Tunisie 2020 : quel projet stratégique ?

Mourad Ben Chaabane

On peut affirmer que MAC/SA, après avoir préparé soigneusement l’événement, a réussi le 31 janvier 2012 une fête brillante pour son 20e anniversaire.

En effet, M. Mourad Ben Chaabane, son Directeur général, a saisi cette opportunité pour annoncer plusieurs bonnes nouvelles dans le domaine économique et financier, tout en invitant des conférenciers de talent comme Jacques Attali et Ahmed El Karm à s’exprimer sur l’état des lieux de l’économie mondiale et tunisienne aujourd’hui, ainsi que les perspectives à l’horizon 2020 devant un parterre prestigieux de décideurs et de chefs d’entreprises.

 

MAC/SA s’est déjà illustrée par la réussite de plusieurs introductions remarquées en Bourse comme celle de Syphax Airlines. En effet, récemment créée, la compagnie aérienne privée dirigée par Mohamed Frikha, patron de Telnet, vient de lever des capitaux sur le marché financier en collaboration avec Tunisie-valeurs, afin de consolider sa position dans le paysage du transport aérien en signant un contrat pour l’acquisition sur cinq ans de dix avions Airbus A320.

 

Des introductions prestigieuses en Bourse

MAC/SA prépare activement l’introduction en Bourse de la compagnie Hannibal Lease, 4e société de leasing en termes de parts de marché, en vue d’une augmentation de capital de 15MD.

MAC/SA a pris en charge également l’introduction en Bourse de Délice, un groupe leader de dix sociétés actives dans l’industrie agroalimentaire avec un chiffre d’affaires annuel consolidé de 1,3 milliard de dinars et 3500 salariés. Délice a entrepris un investissement de 80MD pour la réalisation d’une centrale laitière à Sidi Bouzid dont l’entrée en activité devrait être effective en 2014.

MAC/SA prépare l’entrée en Bourse de SAH : c’est l’enseigne Lilas, leader maghrébin de l’hygiène bébé, féminine et papier avec des usines en Tunisie, Algérie et Libye et comptant 1700 salariés. Afin de mieux intégrer ses activités, Lilas a entrepris la réalisation d’une usine en Tunisie pour la fabrication de la ouate de cellulose (matière première) avec un investissement de 50MD.

 

Création du fonds d’investissement Jasmin

MAC/SA a décidé de créer avec son partenaire américain ECP (Emerging Capital Patners), un fonds de Private Equity, dénommé Jasmin Fund avec un capital de départ de 100 MDT. Ce fonds est destiné à favoriser la relance de la croissance économique en Tunisie.

Il s’agit, selon le Directeur général de MAC/SA, de soutenir et de consolider les fonds propres des sociétés tunisiennes qui veulent se développer, notamment en investissant à l’étranger pour devenir des “champions” à l’échelle régionale et tunisienne.

Il y a lieu de remarquer que ECP est l’un des fonds d’investissement les plus importants et actifs en Afrique avec un actif de 1,8 milliard de dollars US.

Cibler des secteurs

porteurs

M. Ahmed El Karm, président du Directoire d’Amen bank qui a soutenu le développement de MAC/SA a fait une intervention dans laquelle il a proposé une stratégie de croissance pour notre pays à l’horizon 2020. Cette stratégie porte sur le développement de deux secteurs porteurs pour lesquels notre pays dispose d’avantages compétitifs certains. Il y a aussi et surtout une orientation exportatrice vers deux continents qui connaissent un développement rapide et une explosion de leurs besoins en consommation : l’Afrique et l’Asie (Chine). Nous devons donc élaborer rapidement des stratégies dans ce but.

Selon M. El Karm, le monde connaît des changements majeurs ayant des incidences sur la Tunisie, comme la crise économique et financière des pays de l’UE avec laquelle nos flux d’échanges représentent 75%, ce qui impacte nos exportations. Nous devons orienter nos efforts vers l’Afrique qui connaît une croissance économique de 5% par an.

