BLOC-NOTES

Par Sami Mahbouli

L’ennemi le plus résolu de la Révolution est bien cette voyoucratie qui fait régner le chaos dans nos villes et dans nos quartiers quand bon lui semble ; ce qui s’est produit à Bizerte montre que l’heure n’est plus aux débats de salons : quand une ville de plus de 100 000 habitants est, durant plusieurs jours, l’otage d’une bande d’excités déterminés à semer la peur dans le cœur des citoyens, seules les réponses musclées doivent prévaloir. Comme de bien entendu, certaines belles âmes  n’ont pas manqué de  reprocher aux forces de l’ordre un excès de brutalité ; je ne suis pas convaincu que des casseurs et des  pillards déchaînés doivent être traités avec douceur et aménité. Quand, par-dessus le marché, cette racaille brûle l’étendard national, on a tendance à trouver de la poésie à la matraque. Qui peut vraiment croire qu’une simple décision de la FTF est à l’origine de tout ce raffut ? Qui peut croire que les Bizertins sont prêts à se révolter pour un match de foot ? J’ai trop d’estime pour mes compatriotes bizertins pour avaler de telles sornettes ; j’ai davantage le sentiment que les marginaux et les délinquants que notre société injuste a produit considèrent que la période est propice à tous leurs forfaits. Traiter le mal à la racine, faire reculer la misère et la détresse sociale restent, à terme, les meilleures réponses à ces explosions de violence urbaine ; entre-temps, aucune atteinte à la paix civile ne saurait être tolérée.

 

L’Assemblée Constituante s’enfonce, jour après jour, dans le discrédit le plus complet ; l’interminable accouchement d’une Constitution n’est pas son pire travers lorsqu’on voit la qualité des débats qui s’y tiennent ; ce ne sont plus que vociférations et insultes variées que nos élus s’échangent à longueur de séances. Ces jours-ci, la prose est devenue plus fleurie puisqu’ils se traitent carrément de chiens…Si nous pensions, un seul instant, le 23 octobre 2011 en nous rendant aux urnes, que nos députés allaient puiser leurs arguments dans le registre canin, nous eûmes opté pour un pique-nique sur l’herbe. Non pas que nous pensions envoyer à l’auguste assemblée la quintessence de l’esprit et de la sagesse nationale ; étant donné que les critères retenus par les partis pour dresser la liste de  leurs candidats aux élections relevaient essentiellement du copinage, on a dû se contenter, faute de grives, de merles. Notre fol espoir fut que la noblesse de la mission et la taille des enjeux transcendent les hommes et hissent nos élus au niveau de leurs responsabilités. A peine calés dans leurs sièges, nos Constituants nous offrirent le spectacle désolant de leur vénalité et de leurs divisions. Même si certains d’entre eux croient sincèrement en leur responsabilité historique, ils n’ont pas, collectivement, su gagner l’estime des Tunisiens. Quand les noms d’oiseaux fusent des bancs de l’Assemblée et que la grossièreté y règne en maître, vient immanquablement  à l’esprit le patronyme de ce Général français du 19e siècle, Trochu, que Victor Hugo immortalisa par un mot cruel : « Trochu participe passé du verbe Trop Choir ».

 

On doit reconnaître au président du parti Majd, Abdelwahab Hani, un véritable talent d’orateur et une combativité  à toute épreuve ; son dernier passage à l’émission « Essaraha Raha » fut pour lui une occasion de régler de vieux comptes avec ses camarades d’exil et de nous livrer une image peu flatteuse du climat qui pouvait, avant le 14 janvier 2011, régner au sein de l’opposition à l’étranger : entre les soupçons de double-jeu, les financements occultes, les haines recuites et même les agressions physiques caractérisées, l’image d’Epinal d’une opposition soudée contre Ben Ali sort particulièrement écornée. On comprend, rétrospectivement, qu’avec une opposition en exil de cet acabit, Ben Ali ait pu demeurer au pouvoir plus de 20 ans. Il est encore plus triste de constater que les rancoeurs accumulées sur les chemins de l’exil se soient, depuis, exacerbées ; dans la distribution de prébendes et de fromages post-révolutionnaire, les exilés politiques n’ont pas tous eu la même chance : certains goûtent aux délices des fastes républicains, d’autres sont encore aux prises aux difficultés du quotidien. Une chose est à  peu près sûre : la loterie révolutionnaire a fait autant d’envieux que d’heureux.

Email :avocatmahbouli@gmail.com               

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