Artisanat : défaillances et potentialités

Par Ridha Lahmar

Notre patrimoine artisanal est riche et diversifié, il témoigne de la fécondité des civilisations qui se sont succédé sur notre territoire national : punique, romaine, arabe, andalouse et turque.

Cela témoigne de l’habileté et du savoir-faire des artisans qui travaillent le bois d’olivier, le cuir, la poterie, le cuivre ciselé, la bijouterie, le corail, la laine, la céramique, la broderie, la tapisserie…

Parmi les vertus de l’artisanat figurent en bonne place une forte intensité de création d’emplois, un investissement léger en matériel et outillage, une implantation dans toutes les régions du pays avec de larges possibilités de travail à domicile.

Tout cela fait de l’artisanat un secteur qui correspond tout à fait à la résolution des problèmes brûlants de notre pays dans cette conjoncture difficile.

Il faut dire que le secteur artisanal a été marginalisé durant des décennies, que ce soit au niveau de la formation des jeunes ou bien des incitations financières et fiscales pour la création d’entreprises artisanales, de l’approvisionnement en matières premières et de la commercialisation des produits finis, du contrôle qualité, de la promotion des exportations et enfin de la protection du secteur contre toutes les formes de concurrence déloyale et de contrebande de produits importés.

Il faudrait rajeunir les professions artisanales et favoriser le transfert du savoir-faire d’une génération à l’autre grâce à la réactivation de l’apprentissage. Car peu de jeunes sont attirés par l’artisanat qui a besoin de rehausser et de valoriser son image dans la société, ce qui engendre un vieillissement des artisans et par suite, le risque de disparition à terme d’un savoir-faire ancestral. C’est pourquoi il importe de relancer l’apprentissage pour attirer les jeunes en créant des incitations financières et professionnelles. Une formation à la fois qualifiante et diplomate pourrait convenir, avec une alternance entre le théorique et la pratique en atelier chez un artisan.

L’État est tenu de mettre au point des programmes de formation et de rémunérer formateurs et apprentis jusqu’au diplôme final et de créer des circuits de commercialisation transparents et fiables au niveau de chaque gouvernorat afin de prendre en charge la vente des produits fabriqués par les artisans et de les encourager dans ce sens, par l’octroi d’avances destinées à constituer un fonds de roulement.

C’est ainsi que chaque grande ville devra avoir sa propre cité de l’artisanat où touristes et Tunisiens pourront admirer en permanence les produits exposés en vue de les acquérir.

Les cités de l’artisanat ne sont pas seulement des lieux de vente, mais aussi des centres de production : ateliers de démonstration destinés à inciter à l’achat. Il faudrait également veiller à la mise au point et à l’application de critères de qualité spécifiques selon les produits sanctionnés par des labels.

En effet, les produits de l’artisanat que l’on trouve aujourd’hui dans le commerce sont de qualité inégale et parfois, sinon souvent, il y a tromperie sur la nature des matières premières utilisées, les techniques utilisées ainsi que sur la durée de vie des articles.

Tandis que la braderie sur les prix tire la qualité des produits vers le bas ce qui est dommage. Il faut dire aussi que le commerce parallèle nuit beaucoup à la réputation des produits commercialisés.

Favoriser l’accès des artisans au crédit bancaire et au microcrédit, afin de leur permettre de s’approvisionner en matières premières et de s’équiper en conséquence pour la rentabilisation de leur activité, est un axe à développer.

Certes l’artisanat est basé sur le savoir-faire manuel, mais l’artisan a besoin d’outillage, de matériel et de matières premières, c’est pourquoi il doit accéder au crédit bancaire.

En effet, peu d’artisans, pour diverses raisons, ne sont pas bancarisés, ce qui constitue un handicap vis-à-vis du développement de leur activité et de leur réussite professionnelle. C’est pourquoi il faut favoriser l’accès à la microfinance des artisans modestes et mettre au point un crédit bancaire approprié pour les entreprises artisanales d’une certaine importance. Il est vital également de mettre en place des sociétés spécialisées dans l’exportation des produits d’artisanat.

