Les stratégies de la ruse

En premier lieu, définir la  ruse  : « Tromperie calculée en vue d’obtenir ce que l’on veut. »… et la tromperie, a été dès le début la stratégie du parti Ennahdha avec ses doubles discours continuels et incessants. Le plus bel exemple de cette politique est le fameux remaniement qui occupe l’espace public depuis des mois et qui n’est qu’un leurre pour occuper la sphère politique pendant que l’on mettait en place la politique de noyautage de l’Etat. Des centaines de nominations au sein de l’Administration ont eu lieu jusqu’à ces derniers jours, qui ont vu un mouvement important à la tête des institutions principales pour compléter et verrouiller le système.

La rencontre du samedi 26 janvier avec le premier ministre était surréaliste tant on avait l’impression d’être coupé de la réalité. Il n’a cessé de répéter les priorités de l’Etat qui sont le développement, le coût de la vie, la sécurité et le chômage sans prendre conscience apparemment que sous son gouvernement le chômage s’est emballé, que le coût de la vie a flambé, que l’endettement connaît des seuils inquiétants et que la sécurité est menacée par des groupes instrumentalisés qu’on a laissés prospérer par un laxisme parfois complice. Cela est bien le bilan ô combien négatif de ce gouvernement et on aurait voulu qu’il fasse preuve de plus de modestie et de ce fameux patriotisme en tenant un langage de vérité et non pas ces perpétuelles pirouettes qui ont amené à un nouveau report de ce remaniement, laissé apparemment à la discrétion de l’Assemblée constituante.

On est en droit de nourrir des soupçons légitimes envers nos gouvernants face à leur incapacité à résoudre les réels problèmes du Tunisien, confronté à une réalité de plus en plus difficile. Leur apparent cynisme face à la paupérisation des Tunisiens peut nous laisser supposer qu’il y a peut-être la volonté de fragiliser davantage les plus démunis pour les rendre encore plus dépendants aux sollicitations des nombreuses organisations de bienfaisance qui sont souvent d’origine religieuse. On a l’impression que l’Etat ne joue plus son rôle de protecteur aussi bien sur le plan matériel que sécuritaire avec la volonté peut-être que l’individu se réfugie auprès d’organisations privées qui sauront l’embrigader en lui apportant aide et soutien. On fait partie d’une famille, d’un groupe social et la notion de citoyenneté s’efface parce que l’Etat ne joue plus son rôle.

Que dire de cette stratégie de déculturation et la destruction de mausolées qui s’accélère avec encore l’inertie d’un Etat absent.  Il est clair à présent que cette stratégie est commanditée par les tenants d’un wahabisme qui tente de pervertir l’identité profonde des Tunisiens aussi bien sur les plans religieux que formels. Prenons l’exemple des ces vêtements, enfin de ces accoutrements qui ont fleuri dans notre pays comme des fleurs vénéneuses, peut-on imaginer un saoudien ou un qatari se vêtir de notre jebba ?

Bien sûr que la Révolution tunisienne a été confisquée. Combien sont tristes les images qui montrent l’enthousiasme et la naïveté qui ont suivi la Révolution, combien sont tristes les images du 23 octobre lorsque les Tunisiens brandissaient leur index bleuté vers le ciel en signe de victoire ? Les lendemains de fête sont tristes, car il est évident à présent qu’un ordre menaçant et effrayant tente de se mettre en place et la Tunisie risque de vivre encore une fois un épisode douloureux à contre-courant de l’Histoire.

Encore la ruse employée par le petit Qatar qui se dit ami et soutien de notre Révolution. J’avais toujours pensé que le Qatar aidait les révolutions islamistes pour protéger son système politique archaïque, ainsi que celui de son voisin l’Arabie saoudite. Or, il apparaît qu’il y a d’autres intérêts en jeu comme celui de déstabiliser les pays arabes et de les fragiliser pour racheter leurs fleurons industriels. Notre premier ministre, dans sa grande naïveté, a cru au soutien désintéressé de ces pays pétroliers en allant faire une quête humiliante auprès de ces émirs au lendemain de sa prise de fonction, mais on lui a fait vite comprendre qu’ils ne faisaient pas de dons mais que s’il avait quelque chose à vendre, ils seraient intéressés. Il faut rappeler que les emprunts opérés auprès de ces pays sont pratiqués à des taux supérieurs à ceux d’autres pays, cela veut tout dire. Nos voisins immédiats ne sont pas mieux lotis, car l’Algérie et la Libye que nous avons tant aidées, chacune en son temps, nous vendent leur pétrole au prix fort  du marché et non à un taux préférentiel.

Parler de solidarité arabe est une fumisterie, et parler de nation arabo-islamiste est un pur fantasme. Plus que jamais, en ces temps de crise et de difficultés, je me revendique comme Tunisien et musulman seulement, fier de son Histoire et de ses spécificités culturelles. Je souhaite ardemment qu’un jour la Tunisie aille à la rencontre de son destin, libre et féconde, ouverte à la modernité et aux vents du large, « bien loin de ces miasmes morbides »  comme disait le poète.

Par Foued Zaouche*

*Artiste-peintre et portraitiste

 www.fouedzaouche.com

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