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Wided bouchamaoui, réélue présidente malgré les critiques

Conformément au nouveau statut de l’UTICA adopté lors de son congrès extraordinaire le 17 décembre 2012, le nouveau Bureau exécutif de l’organisation patronale est composé dorénavant et pour les cinq ans à venir, de 31 membres contre 18 dans le Bureau précédent. Wided Bouchamaoui, présidente par intérim sortante, a été réélue.

 

Selon les chiffres publiés par la centrale patronale, sur un total de près de 2.200 congressistes, 68% (1.493, contre 900 pour le congrès extraordinaire) ont voté pour élire les 31 membres sur un total de 110 candidats. Le nouveau bureau national compte 5 membres élus parmi les 17 présidents des fédérations nationales, 5 autres membres élus parmi les 24 présidents des unions régionales et 21 membres élus selon leurs secteurs d’activité. Rappelons que le nombre total des candidats a été fixé le jour même du congrès, puisque Wided Bouchamaoui, la présidente sortante, n’a présenté sa candidature que le jour même, on ne sait pourquoi. La patronale n’a pas voulu organiser une conférence de presse pour annoncer les résultats d’un congrès exceptionnel et dont les résultats seront de mise sur l’économie nationale pour la période à venir. Il faut dire que la conférence organisée à la suite du congrès extraordinaire de l’organisation a obligé les conférenciers à subir les interrogations incessantes des journalistes. Des interrogations dont les réponses n’étaient pas au rendez-vous. Retour sur une journée emblématique de l’UTICA.

 

Premier congrès postrévolutionnaire

Malgré les multiples tentatives pour annuler la tenue du congrès national de l’UTICA, dont notamment 22 plaintes déposées jusqu’à la veille de ce congrès et sitôt rejetées, celui-ci a bien eu lieu le 17 janvier dernier. Une date symbolique. Ce 15e congrès national coïncide avec le 66e anniversaire de la création de l’organisation, en janvier 1947. C’est le congrès d’une Tunisie postrévolutionnaire, caractérisée par une transition démocratique et par une conjoncture économique difficile : insécurité, instabilité, chômage, inégalités sociales et absence d’investissement local et étranger. Il est temps que l’UTICA joue pleinement son rôle ce dont ce congrès décidera. Cinq ministres étaient présents, à savoir Hammadi Jebali, Ridha Essaidi, Khalil Ezzaouia, Elyes Fakhfekh, Abdelkarim Harouni. Houcine Abbassi, secrétaire général de la première centrale syndicale après la Révolution était lui aussi présent. Le plus intéressant dans le discours de Hamadi Jebali, intervenu après quelques versets de Coran (ce qui est nouveau pour l’UTICA), c’est le revirement de ses propos par rapport aux investisseurs. De capital «lâche» à capital «courageux», le premier ministre est du côté des investisseurs. Malgré le rejet des 22 plaintes, les revendications ont continué à être proclamées le jour même du congrès. Des congressistes venant des régions de l’intérieur (Sidi Bouzid, le Kef, Jendouba…) ont menacé de boycotter le congrès si celui-ci n’intervenait pas pour intégrer les représentants de ces régions dans la liste des candidats. En effet, les candidats régionaux pour le Bureau exécutif ne sont pas vraiment originaires de ces régions, mais imposés et provenant de l’extérieur. Mais rien ne se fera, les dès sont jetés. La polémique du congrès de Sfax aurait dû empêcher la tenue du congrès. Malgré le verdict du tribunal, les congressistes sfaxiens maintiennent la version de l’illégitimité du congrès de l’Union régionale de Sfax et par conséquent l’illégitimité du Congrès national. Selon, la plainte déposée contre Wided Bouchamaoui, le chef d’accusation explique qu’elle n’a pas respecté les procédures et donc que tout ce qui suit est illégal.