L’Afrique aura en 2020 2 milliards d’habitants et aura besoin de 400 milliards de dollars de biens de consommation, c’est pourquoi nos entreprises et nos banques devront s’implanter dans les pays africains dans le cadre d’une coopération tripartite avec des entreprises européennes et africaines.

La Chine sera avant 2020 le premier PIB mondial avec une classe moyenne de 475 millions d’habitants avides de consommer. Or, nous n’avons pas de politique promotionnelle d’exportation de nos produits vers la Chine, nous devons donc le faire dès maintenant.

Nous devons également mettre l’accent sur le développement de notre agriculture, car le spectre de la sécheresse à l’horizon 2050 menacera notre sécurité alimentaire avec une baisse annoncée de 50% des rendements en céréales. Une réforme foncière est nécessaire pour moderniser et intensifier notre agriculture.

Deux opportunités sont à saisir par notre pays pour mieux tirer profit de nos avantages compétitifs en attirant une clientèle étrangère grâce au développement de deux secteurs exportateurs sur place, la santé et l’enseignement supérieur. Ce sont là deux secteurs créateurs d’emplois pour nos jeunes compétences et générateurs de devises.

Avec ses cliniques bien équipées et ses compétences médicales et paramédicales, notre pays peut devenir à l’horizon 2020 un centre médical régional attractif et réputé. En effet, la santé est devenue la 2e source de dépenses dans le monde après l’armement. L’enseignement supérieur privé peut attirer des centaines de milliers d’étudiants étrangers, ce qui constituera une source de devises. Il faudrait de l’audace pour engager des réformes dans ce sens.

 

Tendances mondiales à l’horizon 2020

Jacques Attali a présenté à l’auditoire les tendances lourdes à l’échelle mondiale à l’horizon 2020.

Croissance démographique rapide : la population mondiale sera de 7,5 milliards en 2020 et 9 milliards en 2050. D’où l’ampleur des mouvements de population : 1,5 milliard de personnes seront amenées à vivre en 2020 hors de leur pays d’origine. Les nouveaux besoins de consommation seront énormes, il y a là une source de croissance sensible.

Les potentialités de croissance aux USA seront supérieures à celle de l’Europe et dix-sept pays de l’UE évolueront vers une puissance fédérale.

Il n’y aura pas de déclin de l’Europe dont les fondamentaux socioéconomiques seront consolidés.

Le phénomène d’occidentalisation du monde se confirmera à l’horizon 2020, pas seulement concernant la façon de s’habiller, mais aussi la façon de penser, de se comporter. Il y a également la diffusion des valeurs démocratiques et de l’économie du marché.

La Chine sera en 2020 une superpuissance, notamment sur le plan économique. En effet, la Chine est devenue un acteur majeur et dès 2017 elle sera le premier PIB mondial.

Pour ce qui est de l’Afrique, c’est le futur n° 1 : un continent vaste, jeune et dynamique. La croissance économique est forte en Afrique : 50% par an alors que 1/5e seulement des terres sont cultivées.

La classe moyenne en Afrique passer de 90 à 120 M en 2020.

Selon un sondage, 97% de la population pense qu’elle vivra mieux en 2020 au Ghana contre 15% au Maghreb.

En 2020, parmi les quatre futurs acteurs incontournables en Afrique figurent l’Égypte, le Maroc et l’Afrique du Sud.

Les populations francophones seront de 700 millions, soit 85% des Africains.

Seuls les pays qui ont une cuisine riche et renommée, une musique appréciée et une démographique forte ont un avenir.

 

Risques de ruptures

Selon M. Attali il y de multiples risques de ruptures dans le printemps du monde en 2020. D’abord, les sources de tension sont énormes un peu partout. Le terrorisme, les trafics de drogue et d’armement sont des menaces réelles. Les enjeux climatiques, dont le réchauffement de la planète, sont considérables, ce qui fait peser des risques écologiques sur la sécurité alimentaire.

Il y a également des bouleversements technologiques à venir : TIC, biotechnologies.

