Le Conseil de la Presse, verra-t-il le jour ?

Après la création de la HAICA (Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle) pour la régulation de l’espace audiovisuel, il fallait réfléchir à faire de même pour la presse écrite et électronique. Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) vient de soumettre au débat l’idée de créer le Conseil de la Presse, une instance d’autorégulation, gérée par les professionnels du secteur.

 

«Depuis des mois, nous travaillons sur le projet de la création du Conseil de la Presse, en multipliant les réunions, notamment avec la Fédération tunisienne des directeurs de journaux et en cherchant à connaître l’expérience des autres pays», indique Néjiba Hamrouni, présidente du SNJT, à l’ouverture de l’assemblée générale exceptionnelle réservée à la présentation de ce projet.

Contrairement à la HAICA, il s’agit là de mettre en place une instance d’autorégulation dont l’objectif est de défendre la liberté d’expression et de protéger le lecteur de certaines dérives. Son principe est qu’elle devrait être gérée par les professionnels des médias eux-mêmes (journalistes et directeurs de journaux) sans l’intervention de l’État ou de n’importe qu’elle autre partie. 

«Cette instance veillera au respect de la déontologie journalistique et jouera le rôle de médiateur entre le journaliste et le citoyen en cas de dépassements», précise Hichem Snoussi, membre de la HAICA et représentant de l’ONG Article 19 en Tunisie. Cela ne veut pas dire que la personne lésée ne peut pas porter plainte, mais le Conseil de la Presse se propose de régler le conflit à l’amiable.

Ce genre de structure existe dans cent pays dans le monde et est généralement financé par les patrons de presse ou par l’État.

Son activité se focalisera sur deux volets : traiter les requêtes des citoyens lésés à travers une commission qui recevra les plaintes et recenser les  violations à la déontologie dans un rapport annuel à publier. Mais avant tout, il s’agira de procéder à l’élaboration d’une charte déontologique à respecter par tous.

La composition du Conseil de la Presse réunira majoritairement des journalistes et des directeurs de journaux, en plus d’un ou deux représentants de la société. Toutefois, cette composition hybride pourrait être un obstacle à sa création, car les intérêts des journalistes et des patrons sont souvent contradictoires. C’est ce qui explique, par exemple, que cette instance n’existe pas en France.

 

Une autorité morale avant tout !

La Fédération tunisienne des directeurs de journaux s’est montrée pour le moment favorable à la création de ce conseil. «Nous sommes pour le principe de moraliser le secteur de l’information, afin d’augmenter la crédibilité des journaux papiers et électroniques. Nous sommes conscients que cette structure ne va pas résoudre tous les problèmes du domaine médiatique, mais elle permettra de donner l’image d’une presse qui respecte les normes professionnelles d’éthique», souligne Taieb Zahar, président de la Fédération.

Le seul problème qui se pose pour ce conseil est qu’il n’a pas d’autorité de sanction. Son rôle se limite à dénoncer celui qui commet un dépassement auprès des professionnels du secteur et de l’opinion publique. D’où l’interrogation de plusieurs  journalistes sur son utilité. «L’important est  de s’engager à respecter la charte déontologique. Le Conseil de la Presse pourrait devenir fort sur le long terme et grâce aux efforts des professionnels», affirme Béchir Ouerda, expert dans le domaine des médias.

La question du financement a été  soulevée à plusieurs reprises lors de la discussion du projet. Certains ont proposé que l’État y participe, quand d’autres voulaient limiter le financement aux gens du métier pour éviter l’ingérence du pouvoir politique. Un troisième avis a proposé d’avoir recours aux organismes internationaux.

Le bureau exécutif du SNJT a décidé d’organiser d’autres rencontres pour approfondir la réflexion autour du projet. De son côté, la Fédération tunisienne des directeurs de journaux a promis de le soumettre au débat lors de sa prochaine réunion.

Une chose est sûre, c’est qu’il s’agit d’un projet ambitieux qui pourrait contribuer à réguler le secteur de la presse écrite et électronique et à le prémunir des abus. En se renforçant progressivement, ce Conseil pourrait devenir une instance qui attribuerait les cartes de presse et la publicité publique.

Inchallah !

 

Hanène Zbiss

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