cette situation, Boulkheir Messaoud Ould Boulkheir, le président du Parlement et leader de l’Alliance populaire progressiste (APP) avait lancé le 12 février dernier une initiative politique en faveur d’un «compromis national» pour sortir le pays de l’impasse.  L’initiative réitérée il y a quelques jours constitue notamment en la formation d’un gouvernement d’union nationale avant les élections. Les réactions à cette proposition sont nombreuses. Certains partis d’opposition l’ont acceptée alors que d’autres l’ont rejetée estimant que «le pouvoir en place n’a plus de légitimité». Pour sa part, la coalition des partis de la majorité présidentielle (CPM) a apporté une réponse «favorable» tout en écartant purement et simplement la mise en place d’un gouvernement d’union nationale.  L’avis a été confirmé par le président Aziz en personne. Réuni avec les cadres de sa formation — l’Union pour la République (UPR) — il les appelés à «remporter les prochaines élections législatives et municipales dans toutes les circonscriptions du pays.»

A.T

 

Brèves

Maroc

Des djihadistes devant la justice

Onze djihadistes, membres de deux cellules récemment démantelées, ont été présentés par la  brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) de Casablanca devant le procureur près la Cour d’appel de Rabat. Selon les premiers éléments de l’enquête, ils auraient planifié de  commettre des «opérations djihadistes» au Maroc. Originaires de Nador, les  mis en cause sont accusés de «constitution d’une bande criminelle pour préparer et commettre des actes terroristes (…)». La BNPJ avait également démantelé deux cellules dont les membres, d’anciens détenus dans le cadre de la loi anti-terroriste, auraient tissé des liens avec des éléments extrémistes actifs dans le nord du Mali. 

 

Immolation

Selon le quotidien marocain l’Economiste,  un marchand ambulant a tenté de s’immoler le 16 mai dernier à Fès en signe de protestation ; sa marchandise aurait été confisquée par les autorités. « Brûlé au second degré sur le visage, le ventre et les mains », il a été évacué à l’hôpital de la ville. C’est le deuxième cas d’immolation en l’espace de quelques jours. Un autre vendeur, Mbarek El karassi, est décédé à Marrakech suite à son immolation pour la même raison.

 

Mauritanie

Un djihadiste se livre 

Sanda Ould Boumaa, le porte-parole du mouvement djihadiste Ançar Dine, s’est livré aux autorités mauritaniennes au niveau de la ville de Bassiknou (sud-est de la Mauritanie). C’est du moins ce qu’affirme Alakhbar selon qui « des proches parents d’Ould Boumaa ont joué le rôle d’intermédiaire pour faciliter à ce dernier de se rendre aux autorités mauritaniennes ». L’homme figure sur la liste d’un mandat d’arrêt lancé en février dernier par le Parquet de Bamako contre 26 personnes issues de différents mouvements armés dans le nord du Mali.  

 

Libye 

La polémique 

« La loi sur l’exclusion politique, adoptée par le Congrès national général (Parlement), va davantage diviser les Libyens », a déclaré à la chaîne Sky News en arabe, Mahmoud Jibril selon qui « le congrès national général a sacrifié la réconciliation nationale sous la pression des armes ». L’ancien Premier ministre de la Libye est l’une des personnalités visées par la loi car il a travaillé comme diplomate sous le règne de Kadhafi avant de faire défection.

 

Des marines en Sicile 

Selon le quotidien La Repubblica, « près de 500 marines de la force américaine de réaction rapide ont été transférés d’Espagne à la base aérienne Sigonella  (Sicile) afin de  protéger les Américains résidant en Libye ». La décision aurait été prise à la suite de l’attentat de Benghazi. Le contingent aurait, selon un porte-parole du commandement américain,  pour mission « d’intervenir sans délai en cas d’attaque contre le personnel des missions diplomatiques ou des autres organisations américaines en Libye, y compris pour les évacuer d’urgence ».

 

Algérie

Le mystère Bouteflika

Le parquet d’Alger a ordonné l’ouverture d’une information judiciaire «pour atteinte à la sécurité de l’État, à l’unité nationale, à la stabilité et au bon fonctionnement des institutions» contre Hichem Aboud, un directeur de publication. L’homme avait annoncé dans ses deux quotidiens (censurés) une «détérioration» de l’état de santé du président Abdelaziz Bouteflika. Selon le parquet, Hichem Aboud a tenu des «propos infondés» selon lesquels « Bouteflika, hospitalisé le 27 avril à Paris, serait rentré Alger dans un état comateux».  Interrogé par l’AFP, Hichem Aboud dont les quotidiens ont été saisis a indiqué détenir ses informations de «sources médicales françaises et des proches de la présidence algérienne.» Il s’agit du premier cas de censure depuis des années en Algérie.

 

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