Les Occidentaux fuient Benghazi

De nombreux États occidentaux ont appelé leurs ressortissants à quitter Benghazi en raison «d’une menace les visant en représailles à l’intervention française au Mali» qui a débuté en ce mois de janvier 2013. Non informées par cette décision unilatéralement prise, les autorités libyennes n’ont pas caché leur colère.

 

«Nous sommes maintenant au courant d’une menace spécifique et imminente contre les Occidentaux à Benghazi. (…) Nous ne pouvons pas faire de commentaire sur la nature de la menace», a affirmé le ministère britannique des Affaires étrangères. Jeudi 24 janvier, la Grande-Bretagne est la première à appeler ses ressortissants à quitter “immédiatement” la ville de l’est de la Libye.  De fait, le Foreign Office, qui avait depuis septembre 2012 “averti contre tout déplacement” à Benghazi et toutes les régions libyennes, à l’exception de quelques villes comme Tripoli, Zawiya, Zliten ou encore Misrata, a actualisé ses consignes de voyage. Et la Grande-Bretagne n’a pas été la seule. Son appel a été aussitôt relayé par l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Australie, la Suisse et la France. Ainsi, Philipp Rösler a annulé un voyage qu’il devait effectuer en Algérie et en Libye début février en raison de la situation sécuritaire dans la région. Le ministre de l’Économie et vice-chancelier allemand devait se rendre en Libye et en Algérie entre le 5 et le 7 février, à la tête d’une délégation d’hommes d’affaires afin de «discuter des moyens de renforcer la coopération». Selon une note d’information publiée par le site du ministère des Affaires étrangères allemand, “le gouvernement fédéral dispose de renseignements sur des risques concrets immédiats visant les citoyens occidentaux à Benghazi”. Les autorités françaises ont demandé à la quarantaine de Français résidant dans la ville et dans ses environs de quitter les lieux “au plus vite”. Les deux écoles occidentales de Benghazi, l’International School et l’École européenne ont aussitôt fermé leurs portes.

 

L’incompréhension des Libyens

Surpris par l’appel des pays occidentaux à leurs ressortissants pour qu’ils quittent Benghazi, les responsables libyens ont aussitôt réagi. «Aucun avis officiel ne nous est parvenu d’un pays, quel qu’il soit», a indiqué un responsable du ministère de l’Intérieur cité par l’agence Lana. Omar Al-Khadouri, le ministre délégué chargé des Affaires sécuritaires, qui a contacté l’ambassade de Grande-Bretagne à Tripoli pour lui demander des explications sur le communiqué britannique, a affirmé n’avoir reçu aucune réponse. «Ces pays ont pris des mesures et nous pouvons le comprendre. (…) Mais la réalité est que ces personnes de nationalité étrangère vivent très pacifiquement en Libye et qu’il y a des mesures de sécurité pour les protéger», a déclaré le Premier ministre libyen Ali Zeidan à Davos. «Nous reconnaissons qu’il y a des problèmes de sécurité à Benghazi et ceci depuis plusieurs mois. Mais il n’y a pas de nouvelles données qui peuvent justifier cette réaction de Londres», a pour sa part déclaré Abdallah Massoud, le vice-ministre libyen de l’Intérieur.

Depuis quelques mois, Benghazi est la cible de violences chroniques. De nombreuses attaques ont notamment ciblé des diplomates étrangers. Ainsi, le 11 septembre 2012, un attentat contre le consulat américain a coûté la vie à quatre Américains, dont l’ambassadeur en Libye Chris Stevens. Plus récemment, la voiture blindée du consul d’Italie, Guido De Sanctis a été la cible d’une attaque à l’arme à feu, dont il est sorti indemne. Certes, la ville est prise dans l’engrenage de la violence. Toutefois, diplomates étrangers comme analystes s’interrogent sur la soudaineté de cette décision : est-elle due à un risque d’attentats de représailles après l’intervention française au Mali ou comme pensent certains est-elle un prélude à une prochaine intervention étrangère dans l’est de la Libye ? La réponse sera connue dans les prochains jours…

A.T

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