Assez de tergiversations !

À l’issue d’une réunion du Conseil de Sécurité, tenue vendredi au Palais de Carthage, Rachid Sabbagh, le ministre de la Défense a déclaré : “Il est fort probable que l’état d’urgence soit prorogé et appliqué avec fermeté”. Cette réunion avait été convoquée d’urgence et réunissait autour des trois présidents tous les ministres concernés, le Chef de l’État-major des Armées et les directeurs généraux de la Sûreté. Il s’agissait de faire le point après les graves incidents de la semaine dernière qui ont eu pour théâtre Kairouan et par ricochet la cité Ettadhamen, choisie in extremis comme lieu de remplacement du 3e congrès d’Ansar Acharia. La fermeté de la réaction des forces de sécurité intérieure et de l’armée a heureusement fait échec à ce qui, selon certains analystes (cf la Presse du 24 mai) aurait peut-être permis l’instauration d’un “émirat islamique” tenté à plusieurs reprises dans d’autres régions —  et qui aurait fait pendant à l’abcès de fixation du Djebel Chaambi, le tout ayant été préparé depuis quelques semaines par la campagne d’installation des fameuses “tentes de prédication”, contrée avec fermeté par la police et dont la dernière tentative a eu lieu dernièrement à Kalaa Kebira. Cette campagne n’a aucune raison d’être dans un pays musulman, comme l’ont fait remarquer plusieurs responsables d’Ennahdha eux-mêmes, notamment Samir Dilou, dans une récente conférence de presse. Aussi, est-il étonnant que le chef de gouvernement, qui avait tenu à Doha un discours ferme, ait appelé à La Kasbah, jeudi 23, Ansar Acharia à “s’inscrire dans l’État de Droit avant qu’il ne soit trop tard”, comme si ces fanatiques n’avaient pas eu le temps de réfléchir… Que lui faut-il de plus ? Pourquoi attendre pour déclarer illégale cette “association” — qui ressemble plutôt à un réseau terroriste — et pour interdire ses activités ?

 

Une “police salafiste”, tel est le sujet soulevé la semaine dernière et repris par La Presse dans son reportage sur la cité Ettadhamen, “zone de non-droit”. L’article 15 du projet du 22 mars 2013 de la Constitution est pourtant clair et net, qui stipule… “nul autre que l’État ne peut créer de forces ou de formations militaires ou paramilitaires” ; quant à l’article 17, il précise que “ce sont les forces de sécurité intérieure (qui) sont chargées de préserver l’ordre public, de veiller à la sécurité et à la protection des individus”. Aussi les autorités feraient-elles bien de s’intéresser à cette installation d’une “police parallèle”, formée selon La Presse du 2 mai, de gaillards dûment barbus et baraqués, munis de brassards indiquant qu’ils sont “des agents de l’ordre au nom de Dieu et au service du djihad”. Rien que ça !

Même si ce n’est qu’une tentative émanant d’un “service”, il est nécessaire d’y mettre bon ordre le plus vite possible. La 2e  République tunisienne n’a pas besoin de “bassidjis” comme ceux de l’Iran théocratique !

 

La fin de l’année scolaire et universitaire remet au goût du jour la présence du “niqab” pour les étudiants devant passer leurs examens. Je ne reviendrais pas sur ce problème que j’ai déjà traité plusieurs fois et je n’ajouterai rien à ce que les opposants à ce suaire ont longuement dit et écrit. Mais la nouveauté est que la justice est revenue sur le non-lieu, justement accordé au doyen Habib Kasdaghli, et donc que le combat continue, sans que le ministère de l’Enseignement supérieur n’ait jamais pris une position franche et nette, ni proposé un projet de loi qui puisse être soumis à l’Assemblée nationale constituante. Et cela surtout après les déclarations du président de la République à l’occasion du 2e round du Dialogue national initié par l’UGTT, contraires aux décisions des divers Conseils scientifiques des Universités tunisiennes.

De toute façon, il est un peu tard pour les examens du supérieur, mais nous sommes à la veille du baccalauréat, et le problème du “niqab” pourrait bien s’y poser, si l’on en juge par l’incident du lycée de Menzel Bouzelfa (cf. N°1425 de Réalités) où le directeur a été agressé par quelques “cagoulés” pour avoir refusé l’entrée à une élève portant le “niqab”. On peut s’attendre  — même si ce n’est que par provocation — à des incidents de ce genre à travers le pays lors des épreuves du bac. Il faut s’y préparer et donner des instructions aux chefs des centres d’examen. Si le ministère concerné prend des décisions, nul doute que Lotfi Ben Jeddou, ministre de l’Intérieur, qui vient de montrer sa détermination face aux salafistes, saura prendre ses responsabilités…

Raouf Bahri    

 

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