 

Wided Bouchamaoui, une femme chef d’entreprise peu connue à l’UTICA

À la suite de la démission infligée à Hédi Jilani membre du clan Ben Ali, Hamadi Ben Sédrine, président intérimaire n’a pas gardé longtemps son poste, car, lui aussi, était accusé d’être un proche de l’ancien régime. Dans de telles circonstances il n’y avait pas mieux que d’engager un président dont l’image ne rappelait pas Ben Ali. C’était Wided Bouchamaoui. Elle n’était pas prête pour ce poste, mais son entourage, en l’occurrence Hichem Elloumi, un chef d’entreprise de renommée, l’a aidé à assumer le plus possible les exigences de cette mission. Une mission un peu plus difficile : conflit social entre organisation patronale et organisation ouvrière, grèves, sit-in, investisseurs menacés et humiliés… Un bureau exécutif qui a beaucoup soutenu sa présidente à régler un tant soit peu les conflits. Dans un discours solennel selon ses partisans, Wided Bouchamaoui a considéré que les accusations portées contre son équipe sont infondées et visent à déstabiliser l’organisation patronale. Selon la présidente sortante, les portes de l’UTICA étaient en permanence ouvertes pour recevoir toute réclamation. Tous les moyens étaient déployés pour que les deux congrès soient organisés dans la transparence et la démocratie. «Le comité indépendant de contentieux électoral était une preuve de notre bonne foi». Les campagnes de dénigrement contre les chefs d’entreprises et hommes d’affaires n’ont pas réussi à affaiblir leur enthousiasme et volonté à sauver leur organisation historique. La présidente, favorite selon une grande partie des congressistes, a remercié tous les intervenants de l’UTICA en leur expliquant qu’ils avaient réussi leur mission. L’UTICA est ainsi sorti du gouffre et a retrouvé son équilibre. «Nous devons continuer sur cette lancée en revalorisant nos investisseurs. Il est urgent de trouver une solution pour les investisseurs interdits de quitter le territoire». La présidente a aussi insisté sur la gravité du commerce parallèle qui ne cesse de gagner sur le marché légal. Une économie parallèle qui menace dangereusement la survie de milliers d’emplois et d’entreprises et par conséquent l’économie du pays.

 

Quels objectifs pour le nouveau BE ?

Dans une ambiance électrique, certains congressistes ont exprimé leur mécontentement et leur indignation devant les agissements d’autres congressistes dans les opérations d’élection des 31 membres du nouveau Bureau exécutif. Les congressistes de l’intérieur déplorent la non-représentativité des régions au nouveau Bureau exécutif. «Le statut fondamental voté le 17 décembre est taillé sur mesure pour certaines personnes. Sur les sept projets du statut, nous n’avons pu en lire que deux, le A et le B. Des statuts qui ne répondent pas aux attentes de la révolution !», a crié un congressiste. Par ailleurs, les candidatures, qui devaient être individuelle ne l’étaient pas, on a ainsi vu plutôt se dresser des listes et donc des clans. Plusieurs listes ont été distribuées loin des regards des journalistes. Hichem Elloumi, membre sortant et candidat au nouveau BE figurait dans la liste de Wided Bouchammaoui. «Ce n‘est pas une question de lobbying, mais la démocratie a ses règles, dont le fait de faire une campagne électorale et de proposer des noms. Nous proposons une équipe compétente, homogène, avec à la main un programme social et économique qui pourrait servir de base pour la prochaine période. J’ai travaillé pendant deux ans aux côtés de Wided Bouchammaoui. Nous avons beaucoup donné à l’organisation et au milieu des affaires. Nous avons réussi à résoudre un grand nombre de conflits sociaux et économiques durant ces deux ans de Révolution, nous proposons un projet adéquat pour l’UTICA. Une liste est de mise», a argumenté Hichem Elloumi qui n’aspire pas à la présidence du BE. Président de la Fédération nationale de l’électrique et de l’électronique et président du Groupe Chakira qui se développe à l’international, il n’aura pas assez de temps pour gérer au mieux l’UTICA. Le président de la Fédération de la mécanique, Bachir Boujday, nous a confié qu’il a été démarché par des collègues et qu’il a refusé d’intégrer une liste. Il a aussi remarqué que des noms de candidats se trouvaient sur plusieurs listes. Il a présenté sa candidature, d’une manière indépendante et individuelle, avec décharge à l’appui. «Il n’empêche, a-t-il précisé, que des listes soient présentées cela est en conformité avec les règles de la démocratie». Selon Mohamed Abdelkhalek El Hamdouni, membre du Bureau exécutif de l’Union régionale du Gouvernorat de Sidi Bouzid et candidat au Bureau exécutif de l’UTICA, la présidente a déjà choisi son équipe, dont personne ne fait partie des régions de l’intérieur. Cette liste est une preuve, selon lui, de partialité et de non-transparence du congrès. Et il ajoute que le résultat est déjà connu à l’avance et que Wided Bouchammaoui sera réélue présidente. Sachant que le nouveau statut de l’UTICA stipule que la candidature doit être personnelle et individuelle. Après près de vingt-quatre heures de dialogue et de débat, le verdict est tombé et Wided Bouchamoui a été réélue présidente de l’UTICA avec un Bureau exécutif dont la majorité (95%) appartient à sa liste de candidatures. Quel impact ce nouveau BE aura-t-il sur le milieu des affaires en Tunisie, sur la gestion de l’organisation elle-même et sur l’économie nationale ?

