Au cœur de la tourmente

Par Mohamed Ali Ben Sghaïer

S’il y a un phénomène qui, actuellement,  fait trop parler de lui et touche au plus profond de la société tunisienne c’est bien le terrorisme.  

Hormis quelques actes isolés, la Tunisie qui  est restée longtemps à l’abri de ce fléau, est aujourd’hui en proie à la montée en force de quelques franges radicales qui menacent la paix sociale et la stabilité du pays en recourant à des actes violents et en refusant de se  soumettre aux lois.

La politique permissive, voire laxiste du pouvoir en place et ses atermoiements quant à la prise de certaines décisions devant  l’amplification de ce phénomène, a laissé le champ libre aux “artisans” de l’obscurantisme et aux chantres de la violence, leur permettant de gagner davantage de terrain et de procéder au lavage de cerveaux d’un bon nombre de jeunes. Dans une étude scientifique sur la mouvance islamique, Néji Jalloul, professeur en histoire islamique, a révélé que 60% des djihadistes sont des ingénieurs ! Cela dit, non seulement la pauvreté, le chômage, la marginalisation et la précarité sont à l’origine de la recrudescence de ce phénomène dans la société tunisienne, mais bien d’autres facteurs en relation directe avec le système éducatif notamment en matière d’“éducation religieuse.”

Ainsi, une grande partie de nos jeunes diplômés est devenue une proie facile aux “trafiquants de la mort” et aux “courtiers du djihad”. Ces prosélytes facilement manipulables, dont le nombre reste toujours difficile à déterminer, forment aujourd’hui une base solide pour Ansar Acharia. 

Toutefois, ce phénomène salafiste est infiltré par bon nombre de criminels et de malfaiteurs qui y ont trouvé refuge pour escroquer et berner toujours davantage, tout en usant de leur statut “privilégié” en tant que pieux et “mta3 rabbi”. Les campagnes sécuritaires menées dernièrement par les forces de l’ordre, partout dans le pays, ont abouti à l’arrestation de nombre de personnes, dont un grand nombre “appartenant” au courant salafiste et qui sont impliqués dans des affaires de drogue, de viol, d’agression et même de meurtre !

Cela dit,  le gouvernement doit gérer le dossier du salafisme avec prudence, car la confrontation permettrait à ces formations de trouver des alibis pour multiplier les violences et gagner en combativité. Engager une «guerre ouverte» contre ces groupuscules engendrera certainement une instabilité en faisant perdurer une zone de fortes turbulences. 

Un article paru dans Foreign policy, le magazine spécialisé en affaires internationales, suppose que la politique du gouvernement vis-à-vis d’Ansar Acharia mènera à un “conflit ouvert”.

L’hebdomadaire américain estime que l’annulation du congrès d’Ansar Acharia à Kairouan pourrait radicaliser davantage ses sympathisants et les pousser à accentuer leur engagement dans une épreuve de force avec le gouvernement. Un scénario chaotique n’est pas à écarter. 

Le spectre de la “guerre civile” sera toujours de mise si le gouvernement ne passe pas rapidement à l’action pour éradiquer ce phénomène. Le laisser prendre de l’ampleur, sans qu’il y ait une réelle volonté de trancher, afin de gagner du temps pour préparer les échéances électorales, risquerait de mettre le pays à feu et à sang. Le gouvernement actuel doit se doter d’une véritable stratégie afin d’éradiquer l’extrémisme. Faire perdurer la situation d’instabilité, par pusillanimité et calculs partisans, permettra au fondamentalisme wahhabite de s’installer et à ses apôtres de mener le pays vers l’inconnu.

Lire aussi
commentaires
Loading...