L’artisan est un créateur, il n’est pas prédestiné à l’exportation de ses produits, celle-ci est une science et une vocation qui implique de gros moyens humains et financiers pour entreprendre et réussir. Il faut être structuré et organisé pour participer aux salons internationaux spécialisés, bénéficier de l’assistance de la COTUNACE, des conseils et des instruments mis au point à cet effet par le Cepex.

L’artisanat requiert la mise en place d’une véritable stratégie de promotion de l’innovation.

Il faut reconnaître que l’Office de l’artisanat organise chaque année le salon de l’innovation artisanale et déploie des efforts pour mobiliser les talents des artisans lors de cette manifestation, en attribuant des prix aux œuvres les plus originales. Mais est-ce suffisant pour promouvoir la création artisanale dans toutes ses spécialités ?

Il faudrait trouver d’autres moyens d’encouragement encore plus efficaces.

Le secteur artisanal, qui génère actuellement 350.000 emplois, pourrait doubler ses effectifs en sept à huit ans, moyennant une stratégie de développement intégrée.

 

One Tech Group lève près de 82MD en Bourse

Le Groupe de Moncef Sellami, One Tech, a levé avec succès près de 82MD sur le marché financier et entre en grande pompe sur la cote permanente de la Bourse de Tunis.

En effet, composé de dix sociétés distinctes, actives dans trois pôles industriels : les faisceaux de câbles électroniques, la mécatronique et les technologies des télécoms à haute valeur ajoutée, le groupe One Tech a réalisé en 2012 un volume d’affaires de 380MD. Trois quarts de ce chiffre sont réalisés à l’export avec des partenariats solides avec l’Allemagne, l’Italie et la France. C’est ainsi que FUBA fabrique des circuits imprimés et des tablettes électroniques. TTE maîtrise les technologies les plus élaborées et les plus récentes en matière de télécoms. One Tech emploie 2800 salariés — en très grande majorité tunisiens — entre cadres supérieurs, cadres de maîtrise et agents techniques.

One Tech jouit d’une très bonne rentabilité et d’une situation financière saine avec un endettement faible : 8% seulement des ressources financières. Son introduction en Bourse est motivée par le souci de développer les activités dans plusieurs directions : investir dans l’innovation technologique et assurer une croissance interne, mais aussi externe, par le rachat d’entreprises en Tunisie et à l’étranger et conquérir de nouveaux marchés à l’étranger.

L’introduction en Bourse va certainement favoriser la transparence financière et sociale de l’entreprise, mais également sa notoriété et son prestige en Tunisie et à l’étranger.

L’augmentation de capital par offre publique d’achat à prix unique : 6,5D l’action : 1D de nominal et 5,5D de prime de souscription, elle a porté sur 23,5% du capital de l’entreprise après augmentation, ce qui permet au président de continuer à maîtriser la gestion et la décision au sein du groupe. Il s’agit de 12.609.625 actions qui se sont arrachées comme des “petits pains” à la Bourse. La souscription a eu lieu du 16 au 29 avril 2013 à la Bourse de Tunis et a connu un engouement exceptionnel. Rappelons que One Tech est le deuxième exportateur privé du pays, son propriétaire est considéré comme l’un des rares entrepreneurs bâtisseurs d’empires industriels encore en activité dans le pays.

 

Mise à niveau de 30% du parc hôtelier en huit ans

Disons tout d’abord que tous les hôtels dont la structure financière est déséquilibrée et qui souffrent d’un endettement lourd sont exclus du bénéfice du programme de mise à niveau de l’hôtellerie. Instaurée en 2005 et géré par un comité de pilotage qui regroupe les principaux acteurs du système dont l’ONTT, la FTH et les banques, la mise à niveau a porté essentiellement sur la rénovation des infrastructures des hôtels dont l’âge dépasse en général une vingtaine d’années.

La récente réunion du comité de pilotage a approuvé les programmes d’investissement de quatre unités hôtelières, tandis que neuf hôtels ont obtenu un accord de principe pour leur adhésion, soit un investissement global de 26 MD.

Il faut dire que le processus de l’investissement dans le tourisme comme dans tous les secteurs d’activité économique est en panne depuis plus de deux ans.      

