Inflation galopante et baisse des prévisions de croissance

Malgré le recours à un style diplomatique, le communiqué publié par la Banque centrale de Tunisie suite à la réunion de son Conseil d’administration du 29 avril 2013, est plein d’enseignements quant à la dégradation de la situation économique et financière du pays. Analyse

 

Certes, les indicateurs connaissent des évolutions différentes, ce qui laisse entrevoir des plages d’optimisme, mais le paysage économique et financier est dominé par la régression de l’investissement, la baisse des prévisions de croissance, la baisse des réserves en devises et l’accélération de l’inflation.

 

FMI : accord pour le prêt de 2,7 milliards de dinars

M. Chedli Ayari, gouverneur de la BCT, qui s’était rendu à Washington avec le ministre des Finances, M. Elyes Fakhfakh, pour participer à la session du printemps de la Banque mondiale et du FMI, a fait un exposé au Conseil d’administration sur les résultats de sa mission, après l’audience accordée par Mme Christine Lagarde, Directrice générale du FMI.

Les négociations avec le FMI ont abouti à un accord de principe pour l’octroi d’un prêt à la Tunisie d’un montant de 1,75 milliard de dollars US, remboursable au bout de 24 mois.

Il s’agit de mettre à la disposition de la Tunisie une ligne de crédit à titre prévisionnel, utilisable très rapidement en cas d’urgence pour faire face à des besoins de financement pressants et relatifs à un déficit de la balance des paiements et du budget de l’État.

Cette ligne de crédit, à confirmer lors de la prochaine réunion du Conseil d’administration du FMI prévue en mai, est accordée dans le cadre d’un programme d’appui aux réformes des structures économiques engagées par le gouvernement tunisien, en accord avec les experts du FMI. Il est utile à ce propos de les rappeler, même si leur application est progressive et doit se faire par étapes, tout en respectant les procédures légales pour éviter les perturbations sociales et la précipitation, dans le cadre du dialogue et de la concertation avec les partenaires sociaux.

Il s’agit en l’occurrence de la réforme de la Caisse de compensation dans le sens de son allègement, car elle pèse trop lourd sur le budget de l’État, à savoir 4200 MD, soit près de 20% du budget de l’État ainsi que l’orientation de ses subventions directement vers les catégories sociales qui en ont besoin réellement. D’où les mesures prises pour relever les prix du carburant.

Il y a également la réforme du système bancaire par la restructuration et la recapitalisation des trois banques publiques. Cette opération requiert 300 MD et pourrait demander après l’audit en cours plusieurs années pour être menée à bien. Parmi les choix qui pourraient se présenter figurent aussi bien la privatisation partielle à travers la Bourse, que la fusion, car les ressources financières de l’État ne permettent pas de réunir 300 MD. Le caractère public des trois banques sera maintenu en tout état de cause. 

 

Révision à la baisse des estimations de la croissance   

Le Conseil d’administration de la BCT a examiné les prévisions relatives au taux de croissance économique pour l’année 2013. 

Fixé initialement au taux de 4,5%, ce taux a été revu à la baisse et fixé à 4% du PIB. Cette révision est justifiée par la contraction probable du secteur de l’agriculture et de la pêche ainsi que le ralentissement du rythme des activités dans les secteurs des industries manufacturières et des services. En effet, les conditions climatiques ont handicapé la récolte des céréales, tandis que la pêche souffre de l’impact de la pollution et de son corollaire, le repos biologique des zones sensibles pour la reproduction des poissons.

Les indicateurs économiques les plus récents connaissent une évolution contrastée selon les secteurs. C’est ainsi que le secteur industriel poursuit un rythme d’activité positif puisque ce secteur connaît depuis sept mois consécutifs une croissance de son indice de production. En janvier 2013, le glissement annuel a connu une augmentation de 2,6% grâce en particulier à la croissance des industries non manufacturières qui a été de 6,8%, car il a bénéficié de la hausse de la production énergétique.

Il est vrai que le secteur des services souffre de tensions à cause de la baisse continue des principaux indicateurs du tourisme durant le mois de mars 2013 : entrées, nuitées et recettes touristiques selon des taux de régression entre 2% et 6% par rapport à 2012 et à plus forte raison par rapport à 2010.

Le Conseil a manifesté son inquiétude à la suite du ralentissement du rythme de l’investissement, qu’il soit d’origine nationale ou extérieure.

Or les investisseurs sont sensibles à la stabilité politique et au climat des affaires qui à leur tour sont tributaires des conditions de sécurité qui règnent dans toutes les régions du pays.

Il faudrait rappeler que l’investissement a un impact majeur et direct, non seulement sur la croissance du PIB et sur le marché de l’emploi, mais également sur les équilibres financiers macro-économiques.

 

Évolution du déficit commercial et de la balance des paiements

La balance commerciale a connu une amélioration de la situation de la balance courante au cours du 1er trimestre 2013. Le déficit courant a atteint 1,8% du PIB contre 2,3% l’année précédente. Cette baisse du déficit commercial est due à la progression plus rapide des exportations par rapport aux importations, soit respectivement +8,5% et +3,9%.

Ainsi, le taux de couverture des importations par les exportations s’est amélioré de 3,2%. Par ailleurs, il faut dire que les transferts en devises au titre du remboursement de la dette extérieure ont été accompagnés par un repli des revenus des investissements étrangers. Tout cela a engendré une baisse du volume des réserves en devises qui se sont établies à la date du 29 avril 2013 à 10.902 MD, soit l’équivalent de 102 jours d’importations contre 11.170 MD, soit 104 jours au terme du mois précédent.