 

Les secteurs-clés pour la croissance

Le conférencier a passé en revue plusieurs secteurs d’activité appelés à être à l’horizon 2020 des relais de croissance économique forte, créateurs de richesses, de valeur ajoutée et d’emplois.

Il s’agit de l’énergie sous toutes ses formes — notamment les énergies renouvelables — de la santé, une valeur en hausse, avec la prolongation de la durée de vie, le développement des technologies médicales, la recherche de nouveaux médicaments et l’amélioration de la couverture sociale.

Les industries agroalimentaires ont un grand avenir lié à la sécurité alimentaire.

Les mesures, les moyens et les techniques de sécurité sont appelés à se développer en réaction avec les tensions et les risques terroristes. Le secteur de l’éducation est appelé à se développer davantage.

Toutes les activités de distractions ainsi que l’industrie du tourisme sont appelées à connaître un grand avenir. Enfin, toutes sortes de réseaux et d’infrastructures liées à la distribution de l’eau, aux télécommunications, au transport de l’énergie sont appelées à connaître un grand développement.

En 2020 il y aura trois groupes de population dans le monde : 200 millions de riches, une classe moyenne de 4,5 milliards d’individus avec d’énormes besoins de consommation et 3 milliards de pauvres qui représentent un énorme potentiel de création, mais manquent de moyens financiers pour concrétiser leurs projets.

L’évolution des mouvements idéologiques est impossible à prévoir (la religion qui donne un sens à la vie par opposition aux biens matériels.) Les ONG auront un rôle croissant en 2020 avec 15% du PIB mondial : il s’agit de transformer la croissance en développement. 

 

Cinq règles d’or pour réussir la transition

Selon l’expérience capitalisée par le créateur de la BERD dans les pays de l’Est, les cinq règles d’or pour réussir le processus de transition démocratique sont les suivantes.

Instaurer un État de droit avec des institutions stables.

Garantir les libertés de presse, de création d’associations et de partis politiques.

Maintenir en toutes circonstances l’autorité de l’État et des institutions démocratiques.

Ouverture du pays aux investissements directs étrangers et projeter une vision d’avenir vis-à-vis du monde.

Maîtriser la démographie et mettre à profit le potentiel considérable d’éducation.

 

Quel projet stratégique pour 2020 ?

Il faudrait que la Tunisie définisse un projet de développement stratégique pour les vingt années à venir à la suite d’un dialogue entre tous les partenaires sociaux.

Parmi les priorités de la Tunisie, il y a la mise en place d’institutions stables, ainsi que l’amélioration du climat de l’investissement : consolidation de la sécurité et la stabilité, promulgation d’un code de l’investissement incitatif vis-à-vis des investisseurs. Le taux d’inflation doit être maîtrisé, car il s’agit d’un facteur pernicieux pour la croissance.

Les infrastructures de base méritent de connaître modernisation et développement, notamment dans les régions intérieures, pour attirer les promoteurs de projets économiques. La solution au problème de création d’emplois doit être trouvée en rapport avec les pays de l’Union européenne et dans le cadre d’un partenariat et d’une complémentarité euro-méditerranéenne.

 

Les projets de Planet Finance en Tunisie

Selon Jacques Attali, le principal obstacle à la croissance est le défaut de l’accès au financement des acteurs économiques. C’est pourquoi il considère le microcrédit comme un facteur majeur d’inclusion financière.

La concrétisation s’est faite par la création de Planet Finance avec un capital de 1 milliard d’euros à investir dans la microfinance. Actuellement Planet Finance est la première institution de microcrédit en Europe.

Planet Finance se propose de réaliser deux projets en Tunisie, création d’une banque de microcrédit, dont le business-plan sur cinq ans prévoit la mise en place de treize agences et de dix-sept points de vente. Le deuxième projet consiste à former les jeunes pour leur apprendre un métier.

Le président de Planet Finance n’a pas manqué de souligner le rôle majeur, la qualité de gestion et la réussite d’ENDA dans le développement du microcrédit en Tunisie.

Ridha Lahmar

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