Les tristes étrennes de janvier 2013

Dans presque tous les pays du monde, le mois de janvier est “le mois des étrennes” — aux enfants, aux facteurs, aux éboueurs, etc. — et 2011 avait apporté aux Tunisiens la Révolution et tous ses rêves, bien déçus depuis.

On ne peut hélas pas en dire autant de janvier 2013 qui nous a apporté le report du remaniement ministériel tant attendu, l’incendie du mausolée de Sidi Bou Saïd El Béji — signé, car les salafistes ne se sont pas cachés d’avoir l’intention de faire disparaître ces monuments de “mécréants”—, et la tentative de destruction de Sidi Salem à Hammam Sousse.

On pourrait ajouter à cette liste les incidents qui ont entaché les manifestations qui se sont déroulées Avenue Bourguiba à Tunis à l’occasion du 2e anniversaire de la Révolution, le 14 janvier, de même, il est très triste que le drapeau national, au lendemain de cet anniversaire, ait pu être à nouveau profané, et ce dans le gouvernorat qui a vu se produire le sacrifice de Mohamed Bouazizi (voir ci-dessous).

Ce qui attriste et inquiète les démocrates, c’est que deux ans après la Révolution, le Parti Ettahrir puisse tenir une réunion à Tunis et soumettre à l’ANC une “proposition de Constitution s’appuyant sur la charia”, refusée par l’Article 1 de la première mouture de la Constitution. De même qu’Abderraouf Ayadi, président du Parti Wafa, déclare à la TV que “Le jihad est un devoir et non un droit” et que “les idées de tolérance et de bannissement de la violence sont anachroniques…”, et enfin que la députée nahdhaouie Nejiba Berioul propose à l’ANC d’inclure dans la Constitution “la criminalisation de l’avortement”, l’un des acquis de la femme tunisienne.  

Je ne suis pas toujours d’accord avec la députée Samia Abbou, mais je l’approuve quand elle déclare que la Constitution qu’on nous prépare “est telle qu’on verra les mains coupées pour vol et des coups de fouet pour avoir… bu deux bières.”

 

La destruction du mausolée de Sidi Bou Saïd El Béji.

C’est sur cette nouvelle que je terminais mon papier de la semaine dernière. Je reviens sur cet acte criminel qui a été perpétré le 12 janvier en début de soirée. Le soir même, le président de la République est venu constater les dégâts au milieu des huées et des “dégage” de la population du village, durement choquée par cet acte intolérable qui porte atteinte à ses traditions les plus ancrées dans le patrimoine tunisien — venant après les profanations des mausolées de Sidi Ahmed Assila au Bardo, de Sidi Abdelaziz à La Marsa et d’autres. Le même accueil a été réservé le lendemain à Rached Ghannouchi et Ali Laarayedh et à Rafik Ben Abdesselem qui était de passage. On comprend sans peine la réaction des citoyens, lassés par le laxisme d’un gouvernement qui ne veut pas faire la moindre peine aux salafistes — comme vient de la montrer le jugement des dix-huit personnes arrêtées dans “l’affaire d’Al Abdellia”, condamnées non pas pour effraction et destruction de biens d’autrui, mais pour “violation de l’état d’urgence.”

La réception a été bien différente le lendemain lors de la visite de Béji Caïd Essebsi, venu se recueillir devant le tombeau de son saint patron et accueilli par les applaudissements et les youyous de la population qui a su reconnaître celui qui partage sa douleur et souhaite conserver la Tunisie et l’Islam des ancêtres, mais ouverte et moderniste. Malheureusement, cette visite a été gâchée par l’irruption de membres des Ligues nationales de protection de la Révolution (LNPR), qui ont proféré des insultes, des grossièretés et des menaces à l’égard de Si El Béji et de ses compagnons. On se demande bien en quoi la Révolution était menacée !

On peut craindre davantage maintenant pour les autres mausolées. C’est ainsi qu’à Kairouan, la sécurité a été renforcée (police et armée) autour de celui de Abou Zomaa El Balaoui. Un exemple à suivre !

