Entretien avec Ridha Belhaj, porte-parole de Hizb Ettahrir: «Notre popularité s’accroit de jour en jour»

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Bien que présent sur la scène politique et très actif dans les mosquées, Hizb Ettahrir est resté un parti non légalisé jusqu’à la semaine dernière. Il a fallu toute une polémique exprimée dans la presse pour qu’il puisse finalement obtenir son visa.

 

Tout ce retard pourrait être interprété comme signe de méfiance de la part d’Ennahdha envers un parti qui commence à lui faire de l’ombre, notamment en grignotant sur sa base électorale. Pourtant, Belhaj refuse de commenter ce raisonnement, mais ne cache pas sa vision critique du comportement du parti islamiste. Entretien

Pourquoi, y-t-il a eu tout ce retard pour vous octroyer un visa ? Et quelle est la manœuvre que le gouvernement a faite pour vous empêcher de l’avoir ?

Nous avons reçu le 11 juillet une lettre datée du 6 juin pour nous annoncer qu’il y a des documents qui manquent à notre dossier, alors qu’il ne restait que deux jours avant l’exiration du délai. En plus, personne, ne nous a contacté pour expliquer la situation. Par ailleurs, la déclaration du ministre de la Justice indiquait clairement le refus. Alors que la présidence de la République a démenti cela. De notre côté, nous avons trouvé une telle réaction de la part du gouvernement étrange, surtout que d’autres partis comme «l’Appel de Tunisie»,  ont eu le visa après seulement cinq jours. Finalement, notre avocat a recontacté le ministère de l’Intérieur qui nous a expliqué qu’il faut apporter des précisions sur des questions administratives concernant l’organisation du parti. Ce que nous avons fourni. Le 17 juillet, dernier délai, nous avons eu le visa.

 

Comment demandez-vous un visa alors que vous ne reconnaissez ni l’Etat, ni la démocratie ?

D’abord, pour nous, il ne s’agit pas de demander une autorisation pour exister en tant que parti, mais tout simplement un récépissé pour informer de notre existence légalement. Ensuite, ce visa pour nous, est une simple procédure comme si vous allez à la municipalité pour avoir un permis de bâtir, sinon vous ne pouvez pas construire votre maison. Par ailleurs, je considère que la légitimité du travail politique n’est  pas une question de visa mais de la confiance que vous donnent les personnes qui adhèrent à nos idées. J’estime que le système de la démocratie est un système biaisé et tout ce que nous demandons au gouvernement, c’est de nous laisser travailler librement et contacter les Tunisiens sans entraves. Notre parti existe bel et bien depuis longtemps. Nous avons l’habitude de travailler dans des conditions difficiles. Nous l’avons fait de l’époque de Ben Ali. Aujourd’hui et après la Révolution, il est inconcevable de continuer à subir la répression et de faire face aux obstacles.

 

Pourquoi selon vous, Ennahdha craint-elle votre parti, sinon comment expliquer tout ce temps là avant de vous délivrer le visa ?

Je ne peux pas répondre à cette question mais tout ce que je peux dire, c’est que nous sommes un parti distingué, populaire et qui a une vision sur le long terme, ce qui oblige les autres partis à prendre tout cela en considération. Nous n’avons de relations d’animosité avec personne. Notre popularité s’accroit de jour en jour. Il paraît que dans les coulisses, il existe une certaine peur de nous, car nous sommes un parti qui a son poids et son identité politique à laquelle il reste très attaché. Je pense que nous avons mis tout le monde dans l’embarras avec cette histoire de visa. L’opinion publique a beaucoup mis la pression, notamment sur Facebook et Twitter, pour que nous puissions l’obtenir finalement. 

 

Maintenant que vous avez eu le visa, vous comptez faire quoi ?

Maintenant que les obstacles juridiques et sécuritaires ont été levés, nous allons intensifier nos contacts avec les gens et ce n’est pas pour des raisons électorales. L’important pour nous, c’est la pratique politique car le peuple en a été privé durant longtemps. Le peuple tunisien a été libéré, il faut maintenant l’éduquer politiquement et créer une opinion publique. Nous visons deux objectifs essentiels : que la Charia soit appliquée dans tous les domaines de la vie et que l’unité de la «Oumma» soit renforcée. Nous allons aussi consolider notre présence dans les régions, en augmentant le nombre des bureaux régionaux. Nous en avons déjà à Bizerte, Sousse, Sfax et Kairouan. Il faut créer des espaces afin de permettre à notre jeunesse de militer librement. Nous serons présents même dans les villages. Aujourd’hui, nous sommes conscients que notre popularité grandit, ce qui nous donne une grande responsabilité.

 

Comptez-vous participer aux prochaines élections ?

L’activité politique n’est pas seulement limitée à la préparation des élections. Et puis, il faut voir le mode de scrutin qui sera établi dans la Constitution. Cette Constitution qui a été préparée dans des bureaux fermés et où la Charia ne figure pas ! De quelles élections parle-t-on ?  Celles qui ont fait venir au pouvoir des gens indignes à la Révolution ! Nous ne croyons pas au jeu démocratique et nous estimons que les élections est une forme de continuation du système dictatorial de Ben Ali. Ceci dit, nous pouvons participer aux élections, ne serait-ce que pour montrer la fausseté de ce jeu politique.

 

Et si on vous invite à faire partie du gouvernement actuel, dans le cadre du prochain remaniement, l’accepteriez-vous ?  

Non. Nous avons été volontairement éliminés de l’élaboration de la Constitution et nous n’avons pas pu exprimer notre opinion à propos de ce texte fondateur. Ces gens-là (ceux du gouvernement, ndlr) ont oublié les objectifs de la Révolution et sont en train de faire de la contre révolution. Nous ne pouvons pas travailler avec eux.

 

Quelles sont vos relations avec les partis qui ont la même base idéologique que vous, à savoir Ennahdha et les salafistes ? 

Note base idéologique est la Chariâa islamique. Or, Ennahdha se proclame comme un mouvement civil. Pour nous, faire du travail politique, c’est appliquer les lois charaïques, Or, beaucoup de mouvements islamistes ne le font pas. En ce qui concerne les salafistes et notamment, «Jabhat Al Islah» (le mouvement réformiste) nous avons des relations de concertation. Globalement, nous avons de bons rapports avec tout le monde. Nous discutons avec tous les courants politiques y compris les laïques. Car notre objectif est de créer une plate-forme commune, susceptible de sortir le pays de la colonisation politique de l’Occident.

 

 

J’estime que le système de la démocratie est un système biaisé et tout ce que nous demandons au gouvernement, c’est de nous laisser travailler librement et contacter les Tunisiens sans entraves.

 

Notre parti existe bel et bien depuis longtemps. Nous avons l’habitude de travailler dans des conditions difficiles. Nous l’avons fait de l’époque de Ben Ali. Aujourd’hui et après la Révolution, il est inconcevable de continuer à subir la répression et de faire face aux obstacles.

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