Sur 118 projets de mise à niveau d’unités hôtelières présentés, 111 programmes ont été retenus, portant sur une capacité d’hébergement de 55.000 lits. L’ensemble représente un investissement total de 452 MD, ce qui est un chiffre impressionnant, soit une moyenne théorique de 4 MD par projet. Cela confirme le bien-fondé de ce programme. La subvention d’investissement accordée par l’État à titre d’encouragement n’a pas dépassé les 14 MD. Rappelons que l’AFD avait mis en place une ligne de crédit spécifique de 50 MD depuis 2005, cependant un reliquat de 10 MD demeure encore inutilisé et disponible à ce jour.

Les professionnels du secteur ont exprimé plusieurs réserves vis-à-vis de la conduite adoptée par le COPIL pour la gestion du programme, notamment l’absence d’incitations motivantes accordées par l’État, ainsi que la lenteur des procédures et la qualité des études de diagnostic. Il faut dire qu’une étude d’évaluation du programme a été entamée.

En fait, il y a une certaine résistance de la part des hôteliers pour ce qui est de la prise en charge de la composante immatérielle du programme de mise à niveau, à savoir les compétences humaines pour ce qui est de l’encadrement supérieur ainsi que la formation et le perfectionnement professionnel.

La problématique actuelle du tourisme tunisien réside dans la diversification des produits afin de réduire le phénomène de la saisonnalité. Promouvoir de nouveaux créneaux tels que la thalassothérapie, le golf, le tourisme de congrès et la plaisance impliquent des qualifications pointues et spécialisées en la matière d’où la nécessité pour les hôteliers de recruter et de former de nouveaux cadres afin d’améliorer la qualité des prestations de service offert à la clientèle.

 

Grandes surfaces : est-ce la fin du blocage ?

La Chambre syndicale des grandes surfaces de l’UTICA s’est réunie le 10 avril et a publié un communiqué selon lequel elle se félicite des décisions prises récemment par le ministère du Commerce pour lever les obstacles qui ont jusqu’ici empêché le développement des grandes surfaces dans le pays.

La Chambre a exprimé son souhait de voir ces décisions se concrétiser rapidement afin de permettre la réalisation des investissements relatifs à la progression de la distribution moderne et à la création de milliers d’emplois.

Il convient de rappeler que la grande distribution a fait ses preuves au cours des dix dernières années grâce à plusieurs impacts positifs sur le plan économique et social.

Transparence des circuits de distribution, vérité des prix, création d’emplois, respect de la législation fiscale et sociale, lutte contre la spéculation et l’inflation.

Les différents opérateurs en la matière ont consenti un effort sérieux d’information du consommateur, un investissement dans le confort d’achat, le respect des normes de sécurité et d’hygiène conformément aux normes européennes en la matière.

Cependant, l’Administration n’a permis l’implantation que de deux hypermarchés à Tunis en 10 ans, le 3e agrément a été accordé pour un 3e hypermarché à Sousse qui n’a pas encore ouvert ses portes. Ce qui fait que les différentes chaînes de grandes surfaces sont restées dans les limites de la moyenne distribution soit 1500 mètres carrés de surface de vente au sol au maximum avec possibilité d’un deuxième niveau de même surface. Ainsi, une vingtaine de supermarchés de quartier ont été créés en 10 ans, soit 2 par an, ce qui est peu par rapport aux besoins de la population et aux attentes du marché.

L’investissement s’est focalisé sur la rénovation des anciens magasins qui étaient plutôt vétustes, peu adaptés aux impératifs de la distribution moderne. C’est ainsi qu’une grande partie du parc a été modernisée. Il y a lieu de remarquer que la distribution moderne qui ne représentait que 5% du secteur en 2000 est passée en 2010 à 15%. Nous sommes encore très loin de la situation des pays industrialisés, où la distribution moderne atteint et dépasse 70% et 80%.  

L’étude relative au schéma directeur des grandes surfaces avait fixé à l’époque l’objectif de 50% pour 2016. Or le mouvement de création de grandes surfaces a été ralenti par l’Administration par faute d’agréments. Cet objectif nécessitera trente ans si l’on continue au même rythme. 

La modernisation du secteur de la distribution est un impératif économique qui assume un rôle de locomotive vis-à-vis des secteurs productifs.

La Chambre a exprimé son accord vis-à-vis du soutien à apporter au petit commerce pour l’aider à assurer sa mise à niveau. 

Ridha Lahmar   

 

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