 

Sur l’Avenue Bourguiba de Tunis, à l’occasion du 2e anniversaire de la Révolution, le 14 janvier 2013, des groupes de citoyens et de citoyennes ont manifesté en hommage au sacrifice de Bouazizi, des blessés et des martyrs. Des groupes se croisaient sur l’avenue, porteurs de drapeaux et de slogans divers, sans trop d’accrocs. Malheureusement, les deux journalistes Zied Hani et Néjib Baghouri ont été pris pour cibles par un groupe de membres des Ligues nationales de protection de la Révolution, d’autant plus reconnaissables qu’ils avaient été reçus deux jours auparavant par le président Marzouki, après quoi les mêmes trublions se sont attaqués au siège local de Nida Tounes, proche de l’Avenue. La Révolution a-t-elle tellement besoin d’être protégée contre ces démocrates ? On sait bien que c’est le contraire et qu’il est urgent de dissoudre ces milices qui paraissent de plus en plus protégées en haut lieu.

 

Les bannières d’Al-Qaïda et des salafistes flottent au vent dans le ciel de la ville de Regueb (Sidi Bouzid), c’est ce que nous a montré jeudi soir le bulletin d’informations. Et c’est ce matin que nos quotidiens nous ont appris qu’ils ont été accrochés sur la place principale de la ville depuis le 9 janvier. Comment est-il possible que les partis qui ont déposé une plainte contre le Délégué de la région (parti Echchab, Congrès pour la République, Front populaire, El Massar, etc.), pour sa non-intervention n’aient pas trouvé dans leurs rangs des citoyens courageux capables d’aller décrocher ces funèbres drapeaux pour les remplacer par le drapeau national ? Cela aurait été un honneur que de renouveler le geste héroïque de la jeune étudiante Khaoula Rachidi à La Manouba en mars 2012 (n° 1369 de Réalités) au lieu de laisser le ciel tunisien souillé pendant plus d’une semaine !

Raouf Bahri   

 

À nos frères djihadistes

“Depuis que le monde est monde, la bonne parole continue à se casser les dents sur le verbe des gourous, le Bien n’a jamais triomphé du Mal, c’est le Mal qui finit toujours par jeter l’éponge, lassé de ses excès”. Cette citation n’est pas le constat d’une fatalité, mais la description de la nature humaine dans son expression la plus éclatante, la plus brute. Ainsi, dans la sourate Youssef , l’homme tend vers le mal beaucoup plus qu’il ne tend vers le bien. Allah ne dit-il pas « (…)l’âme est très incitatrice au mal, à moins que mon Seigneur, par miséricorde (ne la préserve du péché) (…)” V.53. Cette citation vaut aussi bien pour les musulmans que pour les hommes d’autres religions, la parole d’un cheikh égaré, ou celle de ceux que l’on décrit comme des “vautours” dans les pays occidentaux attirent malheureusement des adeptes qui veulent en découdre avec tout le monde, mais ils finissent toujours par revenir à de meilleurs sentiments, lassés par l’excès de mal infligé à leurs semblables et à eux-mêmes.

En Irak, les Américains et leurs alliés ont commencé à quitter le pays après l’avoir réduit pratiquement à néant, et se préparent maintenant à quitter l’Afghanistan, après avoir constaté la vanité de leur entreprise. De quel résultat positif peuvent-ils se prévaloir ?

En Algérie, pour l’AIS (Armée islamique du salut), bras armé du FIS (Front islamique du salut), dix milles hommes ont rendus les armes et ont accepté la réconciliation nationale, ainsi que quelques autres milliers relevant d’autres formations. Ont-ils tous tort ? Certes non, Allah les a remis sur la bonne voie, pour préserver la vie d’autres innocents et arrêter l’effusion de sang des musulmans, la guerre atroce qu’ils avaient menée a coûté la vie à près de 300.000 personnes, on dénombre 16.000 disparus sans compter les estropiés à vie, ou encore ceux ayant perdu la raison, surtout parmi les femmes et les enfants. L’entreprise en valait-elle la peine ?

