L’espoir malgré le chaos

Le sous-sol de notre pays n’est pas particulièrement riche en pétrole et encore moins en métaux précieux, cependant, nous avons des gisements considérables en phosphates. Il se trouve que ceux du bassin minier de Gafsa connaissent des perturbations socioéconomiques permanentes depuis plus de deux ans, ce qui prive ainsi le budget de l’État de ressources en devises importantes et mettent la compagnie de Gafsa et le Groupe chimique en difficulté.

Il est temps de mettre en exploitation d’autres gisements, situés soit plus au nord ou plus au sud, afin de mettre en valeur d’autres régions et d’alimenter de nouveau le budget de l’État.

 

Les multiples difficultés du bassin minier de Gafsa 

La Compagnie des phosphates de Gafsa et le Groupe chimique connaissant des perturbations quasi-permanentes de leurs activités à différents niveaux de l’avancement du processus de production et en plusieurs endroits depuis plus de deux ans, tant et si bien que le chiffre d’affaires s’est effondré, que les déficits financiers se creusent et que les marchés extérieurs se perdent. Il y a un handicap sérieux et durable qui frappe le secteur phosphatier et qui mérite des solutions durables de la part des pouvoirs publics.

Tantôt c’est la grève des ouvriers qui demandent des augmentations de salaires, ce qui bloque la production, tantôt des sit-in de sans-emplois qui veulent être recrutés et qui bloquent le transport des chargements de phosphates, tantôt ce sont les employés des sous-traitants (secteurs environnement et transports) qui veulent être recrutés par la compagnie elle-même ou régularisés dans leur situation.

Cette instabilité et ces irrégularités dans la production et l’acheminement des phosphates engendrent des bouleversements dans la gestion des entreprises du secteur, dans l’économie du pays et de la région, ainsi qu’un manque à gagner dans le budget de l’État.

Pour le Groupe chimique à Gabès, les perturbations concernent l’accès au port des bateaux qui viennent charger le phosphate et les produits chimiques ainsi que l’accès à la zone industrielle souvent bloqués pour des considérations hors phosphate. 

C’est ainsi qu’en cette période, la station du pompage de Kef ED Dour est à l’arrêt, ce qui a provoqué le blocage du lavage du phosphate brut et son nécessaire traitement avant sa transformation chimique dans les usines du groupe. En effet, les sit-inneurs exigent d’être recrutés par les sociétés ayant en charge la protection de l’environnement pollué par l’extraction des phosphates et le rejet des déchets.

Tout cela bien que le gouverneur soit intervenu pour le recrutement de 50 chômeurs par les sociétés qui protègent l’environnement des mines.

La population, du moins certains groupes, usent de tous les moyens de pression pour perturber le fonctionnement du groupe phosphatier. Il y a un risque réel de faillite si la situation perdure et s’il n’y a pas recours à l’application de la loi, car le chiffre d’affaires réalisé est dérisoire.

En 2012, les pertes ont été évaluées à 1 milliard de dinars.

Le chiffre d’affaires du 1er trimestre 2013 est de l’ordre de 300.000 dinars alors qu’il devrait normalement atteindre 2 millions de dinars.

Par rapport à 2010, la régression est de 80% et les pertes atteignent déjà 200 MD vu les recrutements réalisés et les augmentations de salaires.

Rappelons que le groupe doit payer 15 MD de dédommagements relatifs à la pollution engendrée par les phosphates au milieu agricole.

 

Perspectives du secteur des phosphates 

Notre pays dispose d’un atout majeur en matière d’exploitation minière, ce sont les gisements de phosphates. Il s’agit d’un minerai qui bénéficie d’une forte demande sur le marché mondial avec des prix élevés, que ce soit sous forme de minerai brut ou élaboré sous forme de produits chimiques.

Jusqu’ici, c’est le bassin minier de Gafsa qui a bénéficié d’une exploitation systématique avec les centres de Redeyef, Moularès et Mdhilla.

En réalité, il y a deux autres gisements qui n’ont pas été encore entamés et qui sont plutôt prometteurs par leurs richesses en production, transformation et création d’emplois.