Najeh Jaouadi

 

Tunisie 2020 de l’UTICA

Le programme électoral de Wided Bouchammaoui

La centrale patronale a présenté un document intitulé «vision Tunisie 2020 de l’UTICA». Il s’agit du programme électoral de Wided Bouchammaoui et de l’UTICA. Un programme économique et social pour la Tunisie d’ici 2020. En 2020, et selon l’UTICA, la Tunisie sera un pays prospère et solidaire, doté de fortes valeurs morales et possédant une économie compétitive, dynamique et résiliente. Cette ambition se concrétisera si une stratégie pour la création d’emplois et pour la croissance dans toutes les régions se met en place. Première ligne de mire de l’UTICA, agir pour que la société tunisienne valorise le travail et favorise l’initiative. Les principes de la liberté du travail et celle d’entreprendre, doivent être inscrits dans la Constitution et les organisations professionnelles doivent avoir le droit de saisir la Cour constitutionnelle en cas de constat de manquement à ces principes.

Il s’agit aussi d’engager un travail de communication, continu et structuré, sous diverses formes et ciblant diverses populations (société civile, partis politiques, enseignants, jeunes écoliers, étudiants, syndicats, employés, etc.) afin que tous les acteurs s’approprient ces valeurs et militent en faveur de leur ancrage dans la société tunisienne. Afin de mobiliser le pays tout entier pour la croissance, l’UTICA veut établir une réglementation économique, une fiscalité, un système incitatif et un système de financement qui favorisent la création de nouvelles entreprises, la croissance des entreprises existantes, la création d’emploi, qui pénalisent la rente et l’économie informelle et de créer un cadre indépendant du pouvoir exécutif qui suit et évalue la mise en œuvre des réformes et veille à la qualité des services publics. Pour atteindre cet objectif, l’UTICA propose l’établissement d’un cadre partenarial «ministère des Finances-UTICA» pour piloter l’élaboration du nouveau système fiscal, à mettre en application le 1er janvier 2014 en simplifiant et stabilisant la norme fiscale, la sécurisation des relations entre l’administration fiscale et les contribuables, et introduire des mesures simples pour dissuader les faux forfaitaires. L’UTICA propose la création d’un nouveau Conseil économique et social, dont le but est le suivi, l’évaluation et la mise en œuvre des réformes sur la qualité des services publics, historiquement talon d’Achille de la Tunisie. Le programme de l’UTICA appelle à relancer l’économie au plus tôt en déclarant déclarer «l’état d’urgence économique». 

 

Hommage aux anciens

Dans son discours d’inauguration, Wided Bouchammaoui, a rendu hommage à quelques figures bien connues de l’UTICA. Il s’agissait de Hédi Jilani, Hamadi Ben Sédrine et feu Ferjani Belhaj Ammar qui a su gérer l’organisation dans la transparence. Le plus intéressant des trois, Hédi jilani, a présidé l’UTICA de 1988 jusqu’à la Révolution, puis il s’est trouvé obligé de démissionner le 19 janvier 2011 sous la pression des bases de l’organisation et d’autres parties, car il était l’une des principales figures de l’ancien régime. Malgré cette appartenance, Hédi Jilani demeure un sujet de controverses dans toute l’histoire de l’UTICA. 

 

 

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