Est-ce cela l’Islam auquel a appelé notre prophète bien aimé ? Le Djihadisme a fait malheureusement plus de victimes chez les musulmans que chez les supposés ennemis de l’Islam (Somalie, Irak, Afghanistan, Pakistan, Algérie). Nous rappelons à ce propos que les musulmans n’ont pas ou n’ont plus d’ennemis en religion, ils n’ont que des adversaires économiques, essentiellement les pays nantis, voraces et insatiables, ainsi que d’autres adversaires qui n’ont pas de nationalité, comme l’ignorance, la maladie et la pauvreté, et on ne combat pas ces adversaires les armes à la main, mais par l’intelligence, par le développement et l’éducation et la bonne exploitation des sciences acquises, c’est là le vrai Djihad, le Djihad armé n’est permis que quand on doit libérer nos pays occupés ou colonisés et là, même les gens d’autres religions ne peuvent qu’adhérer à notre combat au nom du droit universel des peuples à disposer d’eux-mêmes. L’histoire récente l’a prouvé, ceux qui ne le font pas se dédieront et trahiront les principes pour lesquels ils prétendent lutter.  

Nous disons à nos frères Djihadistes qu’on ne défend pas l’Islam, religion d’un milliard et demi de personnes, mais on le propage plutôt, non pas par la force des armes et des bombes ou par les discours et les actes répulsifs, même pour les musulmans, mais par la bonne parole qui rassemble, éclaire et convainc, comme nous le recommande Allah. Les gens du Livre, juifs et chrétiens, qu’Allah nous ordonne de bien traiter, ont reçu la parole d’Allah avant nous et il ne nous appartient pas de les juger pour ce qu’ils en ont fait, cela est du seul ressort d’Allah. D’autre part, prétendre propager l’islam en pays musulmans c’est enfoncer des portes ouvertes, car le musulman l’est déjà par sa naissance, ne susurre-t-on pas les paroles d’Allah au bébé qui a encore les yeux fermés ? Le musulman ne peut jamais être traité de “Kafir”, ce n’est jamais un mécréant, il ne peut être qu’un fauteur qui se corrige et nous sommes tous des fauteurs, du simple croyant à l’imam, au mufti, au cheikh El islam, seul notre prophète bien aimé est immunisé contre l’erreur et la faute. Il y a quelques siècles, l’Église a été plus intelligente, elle s’était adressée aux parents, aux idolâtres et au associateurs des tribus d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie. Elle a gagné des adeptes et a ouvert des voies d’échanges économiques exploitées encore aujourd’hui qui, s’ils ne sont pas équitables, ont le mérite d’exister et il appartient aux dirigeants de ces pays de redresser la barre.

L’homme devient vraiment mauvais dès qu’il atteint l’âge de la puberté. Allah, qui le connaît bien, use de dizaines d’épithètes dans plusieurs versets, pour le décrire ainsi. Nous n’allons pas les énumérer ici, ceux qui lisent ou apprennent le Coran les connaissent et si Allah a envoyé quelques centaines de messagers et prophètes c’est bien pour juguler les instincts malfaisants de l’homme.

À l’origine, les musulmans devaient faire cinquante prières par jour, les intercessions répétées de notre prophète bien aimé auprès d’Allah les ont ramenées à cinq et à des heures différentes de la journée de l’aube à la nuit tombée. Pourquoi prier ? Pour que les croyants se rappellent à longueur de journée les préceptes et les décrets d’Allah, pour que la société vive en paix, en harmonie, pour que la vie, les biens et l’honneur des hommes soient préservés, pour que l’humain s’aime et aime l’autre. Reste que pour le politique, le pouvoir ne se prend pas avec les armes, ce que nous voyons depuis plus de vingt ans le prouve bien, les mouvements violents finissent toujours par être rejetés par les musulmans et nous devons aussi les éviter pour ne pas donner l’occasion à certains États d’intervenir chez nous, ou de faire pression sur nous, au prétexte de combattre le terrorisme. Nous avons vu à quel résultat cela aboutit toujours.         

Jamel Eddine Bouachba

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