 

L’avenir des phosphates : Sra Ouertane et Tozeur

Parmi les gisements de phophates prometteurs pour l’avenir sur le plan de l’exploitation figurent en bonne place ceux de Sra Ouertane dans le gouvernorat du Kef ainsi que celui de Tozeur.

Ces deux gisements sont connus depuis longtemps par les départements techniques de l’Administration pour leur richesse et leur importance suite aux études préliminaires effectuées par les ingénieurs et les techniciens, mais n’ont jamais fait l’objet de projets d’exploitation en raison de la nécessité de mobiliser des investissements d’infrastructure de grande envergure.

 

Sra Ouertane

Le gisement de Sra Ouertane, situé dans la région du Ksour pourrait être un projet exemplaire pour mieux intégrer les fonctions successives d’extraction, d’enrichissement et de transformation des phosphates. Le stock du gisement est évalué à 5 milliards de tonnes de minerai avec une teneur moyenne de P205. La matière transformée en acide phosphorique et en engrais est de 14%.

Ce projet pourrait devenir opérationnel avec une mise en concession de 25% du gisement. Ce projet pourrait faire l’objet de la création de deux sociétés distinctes : l’une ayant une vocation minière avec extraction et enrichissement (lavage) du phosphate. L’autre ayant une activité chimique de transformation du phosphate en acide phosphatique… et engrais destinés à l’exportation.

La production minière étant estimée à 4 millions de tonnes de phosphates marchand. Alors que les quantités de matière P205 à transformer sous forme d’acide phosphorique et engrais seraient de l’ordre de 1 million de tonnes.

Il faut dire que les infrastructures à mobiliser pour assurer l’exploitation de ce minerai sont impressionnantes : voie ferrée et matériel roulant pour le transport du minerai, adduction d’eau, plate-forme portuaire pour l’exportation des produits, installations pour le stockage des produits et le dépôt des sous-produits.

L’ensemble de l’investissement est estimé à  3 milliards de dollars selon les experts.

 

Le gisement de Tozeur

La mise en valeur du gisement de Nefta-Tozeur implique un investissement global de 780 M d’euros, soit 1500 MD, ce qui inclut l’extraction du minerai de phosphate, son enrichissement ainsi que la transformation chimique du produit.

L’étude technique du projet n’est pas encore achevée, cependant l’option retenue est celle d’une conception de développement intégré du projet de phosphate du Djerid qui doit obligatoirement respecter l’environnement étant donné le caractère touristique et agricole de la région.

Il est clair que l’infrastructure de base doit être sensiblement renforcée, modernisée et adaptée aux besoins industriels.

Tandis que les déchets des phosphates doivent être déposés dans des sites étanches loin des zones touristiques et des espaces agricoles de l’oasis.

Ridha Lahmar  

 

Des chiffres hallucinants

La CPG accuse un déficit de 1350 MD pour les deux années 2011 et 2012. Ce chiffre atteint 2000 MD si l’on inclut le Groupe chimique.

En effet la production n’a pas dépassé 30% en 2011 et 2012 de ce qu’elle était en 2010. La production moyenne avant la révolution était de 8 millions de tonnes par an de phosphates selon les déclarations de M. Néjib Mrabet, DGA de la compagnie, sur les ondes de Radio Express FM le 15 avril 2013. La compagnie qui n’employait que 7000 salariés en 2010, en emploie directement et indirectement 17.000 aujourd’hui, après 2500 recrutements nouveaux, outre l’intégration des employés des sociétés de protection de l’environnement, de gardiennage,…

Ce qui est encore plus grave c’est que la CPG a perdu sa clientèle à l’export, probablement pour longtemps, suite aux contrats signés par ses principaux clients avec de nouveaux fournisseurs.

Les répercussions sur la SNCFT sont terribles, car elle assurait le transport des phosphates pour un chiffre d’affaires de 40 MD par an. Le tarif de 5,600D la tonne était intéressant pour les deux parties ; or le recours aux transports par camions à raison de 20 D ou 21 D la tonne est un pis-aller. La CPG réclame la sécurisation de l’accès aux lieux de production et de stockage des phosphates.

R. L   

 

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