 

Inquiétude face à l’aggravation de l’inflation 

Le Conseil de la BCT a exprimé son inquiétude quant à la persistance des tensions inflationnistes, car cela engendre un impact négatif sur la compétitivité de l’économie nationale et des entreprises économiques en particulier. Il s’agit notamment des secteurs orientés vers l’exportation qui sont confrontées à la crise économique. Celle-ci sévit dans les pays européens alors que les entreprises évoluent dans une conjoncture marquée par les incertitudes et l’attentisme de l’investissement national et extérieur.

En effet, le Conseil de la BCT a constaté que l’évolution des prix à la consommation a poursuivi son rythme de croissance. Ainsile taux d’inflation a connu en mars 2013 une accélération pour s’établir à 6,5% en termes de glissement annuel alors qu’il était de 5,8% en février 2013.

Il faut dire que la hausse des prix a frappé essentiellement les produits alimentaires, un taux de 8,8% selon les statistiques de l’INS. Or les statistiques ne portent que sur des moyennes et des échantillons relatifs à quelques produits prélevés sur les marchés officiels et dans les circuits commerciaux légaux, alors que la réalité du terrain est plus complexe et plus difficile. Il y a également les récentes augmentations des prix des carburants et leurs répercussions sur tous les secteurs d’activité, notamment le transport.

La Conseil de la BCT a lancé un appel à toutes les parties prenantes pour doubler les efforts afin de mieux contrôler les facteurs qui provoquent la hausse des prix, comme la maîtrise et l’amélioration des circuits commerciaux. Il y a là une initiative nouvelle qui révèle la gravité de la situation.

 

Des indicateurs bancaires contrastés

Sur le plan monétaire, le conseil de la BCT a constaté que les besoins en liquidités des banques ont diminué au mois d’avril 2013, ce qui a réduit les interventions de la BCT dans son rôle d’injection quotidienne de liquidités au profit des banques pour leur permettre de faire face aux besoins de leurs clients en trésorerie.

C’est ainsi que ce volume est passé de 3,560 MD en mars à 3,476 MD en avril 2013, c’est le plus bas niveau depuis le début de l’année.

Le taux d’intérêt moyen sur ce marché a poursuivi sa tendance haussière pour atteindre 4,7% en avril contre 4,33% le mois précédent. Rappelons que la BCT, qui décide de ce taux, cherche à travers ce relèvement du taux d’intérêt directeur à lutter contre les tensions inflationnistes.

L’analyse des activités du secteur bancaire a permis de constater la hausse de 2,3% de l’encours des dépôts au cours du 1er trimestre 2013, soit un rythme plus rapide que celui enregistré en 2012 durant la même période de 2012 et 2010 (2,1% et 1,7% respectivement.)

Il y a là un indice de confiance croissant de la part des épargnants et de la clientèle vis-à-vis des institutions bancaires. En revanche, les concours à l’économie, c’est-à-dire les crédits et facilités de caisse accordées par les banques à leurs clients, n’ont progressé que de 1,8% en 2013 contre 2,4% en 2012 durant la même période.

Ce qui montre qu’il y a des restrictions de crédit de la part des banques vis-à-vis de leurs clients.

Ridha Lahmar

 

Voyanote, le tourisme communautaire à la tunisienne 

 

À la veille du démarrage de la haute saison, un nouveau portail communautaire touristique vient d’être mis en ligne à travers l’adresse www.voyanote.com. Il s’agit d’un site Internet réalisé et hébergé en Tunisie qui permettra aux Tunisiens consommateurs de produits touristiques de critiquer et d’attribuer une note à l’hôtel où ils auront séjourné, au restaurant où ils auront mangé, à la compagnie aérienne qu’ils auront empruntée où au site touristique qu’ils auront visité, aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger. Ce site aura également pour avantage d’assurer une mise à jour régulière de la qualité d’un hôtel ou d’un restaurant en publiant des avis de voyageurs plus récents que les traditionnelles brochures ou les sites web statiques qui pullulent sur la Toile. Selon M.Tarek Lassadi, initiateur du projet, «ce site va participer sans aucun doute à l’amélioration de la qualité des services offerts, notamment dans les hôtels en Tunisie, en mettant en avant les forces et les faiblesses qui auront été relevées par les clients durant leur séjour et pour que l’aspect prix ne soit plus le seul indicateur de différenciation». Cela pourra encourager les entreprises à offrir des prestations en phase avec les attentes du touriste tunisien et répondant à ses doléances et spécificités. Voyanote.com est donc un formidable espace virtuel gratuit où les touristes tunisiens en tous genres pourront s’exprimer et partager leurs expériences touristiques en attribuant des notes. Un modérateur sera chargé d’approuver les commentaires, de veiller au respect élémentaire de la bienséance et de s’assurer de la crédibilité des posts.  Ce site est également accessible à travers les différents réseaux sociaux (Facebook, Tweeter…). Une grande soirée annuelle sera organisée par Voyanote.com pour récompenser les hôtels (par catégories) les restaurants et les compagnies aériennes qui auront été plébiscités par les voyageurs sur la base des avis publiés sur le site. Ce portail  est lancé à la mémoire du président du groupe, feu Jalel Bouricha, disparu récemment et qui avait fortement encouragé et soutenu l’idée de sa création. 

Voyanote.com sera géré par la nouvelle agence de communication «Chancia», filiale du groupe Bouricha, qui possède notamment dans son giron les hôtels Yadis et le portail Traveltodo, première agence de voyages sur Internet en Tunisie. 

S.K

 

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