Entre déception et espoirs…

En cette fin janvier, les répercussions sur la société civile démocratique de la visite scandaleuse du jardin d’enfants de Zarzis se font encore sentir, tandis que l’attente du remaniement ministériel — à se demander s’il va vraiment avoir lieu et même s’il est utile, surtout après la décision de la Choura d’Ennahdha, publiée ce dimanche matin dans nos quotidiens de ne pas «lâcher» les trois ministères régaliens ! — ainsi que le malaise des forces de l’ordre et de la justice, qui explique en grande partie leur manque d’efficacité dans le maintien de l’ordre à travers le pays. C’est très grave, surtout à un moment où les évènements du Sahel (Mali, Somalie) inquiètent fortement les populations maghrébines.

L’agitation des salafistes et des soi-disant Ligues de défense de la Révolution ne fait que se poursuivre (voir plus bas) ; à l’ANC, trop de problèmes restent en suspens malgré une accélération des travaux ces jours-ci : projets de lois relatifs à la création de plusieurs “instances” — dont la plus urgente est l’ISE —, dernière mise au point de la Constitution, préparation des prochaines élections… De son côté le paysage politique reste flou, à part l’heureuse nouvelle de la création de “l’Union pour la Tunisie” et la perspective de son élargissement prochain ainsi que la position ferme de l’UGTT et du Front démocratique, on assiste à l’agitation de quelques partis sans consistance, qui “grenouillent dans le marigot” dans l’espoir de grappiller quelques postes dans un éventuel remaniement ministériel et qui se contenteraient bien des miettes laissées par Ennahdha, quitte à se regrouper en unions factices qui se déferaient demain. Triste spectacle sur les plateaux des diverses émissions télévisées…

 

“Les petites princesses” (suite)

La semaine dernière, je m’élevais contre la tournée en Tunisie du cheikh koweïtien Nabil Al Aouedhi, accueilli avec pompe à Carthage par le Directeur du cabinet présidentiel et qui se proposait de prêcher à travers notre pays pour “islamiser un million de personnes”, tout le monde sachant évidemment que la Tunisie n’est peuplée que d’affreux mécréants qu’il faut ramener dans le droit chemin ! Personnellement cela m’a rappelé la conduite des missionnaires chrétiens, en d’autres temps, venu prêcher la bonne parole pour évangéliser les “indigènes” d’Afrique, d’Amérique et d’Asie !

Après la visite en février 2012 du cheikh Wajdi Ghounim, qui s’était distingué par sa propagande pour l’excision des filles, la polygamie et l’interdiction du sport féminin, on espérait que l’État tunisien mettrait un terme à la venue ce genre de visiteurs, invités par on ne sait quelles obscures associations, mais contre lesquels avaient protesté de grands cheikhs tunisiens, le ministère de la Femme et celui de la Culture, s’opposant à l’introduction dans notre pays de cette culture de l’Islam wahhabite qui, depuis des siècles n’a pas réussi à l’introduire chez nous. Apparemment il n’en est rien, et ce monsieur, profitant de l’occasion de la visite à Zarzis, a eu “la joie” d’être accueilli par une dizaine de fillettes toutes jeunes affublées d’un voile intégral. Il a posé en photo parmi elles, tout heureux et a déclaré que cela les habituerait à porter cette tenue islamique en grandissant. Cette publicité a soulevé l’indignation de la plus grande partie de la société tunisienne, mais pas celle du cheikh salafiste Béchir Ben Hassen qui s’est déclaré désireux de revendiquer la nationalité tunisienne pour le visiteur koweïtien, ajoutant (selon le site Business news) “Si j’en avais le pouvoir, je l’aurais également marié à une Tunisienne” ! Le vénérable visiteur serait-il encore célibataire, ou deviendrait-il ainsi bigame ou polygame ? Tous nos regrets, c’est interdit (pour le moment du moins… en Tunisie !

En attendant, l’Association des Droits de l’Enfant à réagi à cette visite, exprimant son indignation contre ce qu’elle considère comme “un crime” à l’égard de l’enfance, dans un communiqué du 31 janvier dernier et ajoutant que “les fillettes ont été utilisées pour véhiculer une pensée étrangère à notre culture et aux nobles préceptes de l’Islam”. De son côté l’Observatoire Ilaf pour la protection du consommateur a déposé une plainte contre Sihem Badi, lui reprochant de “ne pas lutter contre l’implantation d’établissements scolaires et éducatifs intrus à la société tunisienne”.

Ce matin dimanche 3 février, interviewée par téléphone sur RTCI, la ministre de la Femme et de l’Enfance s’est défendue en déclarant que, malgré les réunions qu’elle a organisées avec d’autres ministères concernés (voir mes articles dans les n° 1398 et 1402 de Réalités) et les décisions qui ont été prises, l’application de ces décisions a été bloquée au Premier ministère (nécessité d’une autorisation, de respect du cahier des charges, de payer les impôts…).

 

Du point de vue sécuritaire, on a pu relever une longue liste de violences dont sont victimes des formations de l’opposition ou des bâtiments sociaux :

– (1) le cheikh Houcine Laabidi a empêché leurs propriétaires de reprendre possession des locaux de la Khaldounia malgré une décision de justice, – (2) à Gafsa le mausolée de Sidi Bou Naji a été profané et le cercueil du saint jeté dans la rue – (3) au lycée de Zaghouan, le drapeau national a été volé – (4) Nida Tounes a signalé l’attaque de son siège aux Berges du Lac et la tentative d’incendie de celui de Kebili – (5) Néjib Chebbi a été agressé à Gabès et Chokri Belaïd au Kef – (6) à Kairouan, le parti Al Jomhouri a été empêché de tenir une réunion.

Cette liste peut paraître inutile et fastidieuse, mais elle nous fait prendre conscience du danger qui menace la démocratie, surtout si les forces de l’ordre sont incapables — ou ne veulent pas, faute d’ordre — de faire respecter la loi, qui stipule que les milices privées sont interdite et que seuls les ministères de l’Intérieur et la Défense ont le monopole de la force armée pour faire régner l’ordre public. Il faut à tout prix empêcher tout parti, quel qu’il soit, de faire appel à ces milices, et commencer par interdire ces Ligues de protection de la Révolution, et mettre au pas ces salafistes qui risquent de mener le pays au chaos. Sans sécurité, pas d’élections possibles !

 

Par Raouf Bahri

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